
Il est des âges qui brûlent en silence. Des saisons de la vie que l’on traverse sans toujours comprendre qu’elles nous façonnent à jamais. Dans L’adolescence prolongée. Un temps d’accomplissements, Michel Claes s’attarde sur cette zone incertaine entre l’enfance et l’âge adulte — non pour la disséquer froidement, mais pour en révéler la profondeur.
L’adolescence d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Elle commence plus tôt, s’achève plus tard, s’étire dans un monde où les certitudes se fissurent. Le départ du foyer se fait attendre, les études se prolongent, l’indépendance se conquiert pas à pas. Plutôt que d’y voir un signe de faiblesse collective, Michel Claes y reconnaît un déplacement du temps humain, une nouvelle manière d’entrer dans la vie.
Ce qui frappe, à la lecture, c’est la justesse du regard. L’auteur convoque les neurosciences pour expliquer la plasticité du cerveau adolescent, cette malléabilité qui rend possible l’apprentissage, la créativité, l’audace — mais aussi la vulnérabilité. Pourtant, jamais il ne réduit l’adolescence à une mécanique biologique. Il la restitue dans toute son épaisseur : sociale, affective, existentielle.
On retrouve dans ces pages quelque chose du roman d’apprentissage. Les premières amours, les choix décisifs, les engagements naissants — tout ce qui, entre quinze et vingt-cinq ans, laisse une empreinte durable. L’adolescence apparaît alors comme un creuset, un laboratoire intime où s’élabore le récit de soi.
Face aux discours sévères qui décrivent la jeunesse comme désorientée ou désengagée, Michel Claes oppose une voix apaisée. Depuis toujours, rappelle-t-il en filigrane, les adultes redoutent ceux qui les suivent. Mais la jeunesse n’est pas un danger : elle est une promesse fragile, qui demande accompagnement plutôt que condamnation.
L’adolescence prolongée est ainsi plus qu’un essai scientifique : c’est une invitation à changer de regard. À accepter que le temps de grandir ne se plie plus aux anciennes frontières. À reconnaître que cette période, loin d’être un âge ingrat, est peut-être la plus féconde de toutes.