Éditions Charleston, 2022 (522 pages)
Ma note : 15/20
Quatrième de couverture …
1895, Londres. Dame de compagnie d’Abigail Finch ! Pour Mabs Daley, habituée à trimer chaque jour aux canaux où elle décharge sans relâche les barges pour nourrir ses frères et sœurs, un emploi de domestique dans le quartier huppé de Hampstead est une opportunité de rêve. Elle aura sa propre chambre, des repas réguliers et un salaire qui dépasse l’entendement. Mais derrière les lourdes portes de la somptueuse demeure, la jeune femme découvre un univers inquiétant, dominé par les accès de colère de sa nouvelle patronne, atteinte d’une obscure maladie, et les rumeurs du scandale qui aurait forcé les Finch à quitter Durham précipitamment. Peu à peu, elle se prend pourtant d’affection pour la cadette de la maisonnée et se lie d’amitié avec Olive Westallen, une jeune bourgeoise du voisinage éprise de liberté. Jusqu’au jour où elle devra choisir entre conserver la sécurité offerte par sa nouvelle condition et tenter de sauver la famille Finch des secrets qui la rongent de l’intérieur.
La première phrase
« L’échelle métallique fixée au mur du puits à glace trembla lorsque Mabs la descendit, le cœur un peu plus lourd à chaque nouveau barreau. »
Mon avis …
1895. Issue d’un milieu ouvrier, Mabel Daley (dite Mabs) peine à maintenir les économies familiales à flot. Aînée d’une grande fratrie, elle n’a d’autre choix que de s’habiller en garçon pour effectuer des travaux épuisants tout en risquant sa vie à chaque instant. L’espoir renaît progressivement lorsqu’elle parvient à trouver une place de dame de compagnie chez les Finch, nouvellement installés dans la région. Mabs déchante cependant lorsqu’elle découvre les fragilités d’Abigail Finch, une femme taciturne qui refuse tout bonnement de lui adresser la parole.
En parallèle, nous suivons le quotidien d’Olive Westallen, une jeune femme vive et instruite qui souhaite réaliser ses propres rêves et ambitions, défiant alors les règles et les convenances d’une Angleterre victorienne pour le moins corsetée. Riche et célibataire, elle fera le choix d’adopter une petite orpheline qui nouera rapidement un lien d’amitié avec Ottie, l’une des enfants des Finch. Au fil des pages, les liens se font, se défont, et nos héroïnes toutes très différentes de par leur âge et leur statut social n’auront d’autre choix que de retrousser leurs manches pour se soutenir et s’entraider.
Je vous l’avoue tout de go, j’ai passé un bon moment en compagnie de ce récit choral. Au-delà de la sororité mise en avant, il se fait également témoignage de la vie à Londres en cette fin du XIXe siècle. De nombreuses thématiques sont ici soulevées (le racisme, la misère, le travail des enfants, la place de la femme) et font que l’on ne peut que s’attacher à nos héroïnes qui se montrent fortes et courageuses, chacune à leur manière.
Les pages auront tourné à vitesse grand V. Et, si l’on devine assez rapidement le secret de famille qui explique le caractère lunaire et toute la souffrance d’Abigail Finch, les rebondissements s’enchaînent suffisamment pour donner à cette lecture un caractère ô combien addictif. J’ai surtout apprécié le personnage d’Olive tant cette héroïne se montre à contre-courant de ce que l’on attendait d’une femme à cette époque. Elle a évidemment la chance d’évoluer dans un milieu privilégié, mais surtout d’être entendue et soutenue par sa famille. Férue d’astronomie, elle saura également mettre ses préjugés de côté pour nouer un lien avec Mabs. Elle l’incite alors à s’instruire, tout en essayant de sortir sa famille de conditions de vie précaires et difficiles. De son côté, Mabel hésite : doit-elle confier ses soupçons quant aux Finch à une femme qu’elle ne connaît finalement que très peu ?
L’écriture se montre fluide. Et l’alternance entre les différents points de vue et les pensées de nos héroïnes apporte une certaine dose de dynamisme. Tracy Rees signe ici un roman choral réconfortant et distrayant dans lequel les femmes font alliance face à une société paternaliste étouffant la parole féminine ainsi que les rêves et désirs de toute une vie. Un petit goût de déjà vu / lu fait que je suis passée à côté du coup de cœur. De même qu’un final un peu trop mièvre ou encore le caractère incongru de certaines scènes.
Extraits …
« J’ai toujours eu un penchant pour les jardins négligés, observa Mrs Finch. Lorsqu’ils sont trop bien entretenus, ils ressemblent à de jeunes dames pomponnées et éduquées au millimètre près. Je préfère le charme à l’obéissance. »