Éditions Rue de Sèvres, 2025 (154 pages)
Ma note : 16/20
Quel bonheur de retrouver Scarlett O’Hara et Rhett Butler dans ce second tome, toujours signé Pierre Alary, retraçant le déroulé d’Autant en emporte le vent, cette tourbillonnante intrigue imaginée par Margaret Mitchell ! Si j’avais apprécié le premier opus (lu le mois dernier), cette suite s’inscrit purement dans la même veine. La guerre de Sécession n’est plus lorsque nous retrouvons nos personnages. Ashley Wilkes et Mélanie tentent vaille que vaille de veiller aux frais d’entretien de Tara, la plantation familiale si chère au cœur de Scarlett. Mais pour cela… notre héroïne doit trouver de l’argent. Blessée dans son orgueil après avoir fait des avances (maladroites) à Rhett Butler, la voici qui se tourne vers Frank Kennedy qui n’est autre que le fiancé de sa sœur ! Scarlett fera pourtant fi du qu’en dira-t-on. Devenue propriétaire d’une scierie, elle n’a qu’un objectif : amasser suffisamment d’argent pour ne plus jamais ressentir la faim et la privation. Seul Ashley, devenu l’ombre de lui- même, pourrait encore faire battre son cœur.
Le graphisme et le travail autour des couleurs se montrent toujours aussi réussis, Pierre Alary jouant tantôt sur les ombres tantôt sur la lumière pour retranscrire avec brio les émotions de nos protagonistes. Le découpage des scènes rappelle quant à lui celui d’un film, et les péripéties s’enchaînent à mesure que l’on approche des dernières planches. Il est donc impossible de s’ennuyer, et j’ai été surprise de découvrir de nombreux détails qui ont été totalement tronqués ou édulcorés dans le film de Victor Fleming.
La version hollywoodienne d’Autant en emporte le vent a tenu à nous montrer à l’écran une véritable histoire d’amour (mais peut-être était-ce mon regard naïf de jeune adolescente de l’époque), passionnée et contrariée, entre Scarlett O’Hara et Rhett Butler. N’ayant jamais lu le roman d’origine, c’est donc le souvenir que je gardais de l’intrigue après avoir vu le film. Quelle erreur… Margaret Mitchell a en effet pensé des personnages bien plus complexes que cela. Il n’est nullement question d’amour, Scarlett se mariant par intérêt financier à trois reprises ; Rhett Butler se montrant surtout aveuglé par le désir qu’il ressent face à la beauté de notre héroïne, et Scarlett se pensant amoureuse d’Ashley, alors qu’elle est surtout attachée à un souvenir idéalisé d’avant-guerre.
Pierre Alary réussit à retranscrire tout ceci dans cette adaptation, et ce second tome met véritablement l’accent sur le lien unissant nos personnages. L’auteur nous brosse également le portrait d’une société américaine qui peine à se reconstruire après le conflit. La situation des anciens esclaves du Sud est loin d’être enviable, tant beaucoup se retrouvent dans une misère économique. La scission entre Nord et Sud est quant à elle toujours existante, entraînant de la rancœur et des conflits de pensée.
Scarlett O’Hara est en tout cas un personnage fascinant. Lorsque j’étais adolescente, elle m’agaçait fortement par son égoïsme et son orgueil. Je la trouvais on ne peut plus peste et détestable. Je lui trouve depuis des excuses. Elle n’a en effet que dix-sept ans lorsque la guerre éclate, la plongeant dans une horreur absolue. Elle se voit privée du statut privilégié qui était le sien pour ne plus penser qu’à survivre. Je suis en tout cas aujourd’hui plus sensible au parcours qui est le sien, à la résilience dont elle fait preuve. Et si elle n’est pas parfaite, elle fait en tout cas au mieux pour ne plus avoir à ressentir la faim. Je parviens désormais à ne plus voir dans ce récit une histoire d’amour pour peut-être réussir à mieux approcher notre héroïne, à la comprendre.
Cette lecture me donne en tout cas envie de me plonger dans les trois tomes du roman de Margaret Mitchell. Je compte d’ailleurs m’y mettre dès cette année. Pierre Alary réussit ici le pari d’adapter une œuvre dense, beaucoup plus complexe que ce que peut nous montrer la version cinéma avec Vivien Leigh et Clark Gable dans les rôles-titres. Si je reste toujours sur mon idée que les traits de Scarlett et de Rhett version BD manquent de piquant (mais pour le coup, j’ai ici du mal à me défaire du film), l’auteur réussit à moderniser l’œuvre initiale sans en retirer les émotions qui y restent associées. Impossible en effet de ne rien ressentir face à certaines scènes, notamment celles présentes à la fin de ce second tome. Et, si j’attendais la fameuse réplique « Franchement, ma chère, c’est le cadet de mes soucis », Pierre Alary nous propose autre chose et prend le parti, une nouvelle fois, de se détacher du film. Mais c’est tout aussi réussi et percutant. Je ne peux donc que vous recommander mille fois la lecture de ce roman graphique (en deux tomes).