A la rencontre du poulpe de Ludovic Jackel

rencontre poulpe Ludovic Jackel

Le poulpe c’est peut-être d’abord une créature sortie tout droit de nos imaginaires collectifs. C’est cette monstrueuse créature rencontrée au fil des pages de 20 000 lieues sous les mers, c’est le monstre Kraken de la mythologie nordique, et c’est aussi un des personnages d’un roman de Victor Hugo qui a fort impressionné l’auteur de cet ouvrage.

C’est à un magnifique voyage dans la vie des octopodes que nous invite Ludovic Dickel, professeur d’éthologie et spécialiste des céphalopodes (poulpes, calmars, seiches…).
De son enfance, au cours de la quelle il croises ses premières pieuvres, à son travail sur les rivages de la Méditerranée ou dans de prestigieux labos de recherches, le scientifique narre – avec humour bien souvent – comment les hommes en sont venus à s’intéresser à cette famille de curieux animaux, à en découvrir les fascinantes facultés et la prodigieuse intelligence.

Rendez-vous compte qu’on dénombre aujourd’hui environ 800 espèces de pieuvres et calmars voire même 18500 « si l’on compte celles qui peuplent les océans depuis 465 millions d’années ».

Je ne m’étendrai pas sur les facultés extraordinaires de survie et d’adaptation de ces animaux (il faut lire le livre n’est-ce pas) mais j’ai envie de souligner les conséquences engendrées par ces découvertes. Les animaux de cette famille sont allègrement exploités, pêchés, chassés pour finir dans nos assiettes ou ailleurs. Une fois que l’on connait les caractéristiques de ces fabuleuses créatures, leur intelligence et même leur sensibilité, ne devrait-on pas se poser des questions sur leur exploitation ? On exploite déjà à outrance des mammifères domestiques pour nos usages et notre consommation, il nous faut en plus accentuer l’exploitation d’animaux sauvages. Est-ce moral ? Est-ce éthique ? Est-ce nécessaire ?

En 2022, une série d’articles dans différents médias révélaient le projet d’élevage industriel de pieuvres en Espagne. Parce que 42 0000 tonnes de poulpes sont pêchés dans le monde chaque année, l’entreprise avance ses arguments pour justifier l’élevage industriel : plus de captures dans la nature, avantages nutritionnels à la consommation du poulpe, report sur celui-ci des prises de poissons aux effectifs en chute libre comme le cabillaud, maitrise des stocks, etc.

N’y a-t-il pas des questions à se poser, une réflexion à construire sur notre envie implacable, notre besoin pressant de vouloir toujours tirer profit des autres créatures avec qui nous cohabitons sur cette planète ?
Ce n’était peut-être pas le but de cet ouvrage, qui se double par ailleurs d’une réflexion sur les travaux d’éthologie, mais c’est que cela m’a inspiré, une fois la dernière page tournée.