Éditions L’iconoclaste, 2025 (346 pages)
Ma note : 16/20
Quatrième de couverture …
Hiver 1917. Le front s’enlise, l’arrière s’épuise. Une nuit d’orage, un visiteur demande asile à Isaure, la propriétaire d’un domaine viticole. Avant le conflit, c’était un peintre talentueux reçu au château, désormais c’est un déserteur que la maîtresse de maison renvoie sèchement. Saisie de compassion, Rosalie, la fille d’Isaure, le cache au grenier. Mais avec lui, les périls s’invitent au cœur de la demeure. Peut-on agir sur le destin ? Le fugitif, la jeune fille et la mère refusent la place qui leur a été assignée. Ils s’émancipent et se confrontent, tissant un fascinant roman de guerre, d’amour et de liberté. Pour eux comme pour nous, l’orage se lève, il faut tenter de vivre.
La première phrase
« À toi de jouer, Rosalie, lui dit sa mère.
Elle lève la tête, scrute les ténèbres. »
Mon avis …
Hiver 1917, dans le sud de la France. Un soir d’orage, un jeune homme se présente au château du domaine viticole de l’Esparre. Théodore a déserté. Il connaît la propriétaire du domaine, Isaure, qui organisait des fêtes avant-guerre et possédait, comme lui, un goût prononcé pour les arts et la peinture. Il demande donc refuge. Excédée, l’accusant de lâcheté, la maîtresse des lieux le renvoie fissa. Quelques heures plus tard, Rosalie, la fille d’Isaure, le retrouve endormi sous la pluie. Prise de pitié, elle l’installe en cachette au grenier.
L’homme sous l’orage signe ma rencontre avec la plume de Gaëlle Nohant. Je me demande maintenant pourquoi je n’ai pas franchi le pas avant (La part des flammes me faisait pourtant de l’œil à sa sortie). J’ai en effet beaucoup aimé l’écriture de l’autrice qui met en lumière la nature, le rythme des saisons, et qui rend chaque émotion palpable. Gaëlle Nohant évoque bien évidemment l’horreur des combats, les conséquences traumatiques de ces derniers sur tous ces hommes envoyés bien malgré eux au Front, mais également le quotidien de celles et ceux qui restent à l’arrière.
L’autrice nous offre ici un beau portrait de trois femmes aux prises avec les effets d’une guerre qui s’éternise. Guidée par la notion du devoir et marquée par un drame familial, Isaure a repris les rênes du domaine viticole et s’étonne de prendre goût à cette nouvelle responsabilité. De son côté, Rosalie, âgée de dix-neuf ans, étouffe face à une mère qui lui montre peu d’affection et qu’elle semble décevoir. Elle rêve avant tout de liberté, et de ne plus être soumise à une éducation corsetée. Puis il y a la petite bonne, Marthe, qui s’épuise chaque jour au travail pour mettre du beurre dans les épinards. Seulement, lorsqu’elle découvre le secret de Rosalie, elle se dit que les cartes peuvent peut-être se trouver rebattues… en sa faveur !
Réfugié secrètement au château, Théodore risque en effet d’être fusillé, notamment si on le dénonce. L’art devient alors un refuge. Peindre devient une manière d’exister autrement que sous les obus, de résister à la violence mais aussi de retrouver son humanité tout en diffusant de la beauté, de la lumière. Dans ce roman, il est d’ailleurs beaucoup question de ce jeu entre le sombre, les ombres de la nuit, les cauchemars qui hantent les soldats, et la nature, les couleurs, les paysages qui représentent tout simplement la vie. J’y ai été sensible, et c’est aussi ce qui explique combien j’ai apprécié ce récit.
C’est en tout cas un roman qui offre un regard juste sur la guerre et le sort terrible réservé aux hommes dans les tranchées. Que deviennent les notions de courage et d’honneur face à toutes ces atrocités ? Comment revenir à la vie quand on a été gravement blessé (aussi bien physiquement que psychiquement) ? Théodore est un héros intéressant, humain. On tremble bien évidemment pour lui, notamment à la fin du roman.
Cette lecture fut donc une bonne surprise. Malgré un final un peu trop romanesque à mon goût (je m’attendais à cela déjà, mais j’espérais un autre positionnement de la part de Rosalie à un moment clef de l’intrigue), ce récit réussit à nous tenir en haleine, nous faisant vivre au passage moult émotions. Je compte donc continuer sur ma lancée et ouvrir d’autres romans signés Gaëlle Nohant.
Extraits …
« Presque deux heures à la pendule, Rosalie est trop énervée pour dormir. En descendant le grand escalier de marbre sous l’œil torve des portraits d’ancêtres, elle commence à discerner les sons tapis dans le silence : craquements des volets, bruits de tuyaux, mugissement du vent dans les cheminées. Passer l’hiver ici en l’absence des hommes fait ressortir les ombres de ce vaisseau de pierre. La nuit, son atmosphère lugubre donne le sentiment d’être au bout du monde, à l’écart de la vie. Une parenthèse qui dure, comme la guerre. Avant la guerre, c’était la pension. Après, un horizon vierge qui semble hors d’atteinte. Dans quelques semaines elle aura dix-neuf ans. Elle se fane à peine éclose et personne ne s’en aperçoit. »