Batman deadpool : acte deux pour le crossover marvel dc chez urban comics

Batman deadpool acte deux pour crossover marvel chez urban comics
 Les crossovers entre éditeurs ont rarement bonne presse. On les soupçonne volontiers d’être avant tout des opérations commerciales, conçues pour attirer les collectionneurs et faire sonner le tiroir caisse. La rencontre entre Batman et Deadpool (deuxième round, le premier est à lire ici) ressemble bien à ça, dans le fond : d’un côté, la star incontestée de DC ; de l’autre, le trublion le plus bavard de Marvel. Deux univers qui, en théorie, n’ont aucune raison de se croiser. Et pourtant, ce genre d’expérience exerce toujours une certaine fascination. Le plaisir ne vient pas seulement de l’histoire, mais de la collision en elle-même : le lecteur sait parfaitement que ces héros appartiennent à deux compagnies rivales, et cette conscience donne à l’ensemble une dimension presque méta. Autant dire que Grant Morrison était un candidat idéal pour orchestrer ce type de rencontre improbable. Le type aime ça, quitte à en sembler pédant et appliqué. Le récit commence de manière volontairement déroutante. Batman semble mener une enquête… puis se retrouve grièvement blessé, avant que l’histoire ne reparte comme si de rien n’était. Deadpool, lui, comprend très vite que quelque chose cloche. Quand on a l’habitude de parler au lecteur et de briser le quatrième mur, on développe un certain flair pour les réalités qui déraillent. Entre deux plaisanteries (dont un gag sanglant où Batman rend à Wade Wilson ses jambes fraîchement arrachées, mais qui vont vite repousser) les deux héros tentent de comprendre ce qui leur arrive. Très vite, l’aventure prend un tour franchement surréaliste. Batman et Deadpool se découvrent prisonniers d’un cauchemar manipulé par Cassandra Nova, personnage cher au scénariste. L’intrigue est volontairement minimaliste, mais Morrison compense par un sens aigu du dialogue et du rythme. Le contraste entre le sérieux imperturbable de Batman et l’énergie de Deadpool fonctionne à merveille. Les échanges fusent, pleins d’ironie et de références, même si les pages défilent sans donner la sensation de fournir une histoire qui rentrera dans les anthologies. On se divertir, jusqu’à un clin d’œil savoureux à l’époque Amalgam : Bruce Wayne ressort d’un puits de Lazare sous les traits de Darkclaw. Souvenirs, souvenirs…
Batman deadpool acte deux pour crossover marvel chez urban comics

Sur le plan esthétique, l’album est porté par le talent de Dan Mora. Le dessinateur s’impose depuis quelques années comme l’un des artistes les plus dynamiques des comics de super-héros, et il confirme ici tout le bien que l’on pense de lui. Son trait énergique donne une vraie ampleur aux scènes d’action, tandis que les passages les plus étranges prennent une tournure hallucinée. Les couleurs d’Alejandro Sánchez apportent éclat et lisibilité, c'est du bon boulot, assurément. L’album propose également plusieurs histoires courtes qui multiplient les rencontres entre personnages des deux univers, tout comme c'était le cas dans le premier fascicule (vendu avec son coffret chez Urban, pour ranger aussi le second). Constantine croise ainsi le Doctor Strange dans un récit à l’atmosphère mystique, joliment mis en images mais finalement assez anecdotique. D’autres associations, comme celle de Harley Quinn avec Hulk ou celle de Ms. Marvel avec Static, peinent à convaincre et donnent parfois l’impression de remplir le cahier des charges sans savoir quoi dire. On peut sourire, si on est indulgent. Voilà tout (et en plus, je n'aime pas Amanda Conner, son style, j'entends. Voilà, c'est dit). Une histoire sort quand même du lot : la rencontre entre Nightwing et Laura Kinney. Écrite par Tom Taylor et dessinée par Bruno Redondo, elle raconte en quelques pages une mission simple (retrouver la jeune Gabby dans les égouts de Gotham) qui se transforme en un moment de complicité inattendu entre les deux héros. Le récit prend le temps de souligner ce qui les rapproche : le sens du devoir, l’envie d’aider les autres, et cette idée que la famille ne se limite pas toujours aux liens du sang. Court, efficace, touchant. En gros, Batman / Deadpool c'est carrément ce que l’on pouvait attendre d’un tel projet : un délire pour les fans, parfois absurde, souvent drôle, et visuellement réussi. Du coup ce double crossover parvient à dépasser le simple statut d’opération commerciale. Sans le faire entrer dans la légende, ne boudons pas non plus son côté sympatoche. 

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