Alice Carol – Presque comme vous

Alice Carol Presque comme vous

Quiero – 2025 – 82 pages

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Y’a des textes comme ça, tu sais qu’ils vont littéralement te retourner, avant même d’entamer leur lecture. « Je suis comme vous, ou presque », « Je m’appelle Sidonie » ; la narratrice scande ces phrases comme un entêtant refrain. Elle scande aussi son corps. Ces éléments tangibles, cette chair qui la compose, comme les autres. Cette chair qui existe quand ses pensées vacillent. Elle s’y raccroche comme pour ne pas devenir folle. Elle nous parle d’elle, de la place qu’elle n’a jamais eu, de la liberté qu’elle a osé ravir, de la souffrance de vivre dans cette société, d’une femme qui est entrée dans sa vie pour en sortir aussi brusquement. Elle nous interpelle, nous prend à parti.


« Est-ce qu’un jour les femmes feront autre chose de leur vie que d’attendre »


Au fur et à mesure du texte qui se déroule comme une pelotte de lumineux désespoir, la frontière avec le réel se trouble.
C’est l’histoire d’une femme qui, à 40 ans, tombe enceinte et se rebelle, qui dit non et finit par tout quitter avec sa fille dans les bras.


« J’ai cru pouvoir toujours tenir, en équilibre, j’ai cru que je tenais ma vie, comme un animal bien dompté et qui écoute sa mère et qui accepte et qui ne fait pas de bruit. Oui, c’est ce que j’ai pensé, que j’étais adulte avec toutes les injonctions de ce statut, adulte et responsable, adulte et capable, adulte bien élevé, bien gentil, bien, tout bien rangé, assumé, lavé, et plein de correction, de certitudes… »


C’est un texte à la fois halluciné et si juste, dont l’écriture retranscrit la puissante vulnérabilité de cette femme. Chaque phrase frappe à la poitrine comme un uppercut. On se prend de plein fouet la voix d’une femme qui s’est toujours sentie en décalage avec le reste du monde, qui pourrait être une amie, une mère, une fille – qui pourrait être nous – et qui dénonce les injonctions quotidiennes, les carcans qu’on nous impose, leur absurdité ahurissante. Un texte fou, dévoré le temps d’une journée, dont j’ai eu envie de hurler certains passages tant ils résonnent en moi et sont criants de vérité.


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