L’école des femmes • Molière

L’école femmes Molière

L’école femmes Molière

Éditions Le livre de poche, 2015 (160 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

Arnolphe a élevé Agnès dans l’ignorance afin de plus tard l’épouser sans craindre d’elle les infidélités des femmes trop éclairées. Mais Horace, épris lui aussi de la jeune fille et ignorant qu’Arnolphe est son tuteur, lui raconte complaisamment les progrès de sa cour… et Agnès apprend vite à l’école de l’amour. Le comique de la pièce repose ainsi pour une large part sur la « confidence perpétuelle » que le jeune blondin fait au vieux barbon, et sur les réactions désopilantes d’Arnolphe confronté à la narration enthousiaste de ses déconfitures.

La première phrase

« Chrysalde : Vous y venez, dites vous, pour lui donner la main ?
Arnolphe : Oui, je veux commencer la chose dans demain. »

Mon avis …

L’école des femmes signe mes retrouvailles avec Molière après avoir lu, il y a cinq ans tout de même, Les précieuses ridicules. Je lis trop peu de pièces de théâtre, et le théâtre classique reste encore pour moi (mais c’est un tort) associé à mes années de collège et de lycée. Puisqu’il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, je (re)lis et découvre à mon rythme certaines œuvres connues qui ont fait leurs preuves. Par curiosité, mais aussi dans l’idée de continuer à combler mes lacunes. C’est déjà un premier pas, vous ne trouvez pas ?

Si je reste sur mon idée qu’une pièce se savoure sans doute davantage lorsqu’on assiste directement au jeu des acteurs, je dois dire que j’ai passé un bon moment de lecture. L’école des femmes (1662) préfigure en quelque sorte le vaudeville à travers les mésaventures en cascade d’Arnolphe assisté de ses valets. Le public découvre ici une pièce découpée en cinq actes et rédigée en alexandrins. Cette comédie de mœurs rencontra un vif succès dès ses premières représentations.

Le spectateur / lecteur est ici amené à rencontrer Arnolphe, un bourgeois quadragénaire qui, souhaitant convoler en justes noces, craint plus que tout de se retrouver cocu. Qu’à cela ne tienne, le bougre a tout prévu. Depuis plusieurs années, il veille sur la sage Agnès, élevée dans l’ignorance des choses de la vie afin de la rendre la plus malléable possible (telle la cire d’une bougie est-il précisé). Ainsi, pense Arnolphe, aucun risque que la jeune fille ne cherche à user de ses charmes ou encore à s’opposer à la supériorité masculine ! Mais l’amour passera par là… Arnolphe se risquera alors à avancer la date du mariage, et à faire lire à sa protégée (disons plutôt sa captive) « Les maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée ». Agnès parviendra-t-elle à s’unir à Horace, cet homme dont elle est fortement éprise et qui la tient en bien plus haute estime ?

Si le théâtre n’est pas forcément un genre que j’affectionne (je lui préfère en effet les romans), j’apprécie plus que tout retrouver le phrasé du XVIIe siècle. Les pièces de cette époque soulignent, je trouve, parfaitement la beauté de la langue française et jouent sur la musicalité des mots. Alors oui, heureusement mon édition comportait de petits astérisques pour expliquer des termes spécifiques qui ne sont plus usités aujourd’hui, mais si je persiste à lire des pièces du théâtre classique, c’est aussi pour me régaler des rimes, du rythme des mots, de l’association de certains sons.

À partir d’un simple triangle amoureux, Molière réussit à nous tenir en haleine. Le registre satirique étant de mise, les défauts de nos personnages sont ici poussés à l’extrême pour mieux se moquer d’eux. Aussi, si Arnolphe se montre ridicule et pitoyable au possible, il semble peu crédible qu’Horace soit suffisamment niais pour confier ses espoirs amoureux à son propre rival. Mais… cela fonctionne, et contribue à servir l’aspect farce de cette pièce au travers de plusieurs scènes comiques.

Le personnage d’Agnès est lui aussi intéressant. En bonne oie blanche de première, elle se soumet d’emblée, obéissant gentiment à ce que lui dit et promet Arnolphe. Elle n’a d’ailleurs que peu de répliques, ceci reflétant la place qui est pensée pour elle (et sans doute la place de la femme de manière générale). Peu à peu, on assiste ensuite à une transformation. Agnès devient sujet de l’action. Elle passe à l’acte pour rejoindre Horace à l’extérieur de sa chambre. Elle ose donc affirmer son désir pour cet homme dont elle est éprise, pour ensuite montrer qu’elle est en capacité de raisonner et de se défendre.

J’ai lu cette pièce d’une traite. Et je dois dire que j’ai (de peu) préféré L’école des femmes aux Précieuses ridicules, principalement pour son registre comique et pour l’évolution du personnage d’Agnès.

Extraits …

« Le mariage, Agnès, n’est point un badinage.
À d’austères devoirs le rang de femme engage,
Et vous n’y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n’est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la toute-puissance. »

« Épouser une sotte est pour n’être point sot. »