Alice et le flibustier • Caroline Quine

Par Bénédicte

Éditions Hachette, 1966 (248 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Être invité à La Nouvelle-Orléans pour les célèbres fêtes du carnaval, quelle chance ! L’offre, à vrai dire, n’est pas tout à fait désintéressée. Alice est aussi invitée… à élucider un mystère ! Le vieux show-boat, l’ancien casino flottant, depuis longtemps hors de service et à demi enlisé dans les marais du Mississippi, est aujourd’hui le théâtre d’étranges manifestations. On y entend, la nuit, une musique bizarre… Les passerelles s’animent… Des silhouettes glissent d’un pas dansant… Est-ce une farce de carnaval ? Est-ce un coup monté par de modernes flibustiers ? Ou bien n’est-ce qu’une illusion ? Mystère…

La première phrase

« “Que dirais-tu d’un joyeux Mardi gras et par la même occasion d’un mystère à élucider ?” demanda Bess. »

Mon avis …

Alors qu’elles sont invitées à séjourner chez les Douglas, Bess Taylor et Marion Webb pensent tout naturellement à leur meilleure amie : et si Alice Roy était autorisée à être du voyage ? Chic ! Non seulement notre héroïne se montre ravie à l’idée de les accompagner, mais surtout l’oncle et la tante de nos cousines se disent enchantés à l’idée d’accueillir une troisième convive. D’autant plus que Dora, leur fille, organise justement ses fiançailles. Les festivités sont donc lancées, et nos trois amies inséparables s’apprêtent à rejoindre la Louisiane. La période du carnaval approche, aussi cette virée à la Nouvelle-Orléans s’annonce-t-elle des plus joyeuses !

Mais rapidement, les tuiles s’accumulent. À commencer par le vol de la voiture d’Alice… Inquiète, la jeune fille demande conseil à son père, le riche avoué James Roy. Celui-ci trouvera tout naturellement une solution afin que le voyage ne soit pas retardé. Mais rien ne semble se dérouler comme prévu, un individu malveillant (notre voleur ?) œuvre dans l’ombre et ne souhaite visiblement pas qu’Alice arrive à bon port.

Il semblerait qu’un mystère soit rattaché à un bateau à aubes, L’Ondine, propriété des Douglas mais quelque peu laissé à l’abandon dans les marécages. Alors que la famille tient à le remorquer jusqu’à leur embarcadère, afin de le rénover pour les fiançailles de Dora, bien des légendes se racontent au sujet de ce bateau. Il serait maudit ! Des bruits de tam-tam et une musique d’orgue résonneraient dans le bayou, alors même que l’instrument de musique serait inusité depuis des lustres. Alice, de son côté, rejette toute hypothèse surnaturelle. Mais elle doit bien reconnaître que Dora se comporte pour le moins étrangement.

Publié en 1957, Alice et le flibustier (The haunted showboat) est le trente-cinquième roman de la série jeunesse Alice. Je continue de lire ou de redécouvrir, toujours dans le désordre, les romans de cette série au gré de mes envies et de mes trouvailles dans les boîtes à livres. Car avec leurs illustrations signées Albert Chazelle, les anciennes éditions des années 60-70 sont de petits trésors tant elles possèdent un charme fou !

Avec Alice et le vison, cette nouvelle enquête fait désormais partie de mes Alice favoris. J’ai aimé tout le mystère qui se dégage du bayou, avec à la clef de nombreuses promenades en barque associées à moult dangers. Un crocodile, quelques sorts vaudou et une apparition costumée plus tard, me voici séduite tant j’ai été embarquée dans ce récit d’aventures teinté de surnaturel.

Alors non, tout n’est pas parfait. Alice se fait voler sa voiture, son père lui en rachète une sur-le-champ. À la suite d’un coup de gourdin sur le crâne, personne ne s’inquiète outre mesure d’une possible commotion cérébrale. Mais il s’agit d’un récit jeunesse. Du haut de mes dix ans, j’enviais le courage d’Alice, sa liberté, le fait que les adultes lui laissent carte blanche pour vivre moult péripéties en compagnie de ses amies ! Cela me faisait tout simplement rêver, et c’est le souvenir que je souhaite en garder. Et je trouve l’ensemble plutôt bien écrit, avec ce charme suranné que j’aime beaucoup. On retrouve ce souci des convenances, cette manière si spécifique de s’exprimer (même si Alice appartient à un milieu privilégié) qui ne sont plus vraiment d’usage aujourd’hui. Les Alice ont en tout cas pour moi un pouvoir réconfortant. Je ne peux que vous encourager mille fois à les (re)lire.

Extraits …

« Sans bruit, ils naviguèrent en direction du show-boat. Parvenus à proximité, les jeunes gens entendirent le roulement d’un tam-tam. Bess frissonna, apeurée. Mais Alice, le cœur battant d’émotion, se redressa, l’oreille tendue. Quelques minutes plus tard, des notes majestueuses s’élevèrent de L’Ondine.
“Voilà qui est singulier, se dit Alice. Charles m’a pourtant affirmé que l’orgue était hors d’usage.” »