Robert Silverberg, né en 1935 à Brooklyn (New York), est un romancier et nouvelliste américain. Ses domaines de prédilection sont la science-fiction et la fantasy. Découvrant précocement la science-fiction, il devient rapidement un auteur très prolifique, publiant entre 1956 et 1958 plus de deux cents textes, seul ou en collaboration. Après une parenthèse d’une dizaine d’années, durant laquelle il se consacre à des ouvrages de vulgarisation pour la jeunesse, il débute à la fin des années soixante une nouvelle carrière littéraire, écrivant désormais une science-fiction particulièrement ambitieuse qu’on peut placer au panthéon du genre.
Publié pour la première fois en 1972, ce roman, L’Oreille interne vient d’être réédité en poche. Le bouquin est classé dans la S.F. mais j’y vois plutôt un grand roman psychologique.
David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, est le héros et le narrateur du récit. Se voyant comme un raté, incapable de réussir sa vie, il vivote en rédigeant les devoirs de philosophie des étudiants de l’université de Columbia contre quelques dollars. Pourtant David possède un don, un pouvoir, depuis sa plus tendre enfance, il est télépathe, pouvant s’immiscer dans l’esprit des gens.
Le récit se présente comme l’autobiographie d’un névrosé, où l’on découvre sa vie misérable, ses échecs avec les femmes, ses relations difficiles avec les autres, en particulier avec sa sœur et surtout sa peur grandissante quand il constate qu’il perd progressivement son pouvoir télépathique, symbole de sa propre identité et de sa singularité. Durant toutes ces années il a vécu dans l’angoisse que les autres découvre son étrange pouvoir, se sentant coupable quand il sonde les esprits des gens, comme violant leur intimité, ce qui l’a amené à se mettre en marge de la société.
Le roman ne suit pas un déroulé chronologique, mêlant le présent et les flashbacks liés aux souvenirs de David, que ce soit avec ses parents, à l’école ou ses conquêtes féminines ce qui nous vaut des scènes de sexe et de drogues, typiques des années 70. S’insérant dans tout cela, des passages des rédactions que rédige notre héros pour les étudiants.
La confession de David Selig est néanmoins paradoxale, à suivre le cours de sa vie il nous présente son don comme une calamité, or il s’avère qu’il constate aujourd’hui qu’il le perd petit- à- petit et cela le désole aussi ! Autre paradoxe malgré sa capacité à lire dans les esprits, Selig est incapable de véritables échanges avec les autres.
Finalement, la télépathie était son seul lien avec le reste de l'humanité et lorsque la perte progressive de son pouvoir, ressentie comme la perte d'une partie de lui-même, fera de David Selig un nouvel homme, un humain « normal », peut-être pourra-t-il mieux s’insérer dans la société et enfin trouver la sérénité… ?
Une œuvre psychologique profonde, souvent considérée comme le chef-d'œuvre de Silverberg, qui explore avec sensibilité et humour les tourments d'un homme en quête de lui-même.