Vent d’Est, vent d’Ouest • Pearl Buck

Par Bénédicte

Éditions Le livre de poche, 1963 (247 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

À la veille de la révolution communiste, une noble demeure chinoise, où l’attachement aux traditions, le culte des ancêtres, l’autorité du père et de la mère n’ont subi aucune atteinte… Mais le fils revient d’Amérique, avec une épouse étrangère… La fille, mariée à un jeune médecin, essaie à grand-peine de s’émanciper de son milieu familial… C’est la violence des vents d’Est et d’Ouest, soufflant en cyclone sur la Chine, créant ces dramatiques conflits…

La première phrase

« Je puis vous raconter ces choses à vous, ma sœur. Je ne saurais en parler avec l’un des miens, car il ne se ferait aucune idée de ces contrées lointaines où mon mari a passé douze ans, et je ne me sentirais pas libre non plus auprès de ces étrangères qui ne connaissent ni mon peuple ni notre manière de vivre depuis l’Ancien Empire. »

Mon avis …

Vent d’Est, vent d’Ouest signe ma rencontre avec Pearl Buck. Bien qu’elle soit américaine, les nombreux romans de cette autrice s’attachent à dépeindre la culture traditionnelle chinoise. Toute petite, Pearl Buck part en effet s’installer en Chine avec ses parents, missionnaires presbytériens. Elle y apprendra à la fois le mandarin et l’anglais, avant d’obtenir le prix Nobel de littérature en 1938.

Autant vous l’avouer d’emblée, ce court roman possède un charme fou et aura vraiment réussi à piquer ma curiosité. L’intrigue se déroule dans les années 20. Kwei-Lan, une jeune chinoise, est destinée depuis toujours à se marier avec un homme qu’elle n’aime pas. Depuis son enfance, lui sont inculqués de nombreux enseignements (dont l’art de servir le thé) mais également le devoir de plaire à son futur époux. Pour cela, il était d’usage de se bander les pieds, ou encore d’apprendre à associer les couleurs pour que le teint soit à son avantage.

Pourtant, rien ne se passe comme prévu lorsque Kwei-Lan se marie. Son époux est médecin, a étudié plusieurs années en Occident et nourrit une conception du monde totalement différente. Alors nos jeunes mariés se montrent distants l’un envers l’autre. Ils ne se comprennent pas. Désespérée, notre héroïne part demander conseil à sa mère qui lui ordonne d’obéir à son mari, même s’il lui faut pour cela renoncer à une partie de son éducation chinoise pour lui plaire. Kwei-Lan acceptera donc de se débander les pieds. Contre toute attente, ce geste marquera le démarrage d’un amour naissant.

Premier écrit rédigé par Pearl Buck, Vent d’Est, vent d’Ouest (1930) est un roman touchant qui vient illustrer la fin d’une époque (et celle d’une Chine en pleine mutation). Notre héroïne est tiraillée entre tout ce qui lui a été inculqué depuis l’enfance et son fort attachement pour un homme moderne (qui vient ici symboliser la possibilité d’une ouverture sur l’extérieur).

De son côté, le frère de Kwei-Lan, parti aux États-Unis, se révolte du poids des traditions en épousant une Américaine plutôt qu’en contractant le mariage arrangé de longue date par ses parents. Ce choix créera un véritable séisme, et ne sera d’ailleurs jamais accepté par sa famille.

En venant prendre une place de narratrice, Kwei-Lan offre à ce roman une voix douce et pudique. Peut-être un peu trop sage. Mais cela ne reflète-t-il pas l’éducation on ne peut plus stricte reçue par notre héroïne ? Il n’était de toute façon pas de bon ton d’exprimer ouvertement ses émotions. Mais ce roman met en lumière tant d’autres éléments… Les frères et sœurs sont ainsi séparés très tôt durant l’enfance, ceci empêchant la création d’un lien privilégié. Les femmes se doivent de vivre entre elles, comme enfermées entre quatre murs. Et, s’il était d’usage d’obéir aux “Vénérés” (les figures parentales), c’est bien le père qui avait le dernier mot sur tout. La polygamie était également de mise. Aussi, si la Première Épouse (la mère de Kwei-Lan dans le roman) détenait un statut privilégié, à savoir qu’elle était la seule à pouvoir porter du rouge et qu’elle était considérée comme étant plus intelligente et plus vertueuse que ses paires, elle devait supporter la présence de concubines au quotidien, du moins lorsqu’elle ne vivait pas recluse dans ses appartements.

Vent d’Est, vent d’Ouest, c’est donc surtout la découverte d’un autre monde, d’une autre époque. Les Occidentaux y sont décrits comme des personnes avec un physique et des mœurs étranges. Mary, l’épouse du frère de Kwei-Lan, reste surnommée “L’étrangère” sur la totalité du récit. Elle étonne, car elle parle fort et affiche publiquement son amour. En coulisses, servantes et concubines se rient bien d’elle. Personne ne l’accepte et ne cherche à la comprendre, si ce n’est bien sûr son époux mais aussi Kwei-Lan qui incarne alors cette possibilité de changement et d’ouverture à l’autre.

La plume de Pearl Buck est quant à elle sublime car poétique. Les allusions à la nature et aux saisons sont nombreuses. Le style est quant à lui direct et accessible. J’ai trouvé ce voyage dans la Chine des années 20 instructif, tout comme j’ai apprécié suivre le fil des pensées et émotions de notre héroïne. Je reviendrai donc vers les écrits de Pearl Buck, c’est certain.

Extraits …

« Ma mère est une sage. Quand, à l’âge de dix ans, je cessai d’être une enfant et devins une jeune fille, elle me dit ces paroles : “Une femme doit garder un silence de fleur devant les hommes et savoir se retirer au premier moment propice, sans montrer de confusion.” »

« Wang Da-ma, la fidèle servante, me raconta qu’écoutant derrière le rideau, elle entendit brusquement des propos irrités, de ces mots qu’on ne doit pas prononcer entre mère et fils, comme de rapides coups de tonnerre dans le ciel. »

« Je suis comme un pont fragile, reliant à travers l’infini le passé et le présent. Je serre la main maternelle. Je ne peux pas la laisser échapper, car sans moi ma mère serait seule. Mais mon mari tient les miennes, il les tient solidement. Je ne pourrai jamais laisser fuir l’amour. »