Éditions Sarbacane, 2020 (61 pages)
Ma note : 16/20
Quatrième de couverture …
Tout commence à Londres, par une chaude nuit d’été. Un gentleman a disparu. L’homme à la face atrocement défigurée que la police interpelle alors en sait-il plus long qu’il n’en a l’air ? Sherlock Holmes mène l’enquête, des salons d’une belle villa de campagne à la cellule d’un commissariat de quartier. Chacun jouera des apparences pour mieux tromper son monde. Mais le célèbre détective saura dénouer les fils de l’intrigue, dans un final décapant !
La première phrase
« Isa Whitney, frère du regretté Elias Whitney, directeur de la Faculté théologique de Saint-George, était sacrément dépendant de l’opium. »
Mon avis …
Après avoir lu (et adoré) Les aventures de Sherlock Holmes, j’ai eu l’occasion de relire L’homme à la lèvre tordue (1891), cette fois-ci en version illustrée. Si ce récit policier ne fait pas partie de mes nouvelles préférées du recueil cité précédemment, j’ai apprécié retrouver notre détective londonien qui nous présente ici un autre de ses talents : l’art de se grimer ! Les illustrations signées Anton Lomaev sont quant à elles sublimes. J’avais adoré le travail des éditions Sarbacane autour de La dame de pique (Pouchkine). Je suis une nouvelle fois conquise !
Fin du XIXe siècle. Alors que le Dr Watson est sollicité en pleine nuit pour retrouver le mari opiomane d’une amie de son épouse, Sherlock Holmes semble jouer aux abonnés absents. Qu’à cela ne tienne : Watson se rend directement dans une fumerie d’opium située dans les quartiers pauvres de l’East End. Curieusement, il y rencontrera Holmes déguisé… en vagabond !
Notre détective enquête en effet de son côté sur la disparition de Neville Saint-Clair, un homme d’affaires on ne peut plus respectable. Mme Saint-Clair reste persuadée que son mari est vivant. Elle a en effet pu recevoir un mot rassurant écrit de sa main, mais surtout, elle l’a aperçu à la fenêtre de la fumerie d’opium dans laquelle nos deux héros viennent de se retrouver contre tout hasard. Une fois la police sur les lieux, nulle trace de notre homme à la fenêtre ! Seuls ses vêtements sont retrouvés dans la Tamise, tandis qu’un mendiant défiguré (Hugh Boone) est la seule personne à errer dans la fumerie. Le voici donc indubitablement accusé du meurtre de Saint-Clair. S’amorce alors une enquête complexe pour Sherlock Holmes qui se montre moins confiant qu’à son habitude.
L’homme à la lèvre tordue ne fait pas partie de mes enquêtes holmésiennes favorites du fait de son dénouement. Une fois n’est pas coutume, je l’avais en effet deviné à l’avance. Cette enquête se déroule cependant dans les bas-fonds londoniens, et j’ai apprécié que Doyle nous montre ici une facette peu reluisante du Grand Londres. Ceci participe à faire monter d’un cran la tension, alors même que l’on se questionne sur la disparition inquiétante de Neville Saint-Clair.
S’il s’agissait ici d’une relecture, je n’ai pas boudé mon plaisir tant j’apprécie plus que tout voyager dans le Londres de la fin du XIXe siècle, ou encore évoluer dans le fog de la capitale anglaise. Il m’aura fallu attendre la trentaine pour découvrir les enquêtes mettant en scène Sherlock Holmes, et mon unique regret est ne pas avoir sauté le pas avant tant chaque lecture se termine quasiment à chaque fois par un coup de cœur.
Les illustrations signées Anton Lomaev, dessinateur biélorusse, servent absolument le texte. Une attention particulière est portée sur les détails, tandis que le choix des couleurs rend aussi bien compte de l’atmosphère feutrée et tamisée de la pièce d’un manoir que du danger auquel on s’expose en errant de nuit dans les quartiers de l’East End. Les éditions Sarbacane nous proposent encore une fois un grand format (en hauteur, le livre est un peu plus grand qu’une bande dessinée). Mises ainsi en valeur, les illustrations sont un régal pour les yeux.
On ne peut donc que souligner la qualité du travail éditorial. J’espère que les éditions Sarbacane continueront de nous proposer d’autres classiques de la littérature en version illustrée. C’est, selon moi, une autre voie d’entrée permettant d’oser se lancer dans des œuvres un peu datées (aux yeux d’un jeune public qui n’apprécie pas particulièrement lire, par exemple). Pour les lecteurs chevronnés, c’est surtout l’occasion d’acquérir ou de redécouvrir les classiques que l’on aime, dans un format beau-livre, avec de magnifiques illustrations.