La maison du bonheur

maison bonheur

En deux mots

Pour leur famille recomposée de quatre enfants, Manu et Emmanuelle ont construit leur maison du bonheur. Mais après le confinement, Youma, 18 ans, tombe malade. Diagnostic : un cancer rare. S’ouvre alors une bataille contre la maladie. Manu décide de tenir un journal pour conjurer le sort et témoigner de leur combat.

Ma note

★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Des mots pour des maux

Manu Causse signe un récit bouleversant qui retrace l’épreuve traversée par sa famille recomposée quand on détecte un cancer rare à l’un des enfants, Youma, 18 ans. Ce témoignage d’une force et d’une dignité rares, nous offre d’accompagner cette famille dans son combat, de partager ses peurs, ses colères, ses espoirs.

C’est l’histoire d’une famille recomposée. Celle de Manu et de ses fils, Anton l’aîné et Élias, le plus jeune et celle d’Emmanuelle, de son fils David et de sa fille Youma. Si la cohabitation n’a pas toujours été facile, les années ont fini par gommer les aspérités et la vie commune a trouvé son équilibre, notamment grâce à la musique. « Dans notre famille décomposée-recomposée, complice et conflictuelle, la musique a toujours été un point de ralliement – un peu comme si les guitares et les basses de Manu, mes claviers et mes percussions servaient de bâtons de parole ou de calumets de la paix. Hallelujah, c’est une chanson que nous chantions souvent tous les six : Manu et tes frères aux instruments, nous deux au chant. »

Les paroles de Leonard Cohen ont souvent retenti dans la maison construite pour la famille du côté de Toulouse. Sur l’un des murs, un thermomètre en fer-blanc coloré porte l’inscription La maison du bonheur. « Suivant les jours et l’état de ma météo intime, j’y lis une antiphrase ou un horizon. Le soir du 2 juin 2020, c’est presque une évidence. »

Ce mois de juin 2020, après le confinement, la vie devait reprendre son cours ordinaire et pourtant tout bascule. Youma ressent une fatigue extrême. Elle se retrouve à l’hôpital en pneumologie avant d’être transférée à l’Oncopole, où sont rassemblés les services d’oncologie du CHU de Toulouse. Les examens se succèdent. Le diagnostic tombe : cancer rare. Youma n’a pas encore 18 ans.

Manu refuse cette injustice qui cloue une jeune fille sur un lit d’hôpital. Il décide de tenir le carnet de bord de la maladie. Pour tenir le coup. Pour comprendre. Pour conjurer le sort. Ce journal devient aussi, bien plus tard, la matière première du roman. Un roman que Manu Causse aurait préféré ne jamais écrire.

Au fil des semaines, entre avancées et rechutes, le combat contre la maladie phagocyte toutes les énergies. « Notre chambre est devenue une cale où nous gisons côte à côte, galériens enchaînés au même fer; et chaque tremblement de l’un ravive la douleur de l’autre », écrit-il avec une lucidité déchirante. Il confie aussi ses peurs : « J’ai eu peur de toi, longtemps, à cause de ta rage adolescente et des barrières de violence qu’elle dressait entre nous ; désormais, j’ai peur pour toi. J’ai surtout peur, je crois, de ta maladie — te voir souffrir me met en colère. »

La construction du livre offre une place magnifique à Emmanuelle. La mère prend la parole pour crier sa peine, dire son désarroi, hurler son amour. Cette polyphonie donne au récit une dimension chorale. On entend deux voix qui se répondent, s’épaulant ou se heurtent dans l’épreuve.

Le témoignage de Manu Causse bouleverse. Il dit le combat de Youma avec une franchise absolue. Les traitements, les doutes, les moments de découragement. Mais aussi l’espoir, toujours. Et cet amour inconditionnel qui unit la jeune fille à son père et à sa mère, et celui, tout aussi profond, de son beau-père.

Le style est limpide. Les mots justes. Manu Causse écrit les difficultés, les tensions, les souffrances sans jamais sombrer dans le pathos. Il garde toujours une place à l’humour, y compris dans les dernières pages. Ce refus de l’apitoiement rend du reste le récit encore plus poignant.

La musique traverse le livre comme un fil rouge. Elle a toujours uni la famille. Elle continue de le faire dans l’épreuve. L’écrit aussi joue ce rôle. Aux côtés du journal de Manu, on découvre des paroles de chansons, de la poésie, la lettre adressée par Youma au corps médical. Des mots pour des maux. Des mots pour dire l’indicible, un livre qui rappelle ce qui compte vraiment.

La Maison du bonheur

Manu Causse

Éditions HarperCollins

Roman

352 p, 00 €

EAN 9791033922391

Paru le 14/01/2026

Où ?

Le roman est situé principalement à Toulouse et en Haute-Garonne ainsi qu’en Aveyron et en Martinique. On y évoque aussi une escapade à Biarritz et des vacances en Slovénie, sans oublier la Bretagne et les côtes de Sicile.

Quand ?

L’action se déroule de 2020 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

La maison du bonheur, c’est celle où Emma et Manu ont fondé leur tribu recomposée – trois garçons et une fille, Youma. Ensemble et à tâtons, ils s’y inventent une famille refuge, avec ses joies, ses peurs, ses rires et ses espoirs. Et puis, au moment où les oiseaux s’apprêtent à quitter le nid, survient ce qui normalement n’arrive qu’aux autres. Une inquiétude anodine, d’abord, puis le diagnostic : Youma a un cancer. À tout juste dix-huit ans. Dès les premiers jours, Manu Causse tient le carnet de bord de la maladie, rêvant de voir Youma la contrariante, Youma la rebelle, guérir, trouver sa place et voler un jour de ses propres ailes. S’inspirant de l’immense courage de sa belle-fille et avec beaucoup de pudeur, Manu Causse transforme ce récit en puissant message d’amour, dont il choisit de retenir l’essentiel : vivre, ensemble et dans l’instant.

Les critiques

Babelio

Blog Notre jardin des livres

Les premières pages du livre

« 1

Le portillon gris anthracite

C’est une maison de ville récente, à la façade blanche, insérée entre deux pavillons plus anciens, juste au tournant de l’avenue. On y accède par un portillon gris anthracite et une demi-douzaine de marches en bois.

Dans le salon, un renfoncement est aménagé pour ranger quatre guitares et un fouillis de partitions. Le dessous de l’escalier accueille une bibliothèque où les livres s’empilent dans une joyeuse anarchie.

À l’étage, le couloir dessert une salle de bains et quatre Chambres – une pour chaque enfant de cette famille recomposée.

Anton, mon fils aîné, est le plus âgé. Brun et costaud, taciturne, il est intense, un peu emprunté et rêveur, pas toujours à l’aise en société. Ses gestes et l’éclat de ses yeux trahissent une tendresse inquiète. Je le revois, à six ou sept ans, immobile à côté du cimetière du petit village de montagne où nous passons des vacances ; comme je lui demande pourquoi il ne va pas jouer avec ses frères, sa sœur et ses cousins, il me confie, le regard fiévreux :

— Papa, la mort, ça me fait beaucoup réfléchir.

Il aime les rituels, les histoires, les collections. Il lit des sagas et joue de la basse. Dans sa chambre, il passe des heures à écrire chansons, fan-fictions et romances. Il devient un adulte dévoué à son travail et à ses groupes de musique, qui lui prennent beaucoup de temps ; il adore cuisiner pour ses amis.

David, le fils d’Emmanuelle, est net et précis dans tout ce qu’il fait — et il fait énormément. Il ordonne le monde qui l’entoure à coups de paroles, d’idées et d’activités. Il ne s’autorise la douceur qu’avec sa mère, petit prince vigilant et protecteur. Sa chambre est rangée avec un ordre presque maniaque. Il s’y adonne à la musculation, au piano, passe du temps sur son ordinateur, résout des problèmes de maths et de physique pour le plaisir.

Je me souviens de lui par un jour d’automne, emmitouflé dans le long manteau noir de sa mère, grelottant : il vient de tomber dans la fontaine du parc. Il n’a pas l’air honteux, ni désolé — il donne l’impression de méditer sur sa mésaventure, d’y chercher une explication rationnelle. On s’attend presque à ce qu’il pousse un « eurêka ! » avant de reformuler le principe d’Archimède.

Élias, le troisième en âge et mon second fils, est le caméléon vif et drôle, le sportif, l’artiste, le social. Son caractère ressemble au mien — au point d’engendrer des orages, à l’occasion. À sa manière extravertie et bruyante, il veille à l’unité de la famille. Il ne reste pas beaucoup dans sa chambre, sauf pour jouer à l’ordinateur ; en général, il squatte le salon pour parler, jouer de la guitare, regarder la télévision, être avec les autres.

Je garde une image de lui, à cinq ou six ans, sur un terrain improvisé. Ses moufles bleues trop grandes lui glissent des mains ; les autres enfants, tous plus âgés que lui, courent et s’échangent la balle. Élias crie et gesticule : — La passe ! La passe !

Il tente de les suivre, s’élance, se précipite ; puis il s’assied, sourcils froncés, et repart de plus belle pour l’action suivante.

Aujourd’hui encore, je ne cesse de retrouver sur son visage variations de ce jour-là — ombre et lumière, découragement et enthousiasme pur — et l’intensité de ses émotions me renvoie à mes propres marées. Anton et Élias ont les épaules larges, de grandes dents, un nez marqué, les sourcils broussailleux. Tout dit qu’ils me ressemblent. Comme moi, ils perdront sans doute leurs cheveux très tôt ; Anton devra renoncer aux expérimentations punk et aux couleurs, Élias ne pourra plus exhiber la tignasse bouclée dont il prend si grand soin.

David, lui, arbore une coupe classique et une barbe parfaitement taillée, qui mettent en valeur la régularité de ses traits ; il s’habille de plus en plus souvent en costume-cravate, au moins dans le cadre de ses études et de ses stages.

Avec ces trois frères si différents, Youma n’est pas la plus simple à décrire. Elle a du tempérament, adore ses amis, montre des talents dans un grand nombre de domaines, surtout artistiques — sa voix nous époustoufle. Dans le même temps, on dirait qu’elle hésite, doute de ses capacités, qu’elle abandonne quand elle est contrariée ou simplement fatiguée. On dirait qu’elle a du mal à croire en elle-même.

Je me sens proche d’elle sur ce point.

Je la revois endormie après un concert, allongée sur une petite chaise, la tête posée sur une paire de congas — au milieu du bruit et des rires, comme si elle était née pour être sur scène.

Elle a les cheveux très longs, châtain clair ; sa bouche a un ourlet presque boudeur, ses sourcils épais lui donnent facilement un air sérieux. À l’adolescence, son visage rond s’allonge, sa beauté s’affirme. Sur une photo en noir et blanc où elle regarde ailleurs, elle a le sourire parfait d’une Julia Roberts.

Elle ne le tient pas de sa mère, car la beauté de celle-ci est une évidence qui échappe à l’objectif. C’est même un sujet de plaisanterie entre nous : depuis vingt ans que je tente, je n’ai jamais réussi à prendre d’Emmanuelle une photo flatteuse. J’ai renoncé à la dessiner. Je me contente de connaître par cœur son port de tête, l’intensité de son regard, son cou élancé, la ligne de ses épaules, la douceur de sa peau, l’aura sombre et pure qui émane d’elle et attire les regards.

Elle a la voix douce, presque timide — sauf quand elle monte sur scène pour lire un de ses textes ou chanter avec un des groupes amateurs auxquels nous participons. Alors, son énergie rayonne, à la fois caressante et tragique, suave et puissante.

Le reste du temps, sa parole est rare. Pour moi qui exprime la moindre de mes émotions, cette discrétion est même une source d’inquiétude. Je cherche souvent à interpréter ses silences, ses regards, sa respiration, la tension de son corps quand je la prends dans mes bras.

Je me souviens du jour où elle est montée à l’arrière de ma voiture — de l’instant où nos yeux se sont rencontrés dans le rétroviseur. Nous allions au même Salon du livre, où nous étions assis côte à côte. J’ai passé la journée à lui parler. Elle m’accordait son attention et je me sentais, après une longue période d’errance, enfin arrivé quelque part.

Quand nous sommes repartis, la nuit était tombée, et elle a dit quelque chose sur les extraterrestres qui nous regardaient et nous jugeaient — et c’était si drôle que j’ai su tout de suite que nous allions vivre ensemble.

C’est comme ça que nos enfants se sont rencontrés, quelques semaines plus tard. Emmanuelle et Emmanuel — Emma et Manu, les Manu(e)s et leurs quatre fantastiques.

Sept ans plus tard, nous avons fait construire cette maison, avec son étage rien que pour eux.

Au rez-de-chaussée, la pièce à vivre donne sur une terrasse et un petit jardin clos où les bambous et le laurier prennent leurs aises.

Sur le mur bardé de bois clair, nous avons cloué un thermomètre en fer-blanc coloré qui porte l’inscription La maison du bonheur. Suivant les jours et l’état de ma météo intime, j’y lis une antiphrase ou un horizon.

Le soir du 2 juin 2020, c’est presque une évidence.

Extraits

« Dans notre famille décomposée-recomposée, complice et conflictuelle, la musique a toujours été un point de ralliement  – un peu comme si les guitares et les basses de Manu, mes claviers et mes percussions servaient de bâtons de parole ou de calumets de la paix. Hallelujah, c’est une chanson que nous chantions souvent tous les six : Manu et tes frères aux instruments, nous deux au chant. » p. 45

« Notre chambre est devenue une cale où nous gisons côte à côte, galériens enchaînés au même fer; et chaque tremblement de l’un ravive la douleur de l’autre. Nos étreintes, désormais — même celles du jour, même les baisers rapides auxquels nous nous contraignons —, ne reflètent plus que la quête d’un réconfort inaccessible. Une distance grandit entre nous, y compris quand nos corps sont allongés dans le noir en silence. Nous détestons si fort la situation dans laquelle nous sommes que, parfois, je le crains, nous en venons à nous détester de vivre ensemble.

Un jour, Emmanuelle m’assène que je n’ai pas les épaules pour être à ses côtés dans cette épreuve. Quelque chose s’éteint dans ma poitrine — d’autant plus qu’elle a certainement raison, je crois.

Pourtant, il nous faut être reposés autant que possible pour affronter chaque matin la réalité — les traitements, les doutes, les questions sur l’état de santé de Youma. Au réveil, la première question qui nous vient est : « Tu as bien dormi ? » Et cela nous suffirait — une nuit complète reste, pour Emmanuelle, un cadeau rare. » p. 165

« J’ai eu peur de toi, longtemps, à cause de ta rage adolescente et des barrières de violence qu’elle dressait entre nous ; désormais, j’ai peur pour toi. J’ai surtout peur, je crois, de ta maladie — te voir souffrir me met en colère. J’en veux à tout le monde, à moi surtout, de notre impuissance.

Tu passes un scanner de contrôle ce matin ; à partir de mardi prochain, tu retourneras quelques jours à l’Oncopole pour une série de nouveaux examens. » p. 252

À propos de l’auteur

Manu Causse © Photo DR

Ancien professeur de français, Manu Causse partage son temps entre traductions, écriture et musique. Son dernier roman ado, Bien trop petit, a fait l’objet d’une censure par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur de l’époque. Une vague de soutien avait suivi, Nicolas Mathieu en tête, avec son hashtag #WhenIwas15. Manu Causse vit à Toulouse. (Source : Éditions HarperCollins)

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