Geisha • Arthur Golden

Par Bénédicte

Éditions de Noyelles, 2006 (520 pages)

Ma note : 17/20

Quatrième de couverture …

Une petite fille de neuf ans, aux superbes yeux gris-bleu, tels ceux de sa mère qui se meurt, est vendue par son père, un modeste pêcheur, à une maison de geishas : ainsi commence l’histoire de Sayuri dans le Japon des années trente. C’est à travers son regard d’enfant malheureuse que l’on découvrira Gion la décadente, le quartier du plaisir à Kyoto, avec ses temples resplendissants, ses théâtres raffinés et ses ruelles sombres. C’est à travers son initiation et sa métamorphose que l’on apprendra l’art d’être geisha, les rites de la danse et de la musique, les cérémonies de l’habillage, de la coiffure et du thé, comment il sied de servir le saké en dévoilant à peine son poignet, comment surtout il faut savoir attirer l’attention des hommes et déjouer la jalousie des rivales. Née sous le signe de l’eau, n’agissant jamais sans consulter son almanach, franchissant épreuve sur épreuve, Sayuri nous entraîne dans le tourbillon des choses de la vie, futile et tragique comme la Seconde Guerre mondiale qui détruira Gion. Femme amoureuse toutefois, éprise d’un homme de qualité, elle raconte aussi, toujours de sa voix limpide et inoubliable, la quête sans cesse recommencée de la liberté.

La première phrase

« Imaginez : nous serions assis, vous et moi, dans une pièce donnant sur un jardin, au calme, à bavarder, à siroter notre thé vert, nous évoquerions un événement du passé et je vous dirais : “L’après-midi où j’ai rencontré un tel… a été à la fois le plus beau et le pire après-midi de ma vie.” »

Mon avis …

Après avoir lu Ma vie de geisha, un roman-témoignage signé Mineko Iwasaki, il me tardait d’ouvrir Geisha. Rédigé par Arthur Golden, ce récit fictif nous plonge dans le quotidien d’une petite fille, Chiyo, qui vit au départ dans un modeste village de pêcheurs. Geisha fut pour moi une lecture marquante tant son héroïne parvient à faire preuve de courage et de résilience. Si Ma vie de geisha nous décrit dans le détail les traditions et le quotidien dans une okiya (maison de geishas), l’écrit d’Arthur Golden se concentre essentiellement sur les pensées et émotions des personnages. Je l’ai donc préféré au témoignage de Mineko Iwasaki, tant je l’ai trouvé intense et bouleversant.

Chiyo est une petite fille âgée de neuf ans. Vendue par son père à une okiya, la voici catapultée dans une ville qu’elle ne connaît pas : Kyoto. Notre héroïne s’estime néanmoins moins à plaindre que sa sœur qui, jugée moins jolie qu’elle, tombera de son côté dans la prostitution. Rapidement, Chiyo devra cependant apprendre à survivre et à se repérer dans les codes et la hiérarchie à l’œuvre dans les okiyas. Elle pourra peu à peu s’instruire, apprendre l’art de tenir une conversation, de jouer du shamisen, de danser ou de maîtriser la cérémonie du thé / saké. Mameha, une geisha renommée, la prendra ensuite sous son aile. Et la petite Chiyo deviendra Sayuri, l’une des geishas les plus connues de Gion, quartier traditionnel de Kyoto dans lequel elle évolue.

Arthur Golden tisse son intrigue sur plusieurs décennies, nous proposant un récit aussi beau que dérangeant. Beau par la splendeur des couleurs et motifs des kimonos, véritables œuvres d’art. Touchant par le lien qui unit Chiyo-Sayuri à celui qu’elle nomme le Président. On pourrait y voir une simple toile de fond romanesque. Il s’agit peut-être en vérité d’un symbole. Chiyo avait en effet besoin de cette rencontre, expérimentant ainsi qu’un adulte lui porte une certaine bienveillance, pour trouver les ressources en elle pour se battre face à l’injustice qu’elle subit.

Puis, il y a ces scènes glaçantes témoignant de l’asservissement des geishas. La vente de la virginité (le mizuage) de Sayuri sera négociée au plus offrant afin de rembourser le coût de son acquisition ainsi que ses frais d’éducation. Le lecteur apprend ensuite que toute geisha se doit de devenir la maîtresse d’un riche protecteur (un danna), et ce afin de se mettre financièrement à l’abri. Mais à quel prix. Sayuri ne devra son salut qu’à la beauté de ses yeux, d’un bleu-gris presque transparent.

L’écriture d’Arthur Golden se montre fluide, mais fourmillant de détails. J’ai apprécié le découpage de l’intrigue en plusieurs parties. L’auteur évoque ainsi l’impact de la Seconde Guerre mondiale sur la population japonaise, et sur les okiyas qui annoncent alors leur fermeture. Le récit s’achève dans les années 50. Si certains personnages ne sont pas épargnés, méritant parfois un juste retour de bâton, d’autres s’en sortent bon an mal an. J’ai aimé rencontrer Sayuri, autant que Mameha. Tout comme j’ai été écœurée de la méchanceté de Matsumomo. Arthur Golden signe ici un roman-fleuve qu’il vous faut découvrir si vous souhaitez voyager dans le temps, ou si vous cherchez à mieux comprendre la culture nippone.

Extraits …

« Quand ma chevelure fut cirée de manière uniforme, le coiffeur en fit un gros chignon, de la forme d’une pelote à épingles. Sur l’arrière, cette pelote est fendue en deux parties égales. D’où le nom de “pêche fendue”, donné à cette coiffure. J’ai été coiffée ainsi pendant des années, sans voir la symbolique de la chose. Un homme me l’expliqua lorsque je fus devenue geisha. »

« Que savez-vous du sumo, jeune fille ? me demande Nobu.
– Je sais que les lutteurs sont gros comme des baleines. »

« La démarche des femmes, dans la rue, devrait évoquer le clapotis des vagues sur un banc de sable. »