Le chef-d’œuvre maudit

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En lice pour le 62e Prix Roger Nimier

En deux mots

Balzac meurt en 1850. Pendant quarante ans, Paris oublie d’honorer son génie. La Société des gens de lettres finit par confier la commande d’une statue à Rodin, en 1891. S’ensuit une gestation de près de dix ans, faite de doutes, de scandales, de ruptures et d’obstination. Quand l’œuvre surgit enfin, elle choque. Trop libre, trop moderne, elle sera refusée, raillée, menacée de fonte sous l’Occupation. Elle n’atteindra le boulevard Raspail qu’en 1939, deux mois avant la guerre.

Ma note

★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Rodin cherche l’âme de Balzac

Clélia Renucci, essayiste et romancière passionnée par le XIXe siècle, ressuscite l’un des duels les plus fascinants de l’histoire de l’art : celui d’un sculpteur de génie face à l’œuvre d’un romancier titan. Un livre qui tient autant du thriller artistique que du roman historique.

Honoré de Balzac meurt en 1850. Ce qui suit, Clélia Renucci le résume avec une précision cruelle : « Succède un enterrement au Père-Lachaise suivi par une foule de lecteurs du génie, une oraison d’Hugo et l’ouverture par Alexandre Dumas d’une souscription à l’effet d’élever une statue au grand homme. Il donne rendez-vous l’année suivante, le 20 août 1851, à tous les peintres, sculpteurs et architectes pour un concours. Rien ne se passe. »

Ce rien résume tout. Zola fulmine dans Le Figaro : la ville où les statues poussent comme des champignons n’a pas songé à honorer le plus grand romancier du siècle. Ce sera lui, finalement, qui forcera la main de la Société des gens de lettres — et qui, rusé, refusera que les membres du comité déjeunent avant d’avoir voté. L’odeur du gigot raccourcit les débats. Rodin est désigné.

Rodin, en 1891, a soixante ans. Il n’est pas encore l’artiste mondialement reconnu. Il n’a que des scandales à son actif. Recalé trois fois aux Beaux-Arts, constamment à court d’argent, payant ses collaborateurs un franc par jour, changeant d’appartement au gré des expulsions. Autour de lui gravitent deux femmes que tout oppose : Rose Beuret, compagne de toujours, pilier discret et indéfectible, et Camille Claudel, muse ardente, présence électrique. Entre les deux, Rodin modèle, tâtonne, recommence.

Ce qui fascine dans ce livre, c’est la manière dont Renucci nous fait entrer dans l’atelier. Elle nous montre un Rodin qui ne se contente pas de sculpter un corps — il traque une âme. Il relit Balzac. Il annote les biographies, entoure les « dents de sanglier » chez Gozlan, relève chez George Sand « son gros ventre grimpant tous les étages de la maison du quai Saint-Michel et arrivant soufflant, riant et racontant sans reprendre haleine ». Il part en Touraine, notamment au Château de l’Islette (un séjour joliment raconté par Géraldine Jeffroy dans Un été à l’Islette) à la recherche d’un visage qui ressemblerait à l’écrivain. Il y croise un cocher, Estager — portrait craché de Balzac, moins les yeux. Il le palpe, lui tâte le crâne. « Croyez-vous qu’ils soient solides ! et attachés, et enveloppés ! »

La sculpture progresse par essais, par assemblages. Un Balzac en redingote. Un Balzac assis. Un Balzac en robe de moine. Puis, audace suprême, un Balzac nu, au ventre proéminent comme enceint de toute La Comédie humaine. Un Balzac dont Rodin modèle jusqu’aux testicules — parce que c’est là que naît l’œuvre, dans cette force brute, animale, créatrice. Le comité est déstabilisé. Le comité toussote. Le comité préfère la robe de moine.

Mais Rodin ne cède pas sur l’essentiel.

Quand la statue est présentée au Salon de 1898, en pleine affaire Dreyfus, le scandale éclate. Le président Félix Faure passe devant sans la regarder. Le lendemain, Paris se rue pour la railler. « C’est Balzac à Charenton dans une robe de chambre. » « Un bonhomme de neige. » « Un sac de charbon. » « Un crapaud dans un sac. » Les rires sont « plus gras que les sauces proposées par le restaurateur au centre de la nef ». La cruauté du passage est saisissante, car le style du livre est lui-même une sculpture. Des séquences courtes, incisives, qui s’enchaînent comme des coups de pouce dans l’argile. Parfois à peine une demi-page. Parfois une lettre, un dialogue, un flash. Le récit alterne les registres — romanesque, épistolaire, historique — sans jamais perdre son élan. On pense au montage cinématographique que Renucci elle-même évoque à propos de Balzac : un plan large, puis la maison, puis l’homme.

Les personnages secondaires sont tout aussi vivants. Zola, manœuvrier génial, Steichen, photographe américain, qui saisit la statue dans la nuit de Meudon et lui donne sa dimension spectrale. Judith Cladel, infatigable militante, qui réussit à installer la statue dans Paris deux mois avant la guerre. Et Marguerite Lechat, qui la cache clandestinement à l’Observatoire pour la soustraire aux Allemands réquisitionnant le bronze pour fabriquer des obus. « Sans Marguerite Lechat, sans Judith Cladel, sans Edward Steichen, sans Émile Zola, sans Auguste Rodin, bien sûr, cette œuvre n’existerait pas. »

Ce livre pose, à travers l’histoire de cette statue, une question importante : à quel prix naît une œuvre ? Celui payé par Rodin est bien élevé, mais ce livre est sa meilleure revanche!

Le Chef-d’œuvre maudit

Clélia Renucci

Éditions Albin Michel

Récit

256 p., 20,90 €

EAN 9782226495631

Paru le 25/03/2026

Où ?

Le roman est situé en France, à Paris, à Meudon, à Tours et au château de l’Islette. On y évoque aussi un périple en Italie, notamment à Milan et au lac de Côme.

Quand ?

L’action se déroule de 1889 à 1945

Ce qu’en dit l’éditeur

« Je ne cherche pas seulement Balzac, je cherche la source de Balzac, l’origine de la création. » Auguste Rodin

18 août 1850. La France pleure Honoré de Balzac. Un an plus tard, Alexandre Dumas lance une souscription pour que soit érigée une statue digne de l’auteur de la monumentale Comédie humaine. Le projet traîne, Emile Zola reprend le flambeau, mais il faudra attendre 1891 et de nombreuses péripéties pour qu’Auguste Rodin soit enfin désigné par le comité Balzac. À lui d’honorer le grand romancier du siècle.

Comment représenter un tel génie ? La tâche s’avère plus ardue qu’il n’y paraît. D’esquisses en lectures annotées de l’œuvre de l’écrivain, de modèles en reprises, l’artiste cherche, fait, défait, prend du retard, essuyant critiques et polémiques, jusqu’à déclencher le scandale…

Ensorcelée par la quête du sculpteur, Clélia Renucci se glisse dans son esprit, accompagne ses doutes comme ses épiphanies. Des ateliers d’artistes aux abris de la Seconde Guerre mondiale en passant par les cercles artistiques new-yorkais, elle retrace la rocambolesque histoire d’une œuvre maudite et pourtant fondatrice de la modernité à travers une fabuleuse galerie de personnages.

Les critiques

Babelio

Revue Conflits (Yannick Campo)

RCF 

Les premières pages du livre

« Juin 1889

« Je me fous de Monet, je me fous de tout le monde ! Je ne m’occupe que de moi. »

En entendant ces paroles éructées par Rodin à son galeriste, le futur président de la Société des gens de lettres comprend que son affaire va mal finir. Il s’avance avec prudence dans l’escalier qui mène à la salle d’exposition aux sols recouverts de tapis rouges, aux murs tendus de velours brun, aux lustres sophistiqués et attend à l’entrée de la pièce dans laquelle plus de cent toiles de Monet sont exposées. Devant elles, une trentaine de sculptures de Rodin.

Le replet galeriste tente de calmer le maître :

« Vous devez bien comprendre, mon vieux, que le meilleur de son exposition est perdu si vous laissez là vos Bourgeois de Calais. Enfin, reculez, soyez honnête. Le panneau du fond, là, on ne le voit plus… »

À ce moment, le grand écrivain sent une main se poser sur son épaule. Goncourt vient d’arriver et prend des notes. Ils ont peine à retenir leurs rires, Rodin feint de ne pas comprendre.

« Tiens, se retourne le maître, nous avons des témoins. Messieurs, un avis sur l’art ? » Les deux hommes haussent les épaules. « Voilà, je m’en doutais. »

Et Rodin quitte la pièce, manquant se cogner contre son Homme d’airain, bouscule Edmond de Goncourt, et attire le premier par le bras.

Rue de Sèze, il déclare avoir faim. L’arrivée de belles côtes de veau rôties relâche sa tension et il sourit, son visage retrouve la finesse qui le caractérise.

« Il paraît que vous avez besoin de moi ? »

Son invité fait mine d’hésiter.

« Faites attention, Zola, je suis féroce. C’est ma Porte qui me donne trop de mal.

Si vous voulez me demander quelque chose, que ce soit facile. Facile, vous m’entendez ? Je n’ai le temps de rien. »

L’écrivain a failli le laisser là, s’excuser de l’avoir dérangé, mais qui peut quitter une table alors qu’une servante aux seins généreux apporte deux poires au chocolat ? Pas Zola.

« Rien de plus simple, maître, c’est Balzac.

– Balzac ?

– Balzac.

– Et ?

– Rien. Je vous veux pour Balzac.

– Mais Chapu s’en charge déjà ! Et vous avez tous les autres, les statuaires officiels. Pourquoi venir m’emmerder avec le gros Balzac ?

– C’est un pressentiment, maître.

– Une intuition plutôt ? » Rodin s’essuie le coin de la bouche.

« Je n’ai jamais été un grand optimiste.

– Oh, et puis la barbe. » Il lèche son assiette encore pleine de chocolat qui, en refroidissant, se durcit, ce qui semble lui plaire. « Combien ?

– Ça, je ne saurais dire, maître… Dans les quinze mille ? C’est la Société…

– Mais non. De temps, combien de temps ?

– Une année. »

Il se rembrunit.

« Deux, peut-être ? »

Il grogne.

« Combien voulez-vous ?

– Pour Balzac ? L’éternité. »

Son œil s’allume. C’est comme si l’idée était déjà née.

La servante apporte du pain pour saucer. Mais Rodin continue à lécher. Il s’essuie les mains avec la mie et commence à la modeler.

« Qui d’autre ?

– Personne.

– Même les officiels ?

– Rien. Personne. Vous seulement.

– Quelle barbe », répète-t-il, la sienne pleine de son déjeuner.

Une figure naît de la mie. Une gargouille de cathédrale. Quand les artistes quittent les lieux, six autres êtres fabuleux ont rejoint le premier et s’alignent devant leurs verres.

« Merde, j’ai caché la nappe avec mes figurines. C’est Monet qui va être fâché. »

Août 1891, Rodin à Zola

Mon ami, je suis en Touraine à la recherche du vrai Balzac. Les paysages sont enchanteurs et je me promène, daguerréotype à la main, à la recherche d’un modèle qui lui ressemblerait. Il y a vraiment un type tourangeau. Le front haut, les lèvres épaisses, le nez fort, la figure rebondie. Je m’amuse énormément. Me voilà sculpteur de Balzac. Une fois la Loire passée, ce m’est apparu comme une évidence. Et chaperonné par vous, ça devient une gloire.

Est-ce que les gendelettres ne font point trop la gueule ? Je crois qu’ils me craignent. Ce qui signifie qu’ils vous craignent plus encore, s’ils n’ont pas osé vous contredire.

Je vous écris sur le cul d’une Normande esseulée en Touraine et je ris comme un bœuf. Excusez la graphie.

Idem, Rodin à Zola

Le Belge Lovenjoul me dit que Balzac n’est pas du coin ? Il faut que vous me confirmiez ça car je retrouve dans chaque œil un peu de la lueur du fauve.

Idem, Rodin à Zola

Je regarde à nouveau Balzac posant pour Nadar et je lui trouve un air faux, poseur. Il écrit par tornades et il pose la main sur le cœur. Je ne veux pas d’un tel Balzac pour mon monument.

Idem, Zola à Rodin

Vous savez, cher ami, qu’il ne s’agit pas que du Balzac vu par Rodin, mais avant tout d’une commande publique pour honorer la mémoire et le legs que nous laisse un grand homme. Je ne voudrais pas vous brider mais ne vous mettez pas tout Paris à dos.

Je vous laisse, Jeanne s’offre à moi tout entière. Ah, Jeanne… une nouvelle vie.

Idem, Rodin à Zola

Zola, ne compliquez pas les choses. Vous voyez bien que je suis en train de travailler, tous les sens en éveil. Celle d’hier était moins commode.

Je ne cherche pas seulement Balzac, je cherche la source de Balzac, l’origine de la création. Et pour lui, c’est la Touraine.

J’ai trouvé par l’intermédiaire de Camille un jeune cocher qui est son portrait craché, moins les yeux. Chez lui, tout est vide. Je tâte son crâne et si j’y mettais des coups, ça sonnerait creux.

Pouvez-vous, quand vous serez à Paris, vérifier que Rose va bien ? Elle est rentrée la semaine dernière pour aller voir son mioche qui a encore fait une crise.

Idem, Zola à Rodin

Rien à signaler du côté de Rose et d’Auguste. Pauvre gamin. Vous avez vu un médecin ?

Idem, Rodin à Zola

Bas les pattes, Zola. Je retourne à Paris la semaine prochaine. Deux mois avec Balzac à lire du Lys et à tâter du Tourangeau ne m’ont pas suffi, mais j’essaierai de vous présenter quelque chose à mon retour.

Prévenez votre assemblée de Gens de lettres et mettez-les au parfum, il faut encore un peu d’imagination. C’est comme pour vos romans. Germinal en titres de chapitres et en notes, ça doit paraître un peu sec. Pareil pour mon Balzac-cocher. C’est encore une ébauche.

Revenons un peu en arrière.

En 1850, Balzac meurt. Tout seul dans sa chambre.

Hugo le souligne assez lorsqu’il se rend chez lui un soir d’été, le 18 août, et rapporte avec précision les propos de la bonne de Balzac, détaillant son « hydropisie couenneuse », une infiltration telle « que la peau et la chair étaient comme du lard » – même pour disséquer la gangrène de Balzac, Hugo le fait en alexandrin. N’accusons pas seulement Hugo, les contemporains de Balzac n’ont pas été plus tendres.

La rumeur court que Mme Hanska, la Polonaise que Balzac aima toute sa vie et qu’il venait d’épouser un an plus tôt, était dans la chambre de son amant au moment de la mort de son mari en cette nuit d’août funèbre. Elle n’a pas bonne réputation, Mme Hanska. On la dit sévère, inhumaine, et surtout, on lui reproche de ne pas avoir aimé Balzac à la hauteur de l’amour qu’il lui a porté.

Succède un enterrement au Père-Lachaise suivi par une foule de lecteurs du génie, une oraison d’Hugo et l’ouverture par Alexandre Dumas d’une souscription à l’effet d’élever une statue au grand homme. Il donne rendez-vous l’année suivante, le 20 août 1851, à tous les peintres, sculpteurs et architectes pour un concours.

Rien ne se passe.

Quatre ans plus tard, Alexandre Dumas, qui a entre-temps écrit et fait jouer dix pièces de théâtre, publié trois recueils de nouvelles, douze romans, un journal de voyage, trois essais historiques et les quinze premiers tomes de ses Mémoires, repense à Balzac. Il faudrait marquer Paris, se dit-il, et après trois rendez-vous, la salle du théâtre de la Porte Saint-Martin ainsi que ses comédiens lui sont offerts pour l’organisation d’un gala de bienfaisance.

« J’irai », lui écrit Napoléon III.

Au programme, l’adaptation des Trois Mousquetaires. Au parterre, les mécènes, au premier balcon, l’Empereur et sa suite, dans les loges, les artistes. Les souscriptions pleuvent, la caisse se remplit de cinq mille francs. Une nouvelle soirée est annoncée pour augmenter encore les fonds, mais le succès de la première a fâché la veuve de Balzac.

À la lettre éloquente que lui envoie Dumas pour la convaincre du bien-fondé de son action publique, Mme Hanska répond par une citation en justice.

L’affaire est portée devant le tribunal de la Seine. Dumas plaide, hésitant d’abord, c’est bien la première fois qu’un homme de lettres est poursuivi pour avoir cherché à honorer la mémoire d’un de ses confrères. Le public est nombreux, acquis à sa cause, la veuve reste mutique, boudeuse. Elle seule connaît la répulsion que l’œuvre de Dumas inspirait à Balzac. Il le lui a écrit après sa lecture des Trois Mousquetaires. Au lecteur, malgré la force irrésistible qui le conduit à tourner les pages et à suivre les aventures de d’Artagnan, « il ne reste que le dégoût pour soi-même d’avoir ainsi gaspillé son temps ». Alors, lever de l’argent avec une adaptation théâtrale du livre honni… Il lui paraît évident qu’elle se doit de le refuser.

Dumas pourtant s’échauffe et poursuit sa plaidoirie, appuyé par les vivats de la salle amusée. Le président du tribunal, en homme d’esprit, interrompt le supplice de la plaignante et la déboute de sa demande.

Les satires pleuvent, le deuxième gala a lieu, une somme conséquente est réunie, mais l’idée du monument s’enterre d’elle-même, chacun est refroidi.

Dumas meurt en 1870. Une statue est commandée en 1880 et Zola gueule dans Le Figaro, alors que le froid a envahi Paris et que la Seine est gelée :

« Balzac est mort en août 1850 et Paris ingrat, à une époque où les statues poussent en une nuit sur le pavé comme des champignons, n’a point encore songé à honorer le grand romancier du siècle ? »

Zola affirme donner mille francs à toute souscription visant à élever un monument à l’auteur de La Comédie humaine.

Malgré cela, son appel pour un monument à Balzac reste lettre morte.

Mme Hanska finit par mourir et Paris semble reprendre ses esprits. La Société des gens de lettres bruit d’un concours à organiser pour ériger enfin un monument à Balzac, son fondateur.

Un sculpteur habitué des commandes officielles, Anatole Marquet de Vasselot, sent le vent tourner en sa faveur et tente un coup du berger : il offre un buste de l’écrivain à la Société des gens de lettres pour obtenir la commande et éviter tout concours. Manqué. La Société lui répond simplement « ne savoir assez le remercier de ce don si précieux », lui assurant qu’il peut compter sur « l’appui moral » de tous ses membres.

Deux ans plus tard, on est en 1888, le buste de Vasselot doit prendre la poussière dans un couloir de la rue de Trévise et un comité Balzac est constitué.

Vasselot n’est pas oublié, on le rassure, on le cajole, on l’assure qu’on passera bientôt dans son atelier, que leur retard n’entravera pas ses chances.

Le 5 novembre, la souscription est lancée. Huit ans après son appel dans Le Figaro, Zola envoie les mille francs promis, somme énorme quand on sait que la princesse Mathilde, nièce de Napoléon, a donné cent francs, Hector Malot (l’auteur de Sans famille), cinquante francs, Maupassant, vingt, et le spécialiste belge de Balzac, le vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul, deux cents seulement.

Le comité récolte trente-six mille francs. Vasselot se présente, il en demande quinze mille, avec un projet complet, tout prêt, sans mauvaise surprise. Henri Chapu, un autre sculpteur rompu aux commandes officielles, fils de paysans, méritocrate en diable, primé régulièrement au Salon et d’une efficacité qui n’est plus à démontrer, en demande vingt-cinq mille. Dix mille francs de plus que son concurrent principal. Vasselot se prépare à son triomphe.

Pourtant, c’est Chapu qui est choisi. Le vote étant tombé, Vasselot n’a rien à dire. Il se tait. Chapu, en revanche, doit se justifier de son amour pour Balzac auprès des journalistes qui viennent l’interroger. Il répond, le pauvre, qu’il connaît par cœur La Petite Fadette. George Sand en fut sans doute honorée.

Oui, mais Rodin ? Pour le moment, il travaille à plusieurs pièces : Les Bourgeois de Calais, dont il change sans arrêt des détails, la fameuse Porte de l’Enfer, dont il a déjà trouvé la figure des Trois Ombres (en haut de la porte, trois Adam identiques mais orientés différemment), les corps enlacés de Paolo et Francesca, les amants maudits de La Divine Comédie qui vont devenir les inspirations du célèbre Baiser, et bien sûr Le Penseur.

Tout cela en même temps et dans deux ateliers, l’un situé du côté des Gobelins dans une maison en ruine où, dans les vastes pièces abandonnées, Rodin entasse des dizaines d’esquisses, d’ébauches, de fragments cent fois repris, transformés, sacrifiés, recomposés ; l’autre, au 182 de la rue de l’Université, derrière le Champ-de-Mars où la tour Eiffel vient d’être érigée, dans un endroit qu’on décrit alors comme « un coin de province désert et monastique » et qui s’appelle le Dépôt des marbres. Il est réservé aux sculpteurs ayant reçu des commandes officielles de l’État et Rodin y partage avec Joseph Osbach, un élève de Carpeaux, l’atelier H, tandis qu’on lui accorde en plus l’atelier J à lui seul. Aujourd’hui, on y trouve le musée du quai Branly, mais entre 1880 et 1905, c’étaient Rodin, Osbach et tant d’autres qui palpaient, modelaient, taillaient autour d’une immense cour aux pavés moussus, aux coins herbeux parsemés de lourds blocs aux formes massives, lande de pierres levées.

Lorsque Chapu œuvre à la réalisation d’un monument à la mémoire de Balzac, le carnet de commandes de Rodin est bien rempli, même si l’artiste est toujours aussi pauvre, qu’il paie ses quatre collaborateurs un franc par jour et qu’il change régulièrement d’appartement au gré des expulsions post-haussmanniennes et des desiderata de ses logeurs, emmenant Rose et leur fils qu’il se refuse à reconnaître, mais qui, à défaut de porter son nom, a hérité tout de même de son prénom, Auguste. Sans parler de ses maîtresses, dont la plus redoutable, Camille Claudel, loge non loin du Dépôt des marbres, dans une maison récemment construite à l’ombre de la tour Eiffel.

Revenons à Balzac et à son monument commandé à Chapu, qui travaille bien mais dont la santé est délicate. Une épidémie d’influenza le touche et, après trois jours d’une congestion pulmonaire, il meurt chez lui, cité Vaneau, laissant les esquisses d’une œuvre conventionnelle et inachevée : un Balzac assis sur un socle triomphal, accompagné d’une figure allégorique tenant dans la main droite un masque grimaçant de comédie.

Le comité aurait tout à fait pu s’en satisfaire et demander à quelque disciple du sculpteur d’achever l’œuvre, mais Zola est entre-temps devenu président de la Société des gens de lettres. Et Zola, lui, veut une grande œuvre, à laquelle les dessins de Chapu ne correspondent pas, trop classiques, empesés, Balzac a l’air d’un vieux sage et ressemble à toutes les autres statues qui ornent les places parisiennes. Pour Balzac, il faut autre chose.

Un an passe.

Zola n’échappe pas aux tractations ni aux offres d’Anatole Marquet de Vasselot, le candidat malheureux du concours précédent, qui envoie deux dossiers au comité renouvelé : un sous le nom de Marquet, l’autre sous celui de Vasselot. Il augmente cette fois-ci ses tarifs, s’alignant sur ceux de Chapu, et demande vingt-cinq mille francs.

Zola ne tient pas à s’en faire un ennemi, d’autant que la détermination du sculpteur se veut irréfrénable, usant de sa femme, à qui l’écrivain fait répondre par l’intermédiaire de la sienne :

« Je vous répète, au nom de mon mari, qu’il n’est ni pour ni contre personne et qu’il ne travaille qu’à la glorification du grand romancier, prêt à accepter et à patronner tout ce qui grandira et hâtera cette glorification. »

Nous sommes le 9 juin 1891.

Le 6 juillet, Rodin est désigné par le comité à douze voix contre huit.

Pour garantir le résultat du vote – qui nécessita tout de même deux tours –, le rusé Zola avait refusé que les convives ne déjeunent avant d’avoir choisi leur candidat. Réunis à midi dans la salle à manger de la rue de Trévise, l’odeur du gigot raccourcit les débats et Rodin est déclaré vainqueur.

Et nous voilà à notre point de départ, Rodin, rentrant de Touraine, une ébauche en perspective. Balzac peut reposer en paix, un serviteur œuvre à sa gloire.

Janvier 1892

Tentons d’imaginer la réaction des membres du comité Balzac à la découverte de la première ébauche proposée par Rodin… Ils connaissent l’artiste, savent à quoi s’attendre. Depuis dix ans que Rodin agite le milieu artistique parisien, il trouve toujours le moyen de dérouter les plus fins de ses admirateurs. Côté comité, on retrouve Zola, accompagné de ses confrères : Charles Chincholle, qui fut secrétaire d’Alexandre Dumas, journaliste, écrivain prolixe ; Théodore Cahu, sous-lieutenant au 6e régiment de cuirassiers, boulangiste convaincu, écrivain depuis ; Hector Malot, surnommé « Malot-la-Probité » par ses gentils confrères ; Félix Jahyer, critique d’art et poète ; Gustave Toudouze, né d’une famille d’artistes, familier des dimanches de Flaubert, du grenier des Goncourt, ami de Zola, Daudet, Maupassant, talentueux et sympathique.

Lorsque Rodin les voit apparaître dans son atelier, rien ne distingue ces silhouettes, demi-douzaine d’hommes en noir. Ils ont revêtu leur tenue de juge et commanditaire.

Le sculpteur leur présente trois esquisses : Balzac debout en redingote, Balzac appuyé sur un fauteuil et Balzac en robe de moine. Rodin n’est fier d’aucune. Le premier Balzac, debout en redingote, les mains derrière le dos, donne corps à l’idée que chacun se fait de la silhouette de l’écrivain : jambes courtes, ventre gros, tête un peu relevée, ne permettant à personne de douter de son talent. Les membres du comité accusent peut-être un ventre trop rebondi, une position de flâneur, trop réductrice pour caractériser l’homme et son œuvre. Que Rodin accepte de laisser de côté une esquisse doit le renvoyer à son statut d’exécutant. Il s’y plie.

Lorsqu’il leur présente la deuxième esquisse, Balzac appuyé sur un fauteuil, la moue des censeurs est plus dubitative. Ils s’approchent, tournent autour du socle.

« Non, c’est réussi, maître, c’est certain. Peut-être un peu plat ?

– Oui, oui, abonde un autre, un peu plat… et ce visage… l’expression est quelque peu agressive ?

– Non, goguenarde serait plus juste », intervient Chincholle.

Zola a dû se taire. Il a imposé le choix de Rodin, il faut maintenant laisser à ses confrères l’espace nécessaire pour s’approprier l’artiste, qu’il devienne leur sculpteur autant que le sien.

Le terme « goguenard » semble plaire au comité dont chacun des membres hoche la tête de concert.

« Peut-on toucher, maître ? aura peut-être demandé Cahu, l’ancien militaire.

– Mais faites donc, cher ami », dit alors Rodin, s’approchant lui aussi, et au moyen d’un chiffon mouillé il appuie le sourire de Balzac, le relevant un peu. « Vous le voudriez plus accueillant que dédaigneux ? »

Les membres du comité restent muets, ils ne savent pas.

Rodin approche alors un masque, un parmi les dizaines posés sur une table à trépied et qui se ressemblent tous, modelés à partir des visages rencontrés pendant son voyage en Touraine.

Alors qu’il tient le visage sculpté en creux dans ses mains puissantes, il l’approche du Balzac jugé dédaigneux. L’expression est plus douce, les yeux sont rieurs et chaleureux. Pourtant, l’ensemble ne plaît pas au maître. Il en approche un autre, quasi identique mais moins béat.

« Ne faites pas attention aux coutures (la figure est striée de toute part), ce sont encore des ébauches. Et bien sûr, il faut imaginer les cheveux. »

Rodin repose le masque et tend un tirage photographique du moulage posé sur un socle, sur lequel il a dessiné la crinière du romancier, ainsi que des indications de cuisson. Car c’est ainsi qu’il travaille. À partir de tirages réguliers de son œuvre en progrès.

Les membres du comité sont de plus en plus perdus. Ils ont l’habitude, pourtant, de passer commande à des artistes. Mais ils ne se sont jamais retrouvés face à un tel désordre. Rodin replace la tête souriante sur son Balzac adossé à un fauteuil. Il demande à son assistant de tenir les deux ensemble pour en apprécier l’effet et prend du recul. Très vite, il doit plisser les yeux. Il ne voit rien. Il s’approche pour toucher les deux parties.

Zola se prononce enfin :

« Je crains qu’ainsi Balzac ne fasse un peu paysan. »

Quelques rires s’échappent autour de lui.

« Un paysan déguisé en bourgeois ! ajoute un autre.

– Qui a mis sa redingote du dimanche », complète un dernier.

Rodin jette un drap sur la statue. Le sourire ne leur convient pas, ils refusent la moue.

« Pour éviter le déguisement, j’ai pensé sinon à la robe de moine que Balzac portait toutes les nuits pour écrire… »

Comme sauvés d’un naufrage en apercevant la terre au loin, les membres du comité acquiescent : « Oui, oui, la robe de moine. C’est très bien, ça, la robe de moine. C’est vif, c’est vrai. En somme, c’est Balzac. Peut-être pas tel que vous l’avez fait ici, mais l’idée est bonne. »

Ils parlent tous en même temps et ont l’air content de s’être mis d’accord.

Pressé d’en finir, le comité aura sans doute réglé les dernières questions pratiques avec l’artiste, mettant surtout en avant le temps, le temps que le sculpteur devra prendre pour parachever l’ébauche à la robe de moine.

Et Rodin resté seul dans son atelier J du Dépôt des marbres aura regardé son pauvre Balzac malmené par ces mondains et le sourire discret de la statue se sera déformé, distendu. Devenu grimace sous son pouce, barbouillage, contrefaisant les six visages du comité en un seul, comique et hideux.

Lorsque le sculpteur cherche à représenter Balzac, il reprend d’abord les photographies et les tableaux mis à sa disposition par les spécialistes du romancier. Cela ne lui suffit pas. C’est par les descriptions écrites qu’il trouve l’essence de ce qui fera sa statue. Il feuillette le tome de la Correspondance que son ami Geffroy, un journaliste de talent, lui fait parvenir, mais il se plonge surtout dans les biographies consacrées à l’auteur, et il n’y a rien de plus émouvant que de voir les pages soulignées de sa main, détails minimes qui permettent d’entrer dans son esprit. À quoi pensait Rodin quand il lisait une biographie de Balzac ? Quelle anecdote frappait assez son esprit pour l’annoter ? Chez Gozlan, il entoure les « dents de sanglier » ; chez Werdet, il repère une description du costume de Balzac, ainsi que quelques lignes sur son regard « noir, profond, scrutateur, magnétique ». Chez George Sand, il relève « son gros ventre grimpant tous les étages de la maison du quai Saint-Michel et arrivant soufflant, riant et racontant sans reprendre haleine ».

Enfin, il marque d’un coup de crayon la longue description du romancier par Lamartine : « Il était gros, épais, carré par la base et les épaules ; le cou, la poitrine, le corps, les cuisses, les membres puissants ; beaucoup de l’ampleur de Mirabeau, mais nulle lourdeur ; il y avait tant d’âme qu’elle portait tout cela légèrement, gaiement, comme une enveloppe souple, et nullement comme un fardeau ; ce poids semblait lui donner de la force et non lui en retirer. Ses bras courts gesticulaient avec aisance, il causait comme un orateur parle. Sa voix était retentissante de l’énergie un peu sauvage de ses poumons, mais elle n’avait ni rudesse, ni ironie, ni colère ; ses jambes, sur lesquelles il se dandinait un peu, portaient lestement son buste ; ses mains, grasses et larges, exprimaient en s’agitant toute sa pensée. »

Extraits

« Au milieu de la vaste pièce encombrée d’argile et de terre du château de l’Islette où Rodin et Camille trouvent refuge, Estager frissonne. Il est gêné par le regard myope du maître. Lorsque celui-ci approche ses mains, le cocher hésite, le repoussera-t-il d’un coup de poing ? Il est bien plus fort que le Parisien, mais un louis la journée ne se rencontre pas tous les jours. Il se laisse palper.

Rodin s’approche de son modèle, crayon à la main, dessine, trace des contours. «Le profil est donné par l’endroit où le corps finit », aime-t-il à répéter. Rodin fait tourner Estager autant qu’il tourne autour de lui. À chaque nouveau profil, il crayonne, serre de plus en plus les traits, les épure. Il va enfin à son bloc d’argile grossier et aplani sur chaque côté. Au lieu de soustraire au bloc, il y ajoute alors des petites boulettes d’argile qu’il roule entre ses doigts. Il procède par touches, imprime ses doigts dans la forme qu’il modèle. Jetant un linge humide sur la terre pour éviter qu’elle ne sèche, il revient à son cocher, lui palpe le crâne, s’extasie de ses bosses, de ses maxillaires, se retourne vers Camille pour qu’elle admire aussi, « croyez-vous qu’ils soient solides ! et attachés, et enveloppés ! ». p. 43

« Vers 1894, il croise une de ses anciennes modèles.

Rodin, lui, y pense. Comme il pense à son fils, celui qu’a enfanté Rose il y a déjà vingt-huit ans et qu’il ne voit que de loin. Une femme enceinte, c’est la vie à venir, l’origine de tout. En chacun des enfants à naître vivent les histoires d’amour de toute l’humanité. En chaque ventre plein, un gouffre de souffrance et de joie.

Elle pose plusieurs semaines, certains diront qu’elle ne fait pas que ça. Le protecteur se fâche, Rodin le met à la porte. La petite et son ventre rond lui sont trop nécessaires. Elle finit par s’enfuir. Le protecteur lui est trop essentiel.

Il ressort de cette période un Balzac stupéfiant, Un bonhomme en glaise furieusement martelé à coups de pouce, campé sur ses deux jambes de manière si glorieuse qu’il en paraît presque ironique. Sous ce ventre puissant, enceint et non obèse, Rodin modèle les testicules de l’auteur, énormes. Eux et le ventre enfantent le monde de La Comédie humaine et Rodin le montre fièrement. Pour réaliser cette esquisse, il a assemblé trois parties : les jambes conquérantes du premier Balzac nu, dont il a enlevé le bloc central qui leur permettait de tenir droit, révélant ainsi le sexe. Plus haut, le torse de la modèle enceinte, bras croisés sur une poitrine gorgée de lait et d’intrigues. Enfin, le visage informe, troué d’orbites, au rictus pareil à une balafre, maxillaires anthropophages – résidu d’Estager le cocher -, front bosselé sous une tignasse hirsute, surhumain, impérieux, un frisson d’horreur. » p. 60

« Le soir de l’inauguration, le président Félix Faure arrive dans les premiers. On le promène d’œuvre en œuvre et il hoche la tête de concert avec son conférencier improvisé. Arrivé aux sculptures, on lui présente Le Baiser, qu’il admire avec sincérité. Une foule de journalistes se dressent entre lui et le Balzac auquel il ne daigne pas jeter un coup d’œil.

Le lendemain, la rumeur enfle, enfle tellement que cette sculpture que le président n’a pas pris la peine de regarder devient l’attraction du Salon. On s’y presse, on y court, qu’importent la pluie et les bourrasques, les robes de soie grises et les costumes sombres glissent vers le lointain horizon où se dresse quelque chose de bizarre, de monstrueux. Une statue qui n’est pas une statue.

« Mais c’est épouvantable !

— C’est Balzac à Charenton dans une robe de chambre à l’hôpital.

— Non, c’est Balzac réveillé par un créancier. »

Et les rires, les rires! Plus gras que les sauces proposées par le restaurateur au centre de la nef. Ignobles. Dissonants. Écœurants.

«Ça, Balzac! Mais c’est un bonhomme de neige! Regardez comme il fond ! Et il penche déjà sur le côté: il va tomber !

– Allons donc, il a trop bu.

– Un dolmen déséquilibré.

– Un sac de charbon.

– Mieux, une stalactite ! »

Et les rires continuent. certains se tordent, d’autres glapissent.

«C’est une larve informe !

– Un bloc de sel qui a subi une averse.

– Un crapaud dans un sac.

– Ça, Balzac? On dirait du veau!»

Femmes du monde et hommes du peuple, tous se pâment de rire. Et la rumeur enfle, enfle comme un crapaud, comme un ballon de baudruche, comme une montgolfière, pour s’envoler jusqu’en Amérique. » p. 132-133

« L’art a toujours été question de mécènes, de politique et d’argent. Et ça le restera. Le beau, le juste, le vrai n’est qu’accessoire. » p. 161

« Mais Steichen ne quitte pas Rodin pour autant, malgré des allers-retours à New York, la découverte d’autres artistes, une carrière à mener, une ambition à satisfaire, il revient toujours dîner à Meudon avec Rose et Rodin, avec les nouveaux venus, Rainer Maria Rilke, le poète, secrétaire du maître pendant un an et vivant à demeure, franchement hostile, cherchant toujours l’approbation du sculpteur et ne la recevant jamais, et aussi tous les autres, Isadora Duncan, Anna de Noailles, la duchesse de Choiseul, certaines des maîtresses, d’autres non, ainsi que Zweig, Clemenceau, Judith Cladel, George Bernard Shaw, Cézanne, Gustav Mahler, toute la scène artistique et mondaine se presse désormais chez Rodin.

Le maître gagne une petite fortune en modelant tous ces êtres, avec plus ou moins de succès. » p. 191

« Sans Marguerite Lechat, sans Judith Cladel, sans Edward Steichen, sans Émile Zola, sans Auguste Rodin, bien sûr, cette œuvre n’existerait pas. Elle est l’ultime maillon de cette chaîne humaine qui a vu naître et prospérer notre statue. » p. 240

À propos de l’autrice

Clélia Renucci © Photo Pascal Ito

Le premier roman de Clélia Renucci, Concours pour le paradis (2018), a été lauréat du prix du Premier Roman, du prix littéraire des Grands Destins du Parisien Magazine, et du prix François-Victor Noury de l’Institut de France. Le Chef-d’œuvre maudit est son quatrième roman. (Source : Éditions Albin Michel)

Page Wikipédia de l’autrice 

Page Facebook de l’autrice

Compte X (ex-Twitter) de l’autrice

Compte Instagram de l’autrice

Compte LinkedIn de l’autrice

Tags

#lechefdoeuvremaudit #CleliaRenucci #AlbinMichel #Rodin #Balzac #RomanHistorique #XIXesiècle #Sculpture #Littérature #histoiredelart #CamilleClaudel #Chronique #collectiondelivres #hcdahlem #roman #RentréeLittéraire2026 #litteraturefrancaise #litteraturecontemporaine #RentreeLitteraire26 #rentreelitteraire #rentree2026 #RL2026 #lecture2026 #livre #lecture #books #blog #parlerdeslivres #littérature #bloglitteraire #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #livresque #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #writer #reading #bookoftheday #instabook #litterature #bookstagram #bookstagramfrance #lecturedumoment #bibliophile #avislecture #chroniqueenligne #chroniquelitteraire #jaimelire #lecturedumoment #book #bookobsessed #bookshelf #booklover #bookaddict #reading #bibliophile #bookstagrammer #bookblogger #readersofinstagram #bookcommunity #reader #bloglitteraire #aupouvoirdesmots #enlibrairie