Rapport d’activité

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En deux mots

Loïc s’est décidé à tenir un journal. En racontant sa vie de trentenaire, l’ingénieur en informatique dresse un portrait saisissant de la jeunesse d’aujourd’hui qui se cherche en avenir dans une société des plus anxiogènes. Trouver un emploi, trouver une compagne, trouver un sens à sa vie n’est alors guère facile.

Ma note

★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Loïc au jour le jour

Sarah Orokieta signe avec « Rapport d’activité » un premier roman qui nous plonge dans le quotidien d’un trentenaire. Entre rencontres ratées, écrans omniprésents et actualités anxiogènes, le portrait d’une génération.

Pour Noël, Steve offre à son copain Loïc un gros cahier « quadrillé bleu à anneaux de quatre centimètres d’épaisseur » pour qu’il puisse y consigner son journal intime. Si le cadeau termine au fond d’un tiroir, l’idée fait son chemin. L’ordinateur et le smartphone prennent le relais et très vite le trentenaire prend l’habitude de consigner petits et grands événements de sa journée, même si sa sœur Marion – avec laquelle il partage une belle complicité – juge l’exercice réservé « aux cassos ».

Loïc a 31 ans. Ingénieur en informatique, titulaire d’un master en systèmes. Il vit encore chez ses parents. La mère, 58 ans, cheffe comptable. Le père, même âge, prof de maths. « Elle est née le 3.12 et lui le 12.3 », note-t-il avec la précision qui le caractérise. Une vie bien rangée et beaucoup de temps passé sur les écrans. « J’aime bien les documentaires. Surtout historiques. »

Marion, la petite sœur, apporte une touche de légèreté. Elle le taquine sur son « petit bide », le traite de « carré » et « tranquille ». Mais c’est elle qui lui prodigue ses conseils en matière de séduction. Parce que Loïc, malgré son intelligence, peine à comprendre les codes de la drague.

Au réveillon chez Steve, il rencontre Holly. Pétillante, venue d’un « bled à un jet de pierre de Leeds ». Elle rit de ses blagues absurdes. Mais au moment de partir, il rate le coche. « On s’appelle ! » dit-il sans récupérer son numéro. La bourde.

Loïc se méfie des algorithmes, lui qui les connaît par cœur. Mais il tente l’inscription sur un site de rencontres. À sa grande surprise, son premier rendez-vous avec Natacha finit à l’horizontale. Déconcertant pour celui qui aurait peut-être préféré son canapé et son documentaire. Puis vient Anna. « Si j’étais sûr qu’Anna était la bonne je pense que je ne verrais plus Natacha. J’imagine dans le cas où ça n’aboutirait pas avec Anna que je pourrais reprendre contact avec Natacha. Marion dit que ce n’est pas vrai que l’on peut jouer ouvert et tout dire. Elle dit que c’est comme au poker faut cacher son jeu. »

Son journal sert aussi à consigner l’actualité mondiale. L’Ukraine bombardée. Les décès de célébrités. Le Covid qui resurgit. Le réchauffement climatique. Les températures qui grimpent. « Mon Rapport d’activité est ma tribune. Je ne sais pas si Steve pensait à ça quand il a lancé l’idée du journal. »

Pour Loïc, tout est source d’incertitude. Quitter le domicile parental ? Emménager en colocation avec Marion ? Changer de travail ? Construire une relation ? Chaque décision le perturbe. Il est « conscient de l’état du monde et désespérément velléitaire ». Comme le dit son ami Sébastien : « Nous incarnions les parangons des trentenaires universitaires : Non mariés. Autosuffisants. Opportunistes éclectiques. Sans enfants. Athées. Conscients de l’état du monde et désespérément velléitaires. »

L’écriture frappe par sa justesse. L’autrice s’est glissée dans la peau d’un jeune homme avec une précision remarquable. Les phrases courtes, les pensées qui s’enchaînent. Les « Gags » qui quelquefois les ponctuent, conférant à l’ensemble une touche humoristique.

Le roman explore ce point de bascule entre volonté et réalité. Entre ce que Loïc voudrait être et ce qu’il est. Entre ses projets et leur concrétisation. « Je n’irai pas jusqu’à affirmer que de tout consigner a changé le cours de mon existence », écrit-il. Pourtant, c’est exactement ce qui se produit.

Sarah Orokieta livre mieux qu’une étude sociologique sur une génération qui peine à se projeter. Elle dit combien les dérèglements s’ajoutent à la violence, combien les peurs prennent le pas sur les espoirs, combien il est difficile de trouver le mode d’emploi pour vivre, pour aimer, pour exister. On s’attache à Loïc, à ses maladresses, à sa franchise. À sa manière de décortiquer le monde avec une logique implacable qui frôle parfois l’absurde. Un miroir dans lequel beaucoup de trentenaires se reconnaîtront.

Rapport d’activité

Sarah Orokieta

Éditions Zoé

Premier roman

160 p., 17,50 €

EAN 9782889075706

Paru le 5/02/2026

Où ?

Le roman n’est pas précisément situé. Avec la présence du métro, on peut imaginer être à Paris.

Quand ?

L’action se déroule en 2022 et 2023.

Ce qu’en dit l’éditeur

Loïc, trente et un ans, mène une existence bien rangée qui lui convient parfaitement : la semaine, il travaille ; le soir, il regarde les informations et des documentaires historiques ; le dimanche, il change ses draps. Le jour où un ami l’encourage à tenir un journal intime, Loïc hésite. « C’est pour les cassos », lui confirme sa sœur. Il décide de se lancer quand même – et se retrouve, au fil des mois, à consigner méthodiquement la façon dont son existence entière se dérègle peu à peu.

Ce premier roman déjoue les attentes et les codes pour épouser jusqu’au bout la logique de son narrateur, un homme qui s’efforce de comprendre les autres et de deviner ce qu’on attend de lui. Mais au-delà de son intériorité, ce qu’évoque cette voix atypique, hachée, tour à tour drôle et poignante, c’est le monde contemporain, ses violences, ses espoirs, ses contradictions et son absurdité.

Les critiques

Babelio

Les premières pages du livre

« Vendredi 23.12.

Noël. Pourtant on avait dit pas de cadeaux. Tenir un journal. Mon pote Steve est rigolo. Vu que le besoin ne me sautait pas aux yeux il a dit : « C’est comme un album photos. C’est cool les albums photos. » Certes. « Plus tard on a du plaisir à les revoir même s’il s’agit de photos qu’on a vues mille fois. Eh ben c’est pareil un journal. » Mille fois. Quand même pas. Bon. Sauf que la comparaison avec l’album ne tient pas pour la simple et bonne raison que l’on ne photographie en général que des moments types ou festifs : remises de diplôme. Mariages. Anniversaires etc. Je serais censé noter le day to day. « Comme les marins qui tiennent un journal de bord. Le journal fait partie du voyage. » Un cahier quadrillé bleu à anneaux de quatre centimètres d’épaisseur. Je l’ai rangé dans un tiroir de mon bureau. Steve est éducateur. Nous avons effectué l’école primaire ensemble. Après sa formation il est parti sac au dos. Moi ingénieur en informatique à l’ISFÉ. Du fric. Gag. J’ai aussi un master en systèmes. Quand je suis rentré chez moi la sœur chillait sur le canapé du salon. Marion. Petite sœur-préférée-chérie. Je lui ai demandé si elle tenait un journal et elle a pouffé : « Ça va pas non ? C’est pour les cassos. » Ah bon. Je ne suis pas un cassos. Journal intime. Infime. J’ai répété l’histoire de l’album etc. Elle m’a fixé pendant trois ou quatre secondes avec sa figure indécodable. « C’est quoi ces conneries ? » Explication. Elle : « Pourquoi tu te filmerais pas ? Ce serait vachement plus cool : un plan simple. Centré. Si tu veux je te filme. » Pas besoin qu’elle me filme j’ai une télécommande. Au final le plus simple reste tout de même le traitement de texte. Suffit de relancer l’ordi en veille. Sinon. Décès de l’ancien pilote de F1 Philippe Streiff à l’âge de 67 ans. Tétraplégique à la suite d’un accident professionnel survenu le 15.03.1989. Ukraine : dix mois jour pour jour après le début de l’invasion russe Zelensky dénonce un acte de terreur après une frappe au centre de Kherson. Le/la Covid-19. On va trancher pour le Covid. Cinq cent mille cas enregistrés par jour dans la ville chinoise de Qingdao. Information rapidement censurée par le gouvernement. Après les news : documentaire sur les cultes funéraires d’Égypte ancienne. Osiris et Seth. Seth en tant que mal nécessaire. Instructif. J’aime bien les documentaires. Surtout historiques.

Dimanche 25.12.

Repassage et ménage. Changé les draps. Recherches en ligne autour de la question du journal intime. Tout le monde sait en gros ce que c’est. Anne Frank s’adresse à Kitty. Pas tous les jours. Le journal comme exutoire. Point 1. En principe il est tenu secret. Point 2. Je n’y aurais pas pensé : les historiens les étudient. L’histoire n’est plus écrite alors par les vainqueurs expliquait l’article mais par des quidams. Untel. Intéressant. Unteléssant. Gag. Mes relevés en tant que source pour des historiens du futur. D’après Internet Nicolas II inscrivait les températures. Mon journal n’est pas un secret puisque Steve m’en a donné l’idée. Et exutoire de quoi ? Je ne suis pas caché. Un journal de bord d’après Steve. Je crois que je comprends le point de Marion : les cassos. Je ne sais pas si je vais jouer le jeu de ce relevé régulier. De quoi. De rien. On verra. Elle me fait remarquer que j’ai « un petit bide ». La trentaine qui démarre. Comme il n’y a rien que je fasse en excès. Compter sur la régularité. Testons : café sans sucre sur douze mois. Sinon. Ukraine : le pape appelle à faire taire les armes dans le monde. L’état de Pelé s’aggrave. Hospitalisé depuis fin novembre pour insuffisances rénale et cardiaque. Après les news : Internet me propose un documentaire sur l’antique Byblos.

Mercredi 28.12.

Steve : « À 31 ans il faut que tu prennes un appartement. » Les parents idem. Sauf que selon la mère finir en mangeant seul devant la télévision : moche. Je ne sais pas ce que ça change à plusieurs si ce n’est que l’on n’est pas forcément d’accord sur ce que l’on veut regarder. Steve est parti dès qu’il a pu à cause de « son daron et de sa daronne ». Il s’est mis en colocation et après il a emménagé avec sa copine Lisa. Moi je n’ai pas de problèmes avec mes parents. Avec personne d’ailleurs. Deuxième effet Kiss Cool : les économies. Je paie 200.– par mois pour la participation aux charges. Je paie mes dépenses diverses et aussi mes frais médicaux s’il y en avait. À cela près que je ne suis quasiment jamais malade. Quand j’ai eu 17 ans la mère m’a demandé : « Es-tu pédé mon fils ? » Je n’avais rien vu venir. Le père était accoudé au bar de la cuisine. Pas un mot de son côté. La sœur qui avait 7 ans : « C’est quoi pédé ? » Le père : « Mais non il est pas pédé. » « C’est quoi pédé ? » La mère : « S’il est pas pédé il est quoi ? » Avec son fameux dicton qu’elle sert à toutes les sauces : « L’espoir c’est comme le vinaigre. Ça conserve les cornichons. » Plus grande la sœur s’est mise à proposer des théories comme : « C’est un cérébral. Il a le droit non ? » Quand elles commencent les deux. Exactement dans ces moments j’aimerais que le radar régulièrement braqué sur moi se décale d’un cran. À l’époque j’ai demandé pourquoi cette histoire de pédé. La mère : « Tu ne ramènes jamais de filles. » Vrai. Ça ne m’avait pas traversé l’esprit. À quoi elle pense ça fait peur. Alors j’ai dit. Maman je suis étudiant. Un homme doit savoir gérer ses priorités. Si je commence à me disperser ça n’ira pas. Et c’est plus raisonnable d’y aller dans l’ordre. Donc de reporter cela au jour où j’aurai un travail. C’était bien trouvé parce qu’il y avait une logique. Et là le père a éclaté de rire. Je ne voyais pas ce qu’il y avait de drôle. D’ailleurs la mère ne riait pas. Ce n’est que dans les heures qui ont suivi. Dans ma chambre. Que j’ai pensé que peut-être d’autres gens avaient imaginé la même chose à mon sujet. De quoi devenir parano. Ce qui se passe réellement dans la tête des gens. La mère me la ressortait des fois cette histoire de copine. De toute manière je ne suis pas un mec facile. Bref. La mère 58 ans. Cheffe comptable. Le père prof de maths. Aussi 58 ans. Elle est née le 3.12 et lui le 12.3. Ils n’avaient pas remarqué que leurs dates de naissance sont inversées. C’est moi qui avais vu quand j’étais petit. Le père bricole des ULM avec son pote Jacky. Des types 2 donc pendulaires. Pliables. Ils ont monté un hangar derrière l’immeuble et de temps en temps ils partent voler. Il a arrêté de fumer. Pas la mère. Elle fume sur le balcon. Elle ne veut pas vapoter. Selon elle pour le moment on ne sait rien. C’est nouveau. Mais on finira par apprendre que la vapote c’est tout aussi mauvais que le tabac. « Peut-être même pire. » Elle n’aime pas ce machin en plastique. C’est pourquoi elle et Marion fument du dur. [En me relisant (7.10) je confirme : des études prouvent qu’il y a combustion de tabac par les cigarettes électroniques. Fumée. Donc saleté. Les fabricants jurent que non. Ils avancent des études prétendument scientifiques financées par eux. On nous rejoue les années cinquante.] Accident de personne dans le métro. Troisième jour de café noir. Débuts amers pour la bonne cause. On se fait à tout. Nosferatu. Gag. Sinon. Décès de Linda de Suza à 74 ans. Problèmes respiratoires et positive au Covid. Le père a demandé si le cercueil était en carton. Bon joke. Ukraine : Zelensky évoque Bakhmout désertée et couverte de sang. États-Unis : Washington exige un test Covid pour les voyageurs venant de Chine. Football : Cody Gakpo transféré à Liverpool. Après les news : documentaire sur Sumer.

Samedi 31.12.

Nouvel An chez Steve et sa copine. La sœur avec ses potes. Rien de spécial. Je crois que c’est ça justement que je dois raconter. Je n’utilise pas le carnet de Steve. Je rédige à l’ordinateur. Je vais le lui rendre. D’ailleurs je me suis demandé pourquoi un carnet ? Plus per-sonne n’écrit à la main. Steve doit avoir une vision à l’ancienne. Je suis en vacances. Cette année j’ai pu prendre entre Noël et Nouvel An. Mon ordi tourne tout le temps : documentaires. Archivages divers. J’ai un NAS connecté à un préampli et j’ai gravé tous les CD de mes parents. Scanné tous les albums photos au cas où. Ça fait un back-up. La sœur et moi on n’en a plus. Logique avec les applications etc. Pourtant les vinyles reviennent à la mode. Ou comment faire tourner l’économie. Mettre le carnet en vue pour ne pas oublier de le rendre à Steve ce soir. La mère dirait que de toute manière je n’oublie rien. J’anticipe. Simplement. Marion a tout le temps des cafouillages. Elle débarque aux cours sans ses affaires. Je ne comprends pas comment c’est possible. Si le soir elle anticipait elle ne pourrait pas oublier.

La mère dit que c’est parce qu’elle n’est pas scolaire. Depuis qu’elle a décidé qu’après sa formation elle tiendra son salon de coiffure à elle. Pour ne plus avoir de chef. La sœur a la pression. Pour la mère elle mènera très bien sa barque parce qu’elle sait y faire avec les gens. Et que c’est ce qui compte dans la vie. Sauf que si elle rate son diplôme elle peut oublier son salon. Si je le dis ça énerve. Cependant ce n’est pas de ma faute si elle a déjà raté d’autres trucs comme assistante-véto. Ça pourrait arriver qu’elle rate. La mère rabâche que je dois l’encourager. Or je ne parle que de possibilités. Ça devrait justement la motiver à persévérer. Marion c’est Marion. On ne peut rien dire. Pour moi on ne l’aide pas comme ça. Selon le père je ne comprendrais pas parce que j’avais de la facilité à l’école. J’ai vu ses dossiers de coiffure. Ce n’est pas la mer à boire. Ça non plus je ne dois pas le dire. Bon. J’y vais.

Dimanche 1.01.2023

Jour et mois symétriques. J’aime. Repassage et ménage. Changé les draps. Chez Steve hier il y avait une fille sympa qui me trouvait marrant. Pas l’habitude. Que je la fasse rire m’a stimulé. J’entendais la mère me répéter qu’il faut approvisionner les filles dans les soirées. S’occuper qu’elles aient à boire ou un petit quelque chose à manger. Le chevalier servant quoi. Et non je ne lui ai pas demandé son numéro. Je n’ai pas trouvé le moment. Parfois je posais une question et elle ne pouvait pas répondre parce qu’elle se mettait un truc en

bouche. D’autres fois ça ne s’enchaînait pas bien avec le flux. Conseil de la sœur je devais faire attention à la laisser parler. C’est vrai que quand je suis lancé je n’ai plus de freins. Hier l’embêtant c’était qu’en général elle n’allait pas droit au but. J’ai oublié de dire qu’elle s’appelle Holly. Curieux. Comme les saintes peut-être. À part les Espagnoles ou les Italiennes qui s’appellent « Immaculées ». On n’a pas l’habitude par ici de prénoms à caractère religieux. Il n’y en a pas non plus pour s’appeler « Erección ». Gag. Elle rigolait de tout ce que je racontais. Elle m’a expliqué que ça n’avait rien à voir. Que cela ne voulait pas dire « sainte » sans expliquer plus avant. Pendant qu’elle était aux toilettes j’ai vérifié sur Internet. Il faut chercher le lien avec « hollen ». Le houx. « Pleine de joie de vivre, Holly est un véritable rayon de soleil pour son entourage. Confiante et extravertie, elle sait amuser ceux qui la côtoient, mais sait aussi leur prêter une oreille attentive en cas de besoin. » J’ajoute intelligente. Et jolie. Elle vient d’un bled à un jet de pierre de Leeds. Un trou quoi. À part boire là-bas. J’ai cherché quelque chose de poli à répondre. Ha tu viens du centre. Est-ce que tu joues au centre ? À cause du foot. L’absurde fonctionne parfois. Rebelote elle a ri. J’aime bien son accent. Et son rire. Tout le monde se fait la bise en arrivant. En partant. Alors on s’est fait la bise. Et j’ai lancé histoire de choper son numéro. On s’appelle ! Là elle aurait dû relever que nous n’avions pas échangé nos coordonnées et rectifier. Elle a ri. Elle a répondu que c’était sympa d’avoir fait ma connaissance puis elle est sortie en même temps qu’un groupe qui partait. Bon. Selon Steve pas la bonne méthode. J’aurais dû lui proposer concrètement de se voir. La bourde. Alors j’ai demandé s’il avait une idée des probabilités quant à son intérêt. Il a dit que l’on avait quand même passé pas mal de temps à discuter. Qu’il faudrait retenter sa chance. Et qu’il demanderait à sa copine si Holly lui avait parlé de moi. Sinon. Ukraine : le pays bombardé la nuit de la Saint-Sylvestre. La Russie aurait visé des installations de fabrication de drones. Soirée canapé en famille. Série policière.

Mardi 3.01.

Pas de nouvelles de Holly. Pourquoi Steve ne donne pas mon numéro à Lisa qui le donnerait à Holly. Je n’en sais rien. Ce n’est pas le canal habituel à ce que je comprends. Il y a des procédures pour tout. Pour ces situations je n’ai pas la procédure justement. En gros on est censé savoir. Si je demande comment réinitialiser un smartphone je peux passer pour un idiot deux secondes. N’importe qui sait utiliser un smartphone sans être smart. Et au pire tout se trouve sur Internet. Mais lorsque la question a à voir avec le relationnel ça ressemble aux sables mouvants. Quand on demande son numéro à une fille à ce que dit Steve. Il y a aussi la possibilité de gêner la personne. Difficile à évaluer. Marion dit : 1. il ne faut pas demander le numéro en premier ; 2. mais proposer un truc cool à faire ensemble ; et si la meuf elle est intéressée t’auras ptête un date ; et vous allez faire le truc cool ; tu lui paies un verre etc. ; 3. si elle te dit qu’elle est déjà prise sans proposer un autre jour : c’est mort ; 4. si le date se passe bien tu lui files ton numéro et elle devrait te filer le sien.

Si on résume : pour aller de l’avant et choper le numéro il faut réussir l’étape du date. Une fille ne te dira pas qu’elle ne veut pas ce rendez-vous. Elle dira : « Je suis prise. » Ou quelque chose d’équivalent comme : « Je ne peux pas. » L’étape 1 je maîtrise. Après elle a ajouté : « Une fille aime bien qu’on montre qu’on est vraiment intéressé et patient. Il ne faut pas qu’elle pense que t’as faim. Tu te renseignes sur où elle traîne et tu y fais un passage l’air de rien avec tes potes. » Sinon. Ukraine : des médias européens bernés par des images issues de jeux vidéo. Covid-19 : tests sur les voyageurs en provenance de Chine. Pékin juge la situation inacceptable et évoque de possibles contre-mesures. Après les news : documentaire sur le trésor de Toutankhamon. Pas totalement nouveau.

Vendredi 6.01.

Relecture de la procédure de Marion. Est-ce que j’ai l’air « d’avoir faim » ? Elle a rigolé. Comme souvent. « C’est pas ton genre. Mais t’es un mec quand même. » Ça me semble évident. Je n’ai pas compris. Mon genre est masculin. Je ne ferais pas exprès d’avoir un humour «décalé», Cependant une fille pourrait me trouver «trop chou» pour ça. Je ne me trouve pas «trop chou». Elle utilise «trop chou» pour tout ce qui est mignon: un chiot. Une peluche, Des fringues. Je ne vois pas le rapport. Je suis à la fois standard et différent. Je fais ce que tout le monde fait. Un mec sans histoires. Et différent parce qu’à certains moments j’ai l’impression d’être la pièce rapportée, Pas trop chou. Trop chiant. « T’es le genre carré, Tranquille. Il te faut une fille comme toi.» Tranquille. Oui. Carré me semble le prérequis absolu. Cette fois c’est moi qui ai envie de rigoler. La mère: «Il faut avoir un minimum à se raconter.» Pour ma part j’ai des tas de choses à dire. Faut trouver le canal. Il y a forcément un canal sans friture sur la ligne. Sinon. Ukraine: des combats ont continué à Bakhmout malgré l’annonce d’un cessez-le-feu par Moscou. Les États-Unis fournissent une nouvelle aide militaire de trois milliards de dollars à l’Ukraine. L’année 2022 à été la plus chaude jamais enregistrée avec 14,51° C de moyenne contre 14,07° C en 2020 et 13,94° C en 2018. Après les news: documentaire sur les Étrusques.

Lundi 9.01.

Pas de nouvelles de Steve. Et par extension de Holly. Passé la fin de la journée de travail à traquer une erreur. Il y en a vraiment qui font du boulot à la noix. À quand une mouture des réseaux systèmes applications etc. pour pallier le temps inutile à tout remettre d’équerre ? »

Extraits

« Marion trouve que j’aurais pu arranger un peu autrement. Quelque chose comme : « Merci Anna ! Une magnifique journée à toi aussi ! » avec des émoticônes ensoleillés. Des fleurs ou autre. Spontanément ça ne me vient pas. Disons que je ne suis pas Marion. J’ai un style un peu plus carré. »

« Si j’étais sûr qu’Anna était la bonne je pense que je ne verrais plus Natacha. J’imagine dans le cas où ça n’aboutirait pas avec Anna que je pourrais reprendre contact avec Natacha. Marion dit que ce n’est pas vrai que l’on peut jouer ouvert et tout dire. Elle dit que c’est comme au poker faut cacher son jeu. » p. 61

« Sébastien a dit que nous incarnions les parangons des trentenaires universitaires : Non mariés. Autosuffisants. Opportunistes éclectiques. Sans enfants. Athées. Conscients de l’état du monde et désespérément velléitaires. Nicolo à rajouté: «Satan est sur le point de gagner là partie.» Personne n’a commenté. » p. 97

« Mon Rapport d’activité est ma tribune. Je ne sais pas si Steve pensait à ça quand il a lancé l’idée du journal. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que de tout consigner a changé le cours de mon existence. Testons: ne plus écrire durant un mois. Que l’échantillon soit valable. » p. 107

À propos de l’autrice

Sarah Orokieta © Photo © Sedrik Nemeth

Née en 1977, Sarah Orokieta vit en Valais. Rapport d’activité est son premier roman.. (Source : Éditions Zoé)

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