Éditions Le livre de poche, 1975 (253 pages)
Ma note : 13/20
La première phrase
« Raoul de Limézy flânait sur les boulevards, allégrement, ainsi qu’un homme heureux qui n’a qu’à regarder pour jouir de la vie, de ses spectacles charmants, et de la gaieté légère qu’offre Paris en certains jours lumineux d’avril. »
Mon avis …
La demoiselle aux yeux verts (1927) signe mes retrouvailles avec le rusé et gouailleur Arsène Lupin. Si ce héros fantasque ne fait pas partie de mes personnages préférés de la littérature policière, je reviens toujours à la plume de Maurice Leblanc qui possède, selon moi, un charme fou. J’aime plus que tout ce ton suranné qui me fait voyager dans le temps ! Côté intrigues, je me lance toujours avec beaucoup de curiosité tant celles-ci se montrent différentes les unes des autres. On ne sait donc jamais à l’avance à quoi s’attendre. Après avoir quelque peu boudé L’île aux trente cercueils, mais apprécié L’aiguille creuse ainsi qu’Arsène Lupin, gentleman cambrioleur (un recueil de nouvelles), il me tardait de poursuivre l’aventure. Autant vous l’avouer d’emblée, La demoiselle aux yeux verts ne fera pas partie de mes romans favoris de la série. Si j’ai applaudi le final (avec la scène de la grotte), j’ai trouvé l’ensemble inégal avec un démarrage brouillon, mais aussi quelques facilités au niveau du déroulé de l’intrigue.
N’est pas Lupin qui veut ! Celui-ci apparaît toujours en un claquement de doigts, sous des costumes divers et variés. Nous le retrouvons cette fois-ci sous l’identité de Raoul de Limézy. Flânant le long des boulevards parisiens, le voici qui aperçoit un homme, barbu et pommadé, prenant en filature une lady aux cheveux blonds. Ni une ni deux, Lupin prend le parti de les suivre jusqu’à entrer dans un salon de thé. Y est attablée une jeune femme aux yeux verts magnifiques ! Un voyage en train et un assassinat plus tard, Lupin découvrira que la dénommée Aurélie a bien des ennuis… tant avec son beau-père qu’avec la police qui la soupçonne de complicité dans un triple meurtre. Seulement notre héros en est persuadé : la demoiselle aux yeux verts est innocente. Au fil des pages, le voici donc qui œuvre en coulisses pour la sauver des griffes de sombres malfrats, mais également du commissaire Marescal qui espère bien la mettre sous les verrous.
Nous retrouvons donc ici un Arsène Lupin bien plus enquêteur que cambrioleur, mais surtout… amoureux. Bien sûr, on ne s’ennuie pas une seconde. Meurtres. Cambriolage. Chasse aux trésors. Coupable – ou non – de sombres larcins, Aurélie se trouve pourchassée de toute part. Détentrice d’un secret de famille, la voici qui tente de sauver sa peau, se méfiant comme de la peste (du moins dans un premier temps) de notre héros.
Il m’aura fallu un peu de temps pour véritablement accrocher à l’intrigue. Arsène Lupin arrive toujours pile quand il le faut et, si cela fait bien évidemment tout le sel de la série, j’ai ici trouvé que c’était vraiment trop et donc peu crédible. Je passe sur sa manière d’approcher notre demoiselle en détresse (qu’il espère sauver, mais aussi ajouter à son tableau de chasse) et la fameuse scène du baiser. Il faut bien sûr se remettre dans le contexte de l’époque. Mais dans ce cadre bien précis, Lupin finit toujours par fortement m’agacer avec ses prétentions et sa suffisance.
Côté enquête, c’est cependant toujours un régal de le suivre tant il possède une longueur d’avance sur ses adversaires. Il est cabotin, espiègle, ironique. Les scènes de confrontation avec l’inspecteur Marescal sont de ce point de vue réussies et tellement drôles (je pense à la scène de la bouteille, Lupin ayant subtilisé une pièce clef de l’enquête pour la remplacer par un petit mot… à destination de l’inspecteur !). Peu importe les événements, il a toujours le dernier mot et s’en sort (souvent) d’une pirouette.
Et puis il y a cette scène finale de la grotte, où l’on se demande jusqu’au bout comment Lupin va œuvrer pour se sauver de l’ultime piège mis en place par nos malfrats. La demoiselle aux yeux verts se trouvant avec lui, il va (une fois n’est pas coutume) véritablement craindre pour sa vie. J’ai trouvé ce passage vraiment haletant, de même que je ne m’attendais pas du tout à y trouver une pointe de romantisme associée à de superbes images.
Malgré un démarrage poussif et quelques rebondissements brumeux, j’ai plutôt passé un bon moment en compagnie de ce roman. Je pense préférer le Arsène Lupin enquêteur-cambrioleur au Lupin amoureux. Reste que j’ai trouvé le final de cette intrigue on ne peut plus réussi, et qu’il me restera en tête. Je continuerai à lire les romans de cette série, sans doute dans le désordre, tant je reste toujours aussi séduite par l’écriture de Maurice Leblanc. Et, si l’on s’agace de l’ego démesuré de notre héros, force est de constater que celui-ci marque les esprits par sa verve et son esprit railleur.
Extraits …
« Raoul n’était pas de ceux qui attendent la mort. Il songeait bien à se précipiter vers l’ennemi malgré tous les obstacles, ou à nager jusqu’aux écluses. Mais qu’une balle le frappât, que la température glacée de l’eau paralysât ses efforts, que deviendrait Aurélie ? »
« La vérité ne se révèle qu’à ceux qui la contraignent à sortir de l’ombre. C’est bien souvent lorsqu’on la croit lointaine qu’un hasard vient l’installer tout bonnement à la place qu’on lui avait préparée et le mérite en est justement à la qualité de cette préparation. »