Mon nom ne suffit pas • Jodi Picoult

suffit Jodi Picoult

Un roman fort, engagé, qui met les pieds là où ça dérange.

╰☆ Résumé ☆╮

New York, 2013. La jeune dramaturge Melina Green vient d’écrire une nouvelle pièce, inspirée par la vie de son aïeule, la poétesse élisabéthaine Emilia Bassano. Mais à Broadway, où les hommes détiennent les clés du théâtre, il est peu probable que son oeuvre soit mise en scène. Alors que Melina hésite à soumettre la pièce à un festival, son meilleur ami décide de l’envoyer sous un pseudonyme masculin. En 1581, à Londres, la jeune Emilia Bassano est pupille d’aristocrates anglais. Dotée d’un esprit vif, elle possède également un formidable talent pour raconter des histoires, mais comme la plupart des femmes de son époque, elle n’a pas le droit de faire entendre sa voix. Emilia commence alors à échafauder un plan pour faire jouer l’une de ses pièces, en payant secrètement un acteur pour qu’il en soit le visage public. Un certain William Shakespeare… A travers une fresque captivante sur deux héroïnes déterminées à créer quelque chose de beau malgré les préjugés et les sacrifices, Jodi Picoult nous offre une magnifique histoire de femmes, de littérature, d’amour et d’émancipation. 

✿ Mon avis ✿

Deux époques, un même combat

À travers une alternance entre passé et présent, l’autrice tisse un parallèle saisissant entre deux femmes : Melina, aujourd’hui, et Emilia Bassano à l’époque élisabéthaine (XVIe). Deux destins, deux combats, une même lutte : exister, créer, être entendue dans un monde artistique dominé par les hommes.

Le roman aborde frontalement des thématiques lourdes mais nécessaires : harcèlement sexuel, discrimination de genre, invisibilisation des femmes dans le monde du théâtre. Il interroge aussi la condition féminine dans le milieu artistique, hier comme aujourd’hui. Être une femme, ici, c’est devoir se battre en permanence, parler moins fort pour être acceptée — ou au contraire oser parler plus fort pour survivre.

L’un des axes majeurs du livre repose sur la théorie selon laquelle William Shakespeare n’aurait pas écrit les pièces qui lui sont attribuées, et qu’Emilia Bassano — première femme à avoir publié un recueil de poésie en Angleterre — pourrait en être la véritable autrice. Une hypothèse que l’on ne peut prouver définitivement… mais dont l’inverse ne l’est pas davantage. Ce questionnement nourrit toute la réflexion du roman sur l’effacement des femmes dans l’histoire littéraire.

Un roman engagé, dense et incarné

J’ai trouvé cette plongée dans le monde théâtral passionnante. Le texte est dense, riche, très documenté (la bibliographie en fin d’ouvrage en témoigne) et pourrait presque s’apparenter à un travail universitaire tant il est fouillé. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée. J’ai été emportée par ces deux trajectoires de femmes qui, chacune à leur époque, tentent de percer dans un milieu fermé, élitiste et profondément inégalitaire.

J’ai particulièrement apprécié la construction des personnages féminins, forts et nuancés. La représentation est également au rendez-vous, avec des personnages issus de la diversité, notamment un personnage gay noir, ce qui apporte une dimension supplémentaire aux enjeux de visibilité et d’acceptation. La romance m’a en revanche surprise — je ne l’attendais pas, et pas forcément entre ces personnages-là. Cela ne m’a pas sortie du récit, mais je reste un peu plus réservée sur cet aspect.

Le roman peut paraître exigeant, notamment par ses nombreuses références au théâtre élisabéthain. N’ayant moi-même jamais étudié les pièces de Shakespeare, je n’ai pas saisi toutes les subtilités. Cela ne m’a toutefois pas empêchée d’apprécier la narration et la puissance du propos. Les passionnés de théâtre y trouveront sans doute une lecture encore plus immersive.

Si je m’arrête à 4 étoiles plutôt qu’à 5, c’est en raison de quelques longueurs dans les passages historiques et de cette intrigue amoureuse qui m’a semblé légèrement en décalage avec la tension initiale du récit.

Mais dans l’ensemble, je salue le courage et l’audace de Jodi Picoult. C’est une œuvre féministe, engagée, qui questionne ce que la société préfère parfois ne pas entendre — et rien que pour cela, elle mérite toute la lumière.

Merci aux éditions Charleston pour l’envoi de cet ouvrage. Partenariat non-rémunéré – Livre envoyé par la maison d’édition. 

 CHRONIQUE 974 – Février 2026

  • Parution : 2026
  • Editeur : Charleston
  • Nombre de pages : 672 pages
  • Genre : Littérature / Historique