La vie entière

entière

entière

En deux mots

Paris, 1944. Claire, dix-neuf ans, dactylo dans la Résistance, attend un homme qui ne vient pas. Dans son appartement, la peur au ventre, elle tape à la machine. Elle écrit la vie qu’elle n’aura peut-être jamais. Les vacances à la mer, les enfants, la vieillesse heureuse. Une nuit d’angoisse devient un hymne à l’imaginaire.

Ma note

★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Écrire, c’est résister

Timothée de Fombelle, connu pour ses romans jeunesse, signe son premier roman en littérature blanche. Un texte bref, intense, bouleversant. L’histoire d’une femme qui, durant la Seconde Guerre mondiale, invente sa vie pour ne pas mourir de peur. Un petit bijou.

C’est l’histoire de Claire, une jeune femme de dix-sept ans. Durant les journées sombres de la Seconde Guerre mondiale, elle devient dactylo et très vite s’engage dans la Résistance. Sur sa machine à écrire, elle tape des textes clandestins pour celui qui se fait appeler Blanche. Pendant des mois, elle transmet les messages, elle participe activement à las lutte, elle tombe amoureuse de Blanche, sans le lui dire. Mais un soir, il n’est pas au rendez-vous. Et c’est la peur qui la gagne. Elle se cache dans son appartement, craignant son arrestation. Durant cette attente dans l’angoisse, elle tape sa machine à écrire. « C’est une machine à écrire Royal avec quarante-neuf touches. Elle fait cette nuit sous mes doigts un bruit de machine à coudre, ou de mitrailleuse bien graissée. » Voilà l’arme de Claire. Pas un fusil, pas une grenade. Des mots. Des phrases qui s’enchaînent dans l’urgence. « Je sais pourtant qu’il ne faut rien écrire. Ne laisser aucune trace derrière moi. Quitter l’appartement. Disparaître s’il ne vient pas. C’est la règle. Mais je reste là. »

Elle reste et elle écrit. Elle couche sur le papier tous ces petits détails, ces moments de vie dans l’urgence. Les bruits et les odeurs, les enfants qui jouent sur la plage, le plaisir d’un rayon de soleil qui glisse sur un visage, les joies simples d’une vie de famille. L’enfant qui s’appellerait Paul ou Simon. Les vacances en train fin août. L’hôtel de sept chambres avec sa pancarte « le sable reste sur la plage ». Le patron avec son torchon à la ceinture. La dame seule qui a un chien très calme. Le couple qui fait des belotes dans le salon.

Tout est là, palpable, vivant. Les draps suspendus aux fenêtres les matins d’été. L’odeur du vin. La corbeille de pain. La porcelaine qui tinte. « Devant moi ses mains sur la nappe, les boutons défaits de ses manches. Je le regarde par en dessous, sans lever la tête. »

Le récit mêle cette vie rêvée aux souvenirs qui l’ont marquée, aux rencontres qu’elle a faites. Avec Blanche qui ne vient pas, avec Émile, encore enfant, qu’elle accompagne à la gare et qui sera un précieux messager ou encore avec Rosine, dont les talents de faussaire font merveille. N’oublions pas le voisin qui la guette et dont elle craint qu’il ne la dénonce. « Je ne mets pas les premiers jours au début. Je prends les souvenirs au fond du chapeau. J’ai les yeux bandés. Je plonge la main au hasard. »

Une force vitale sourd de toutes les pores de sa peau. Un désir intense de vivre anime la narratrice. « J’ai des souvenirs d’avance. Je les écris dans le désordre, très vite, pour rester vivante. Quand ils n’ont pas encore existé, je les invente. »

Elle invente même sa vieillesse. Elle se voit conduire lentement, une auto remplie d’enfants sur la banquette arrière. Ils réclament qu’elle raconte. La robe, raconte-nous la robe ! Celle dans laquelle elle cousait des messages secrets. « Je marchais dans les rues de Paris avec ces secrets. Forteresse légère. Il y a du monde sur les trottoirs. Je n’ai pas peur. On me regarde trop pour me voir. »

Bouleversante, cette invention d’une vie de famille allant jusqu’à la vieillesse heureuse. « Les années auront passé. Je reparle de cela avec lui. Tu te souviens ? C’était l’hiver. Tu ne savais pas pour moi. J’ai eu peur cette nuit-là. Tu ne savais même pas que je t’aimais. Tu devais arriver à cinq heures du soir. J’ai attendu jusqu’au matin. »

Dans ce roman la littérature devient un acte de résistance intime. Les phrases sont courtes, soulignant l’urgence et l’intensité du moment. Pas de fioritures. Des mots justes, percutants. Une écriture ciselée qui frappe au cœur. « Je mets ensemble le passé et l’avenir. Je ne fais pas le tri. Je gagne du temps sur la nuit. »

Ce roman bref mais intense est un hymne à l’imaginaire. Avec sa machine à écrire, la jeune femme fait exploser sa prison, oublie la guerre et balaie la peur. Avec la force de ses mots, elle triomphe du malheur. Cet acte de résistance est une victoire. Cette vie rêvée sauve Claire de l’horreur.

Timothée de Fombelle, délaissant la littérature jeunesse, nous offre un petit bijou de poésie, d’émotion intense. Un texte qui tient dans une main mais qui résonne longtemps dans le cœur. Une nuit d’attente transformée en épopée intime. Une femme qui refuse de se laisser broyer par l’Histoire. Elle écrit pour ne pas disparaître. Elle imagine pour rester vivante. J’ai refermé ce livre avec la certitude qu’il existe des textes capables de nous sauver.

Pour ceux qui habitent Mulhouse et la région, signalons la rencontre organisée par la Librairie 47° Nord le 28 janvier 2026 à 20 h.

La vie entière

Timothée de Fombelle

Éditions Gallimard

Roman

80 p., 10 €

EAN 9782073132543

Paru le 2/01/2026

Où ?

Le roman est situé en France, à Paris et en banlieue. On y évoque aussi un voyage à Moulins.

Quand ?

L’action se déroule principalement dans les années 1940.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Hier j’ai eu dix-neuf ans, mais il y a sous mes mains cette nuit une femme qui se met à exister dans ma chambre, bavarde et vieille. Elle descend le clavier comme un escalier d’honneur. Une femme très âgée qui parle et me survivra. C’est moi. »

Paris sous l’Occupation. Claire attend son chef de réseau, dont le retard laisse présager le pire. Elle devrait quitter l’appartement. C’est la règle. Mais elle reste et tape à la machine, inventant sa vie avec cet homme qu’elle aime en secret : les baisers sur les toits, l’amour fou, les enfants, la mer, la vieillesse heureuse, et tous les miracles ordinaires d’un temps de paix. Dans l’urgence de cette nuit où l’existence ne tient qu’à un fil, Claire se sauve par les mots et crée sur le papier l’espace d’une vie entière. Habitué des récits au long cours – Tobie Lolness, Vango, Alma –, Timothée de Fombelle célèbre ici en quelques pages virtuoses la toute-puissance de l’écriture et de l’imaginaire.

Les critiques

Babelio

Page des libraires (Entretien mené par Maria Ferragu, librairie Le Passeur de l’Isle à L’Isle-sur-la-Sorgue)

Benzine mag. (Marie-Laure Kirzy)

Blog la parenthèse de Céline

Europe 1

Les premières pages du livre

« Nos draps suspendus aux fenêtres les matins d’été. L’air chaud ne bouge presque pas. Je me suis éloignée dans l’herbe en chemise de nuit. Je regarde la maison depuis les arbres. Je le cherche autour de moi. Je crie son nom pour le plaisir. Il est peut-être allé se baigner.

Je ne mets pas les premiers jours au début. Je prends les souvenirs au fond du chapeau. J’ai les yeux bandés. Je plonge la main au hasard et déplie les carrés de papier. La brasse loin du bord de la mer. La surprise du givre. Le clignotement du poêle le soir. Des jours d’automne. Des convalescences. La couleur rouge d’une chambre. Une chaise longue sur le petit balcon. Des noms de chiens : Attila, Saturne, Précieuse. Un jardin. Des mariages. Un orage sur la route. Le soleil d’hiver. Les morts. Les vacances. Les enfants.

Plus tard, j’aurais pu avoir un petit garçon par exemple. Je l’écouterais parler seul dans la chambre voisine, de longues heures, sans un silence. Il parle indéfiniment, en changeant de ton. Je reconnaîtrais parfois un mot. Cheval, capitaine, attention !

J’ai des souvenirs d’avance. Je les écris dans le désordre, très vite, pour rester vivante. Quand ils n’ont pas encore existé, je les invente.

C’est une machine à écrire Royal avec quarante-neuf touches. Elle fait cette nuit sous mes doigts un bruit de machine à coudre, ou de mitrailleuse bien graissée. Je sais pourtant qu’il ne faut rien écrire. Ne laisser aucune trace derrière moi. Quitter l’appartement. Disparaître s’il ne vient pas. C’est la règle. Mais je reste là, je déchiffre les bruits de la rue tout en bas. S’il a été pris, pourquoi m’enfuir ? Que me resterait-il ?

Je l’attends. Qu’ont-ils fait de lui ? J’écris la vie que nous n’aurons pas.

Un jour, je l’entendrai partir tôt le matin. Un froissement, une porte fermée. Je suis allongée. Il ne répond pas. Je murmure encore son nom plusieurs fois. Il est déjà dans la cour. Il aurait retrouvé son vrai nom après la guerre, il ne s’appelle plus Blanche. Il a un nom civil, un nom de paix, Jean ou un autre nom. Un nom d’homme sorti du sable après la guerre.

Il irait au travail à pied sous la neige. Il cogne ses souliers contre le seuil. Ne reste que le noir de l’eau sur le plancher. Il accroche son manteau dans un coin. Il sourit à l’atelier tout autour. Peut-être une imprimerie, avec ce vacarme, et une employée qui passe près de lui pour le respirer, le matin. Le parfum de notre nuit.

L’enfant s’appellerait Paul. Ou Simon. Il court sur le sable. Regarde les vagues ! Nous irions en vacances en train, fin août, tous les trois sur une plage, dans un hôtel de sept chambres. Le patron nous serre la main. Il est gentil. Il a un torchon à la ceinture. Il prend les valises. Il ne manquait plus que vous. La patronne embrasse Paul. Ou Simon. Tiens, attrape la clef, mon chéri. Quand on arrive dans la chambre, il est déjà sur le balcon. Jamais le moindre beau temps. Les vacances. Les vagues.

Il y aurait une pancarte à l’entrée : le sable reste sur la plage. Une autre : promenade en mer le mardi, demandez à la réception. Une dame seule qui est là tout l’été. Elle a un chien très calme et silencieux, un bonnet de bain, une canne. Un couple fait des belotes dans le salon.

L’enfant sur un matelas près de notre lit. On sort sur la pointe des pieds. Il a dîné tôt le soir à la cuisine. Nous, dans la salle à manger, un peu plus habillés, bonsoir, bonsoir. Le petit dort là-haut. La table est contre la vitre, contre la nuit.

La corbeille de pain. La porcelaine qui tinte. L’odeur du vin. Devant moi ses mains sur la nappe, les boutons défaits de ses manches. Je le regarde par en dessous, sans lever la tête. Il écoute la conversation des voisins. Il sent le savon blanc. On est bien.

Le patron met un gilet pour servir.

Le temps du dîner. Les murmures. La fatigue de la mer et du vent. Peu de mots. Regarde, c’est bien présenté, ces coquillages.

La patronne qui descend soudain à l’heure du dessert, l’enfant dans les bras, mon chéri, parce qu’elle l’a entendu pleurer là-haut dans la chambre. Toute la salle se tourne vers nous. Je prends le petit sur mes genoux. Je parle dans son oreille brûlante. Il a les yeux entourés de larmes. Il sourit. Les clients lui tendent les biscuits de leurs glaces. Mets-les dans ta poche.

En sueur contre mon cou, il regarde autour de nous comme un animal. On l’oublie. Il dort. Je le porte dans l’escalier. La serviette de table enfermée dans son poing serré. Impossible de la retirer de sa main. Ce n’est rien. Vous la rendrez demain si vous voulez.

Enfin, s’allonger, parler très bas, se retrouver. Le vent dans la fenêtre, la nuit salée et pleine.

Tout cela se passera après. Parce qu’un jour, un matin, ce sera fini. Les mains vides. La fin de la guerre. La peur évanouie. Il ne reste qu’à être en vie, à boire de l’eau au robinet, à pousser du pied les pommes de pin dans l’herbe.

Plus tard encore, je suis vieille, j’imagine. Je raconterai tout aux enfants. Ce sont eux qui réclament. La plus petite s’est endormie. La route est longue. C’est la nuit. L’auto est remplie d’enfants. Combien sont-ils sur la banquette arrière ? Ils disent : La robe, raconte-nous la robe ! Ils la connaissent déjà par cœur. Je parle en conduisant lentement. Les phares éclairent les arbres des deux côtés de la route.

Je cousais des messages dans les ourlets d’une robe d’été pour les cacher. C’était la guerre, vous savez, je marchais dans les rues de Paris avec ces secrets. Forteresse légère. Il y a du monde sur les trottoirs. Je n’ai pas peur. On me regarde trop pour me voir. La chaleur, les voitures allemandes qui ralentissent, les regards, les rires, les cris, mademoiselle ! Et les vivants cachés dans le revers de ma robe.

Je mets ensemble le passé et l’avenir. Je ne fais pas le tri. Je gagne du temps sur la nuit.

Peut-être que je reconnaîtrai soudain son pas dans la cour. L’entendre enfin venir, bonsoir, son pas posé sur ma terreur. Il monte. Il ne me regarde pas. Pourquoi m’avez-vous attendu ? Je souris. Je ne dis rien. Je rassemble les feuilles répandues sur la table. Il est là. Le battement de la fièvre sur mes tempes, les cheveux encore collés de cette buée de mots.

Extraits

« Je suis assise dans l’entrée, parmi les manteaux. Ils sont tous partis. je regarde s’éteindre le brillant des bottes rangées, le cuivre des boutons de porte. Il y a encore dans cette pièce l’odeur chaude de quelques chiens disparus depuis longtemps. J’attends que l’obscurité tombe complètement. Et je me souviens alors de note première nuit à Paris, il y a cent ans. Je me rappelle que je tremblais. Il est entré. J’essayais de cacher ces pages. Il a ramassé une feuille au hasard sur le sol, il l’a prise entre ses mains. Combien de temps a-t-il mis à comprendre ? Je vous aime. Il lira en premier ces mots que j’écris maintenant. Il se tournera vers moi.

Le coup à la porte, le coup unique de sa nain. Il est deux heures du matin. Je veux l’entendre. La peur aura glissé le long de ma jambe. C’est lui. La peur qui s’éloigne en rampant, la langue coupée. » p. 52

« Les années auront passé. Je reparle de cela avec lui. Tu te souviens ? C’était l’hiver. Tu ne savais pas pour moi. J’ai eu peur cette nuit-là. Tu ne savais même pas que je t’aimais. Tu devais arriver à cinq heures du soir. J’ai attendu jusqu’au matin.

Il ne me regarde pas. C’est une fin d’été. Il est accroupi et joue avec une rose sèche. Il se tait. Mais quand il se lève, l’air bouge. Je sais qu’il se rappelle. Et je lui crie quand il s’éloigne : Et le premier jour ? Qu’est-ce que tu pensais de moi ? À regarder son dos, sa tête inclinée dans l’espace, je sais qu’il sourit. » p. 53

« J’aurais eu les coudes sur la table, assise au bord de la guerre. L’émail rouge des gobelets accrochés au mur, du gaz bleu sous la casserole. Rien d’autre pendant des mois.

Ce qu’il reste des batailles après l’odeur du pain grillé. À quoi sert de quitter la cuisine ? Attendre là, quelques saisons. S’asseoir, ne plus se battre, ne plus se battre.

Vapeurs de guerre à deux rues. La porte fermée. Volupté de sucre et de beurre frais ici. » p. 70

À propos de l’auteur

Timothée de Fombelle © Photo Chloé Vollmer

Né en 1973 à Paris, Timothée de Fombelle passe une partie de son enfance au Maroc et en Côte d’Ivoire. Il fonde une troupe de théâtre dès le lycée, écrit et met en scène des pièces, et cet amour de la dramaturgie ne le quittera pas. Devenu professeur de lettres, il enseigne en France et au Vietnam. En 2006, il signe son premier roman pour la jeunesse : Tobie Lolness. Traduite en trente langues, l’histoire de ce héros d’un millimètre et demi rencontre un succès retentissant auprès du public comme de la critique – il reçoit notamment les prix Sorcières, Tam-Tam, Saint-Exupéry en France, le Marsh Award en Angleterre et le prix Andersen en Italie. Depuis, les romans jeunesse se succèdent, qui emportent les lecteurs de tous âges dans de grandes aventures, font la part belle à l’imaginaire, à l’émotion et à la poésie, et disent la toute-puissance de l’enfance. Il varie aussi les genres et multiplie les collaborations en créant des albums, un conte musical, une bande dessinée… qui composent une œuvre dont la richesse et la grâce le consacrent comme l’un des écrivains les plus marquants de sa génération. Entre 2016 et 2020, il ainsi été sélectionné cinq ans de suite pour le prestigieux prix jeunesse suédois Astrid-Lindgren. (Source : Éditions Gallimard)

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