Sept jours

Par Henri-Charles Dahlem @hcdahlem

En deux mots

Une femme disparaît dans la nuit glacée du Champ-du-Feu. Sept ans plus tard, elle réapparaît. Elle affirme n’avoir été absente que sept jours. Entre ces deux versions du temps, un gouffre s’ouvre. Un gouffre qui engloutit toutes les certitudes.

Ma note

★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

La femme qui disparaît durant sept ans

Fabrice Colin signe mon premier gros coup de cœur de cette rentrée littéraire 2026. Entre thriller psychologique, drame conjugal, énigme métaphysique, son roman vertigineux interroge la nature même du réel. Bluffant !

Tout commence par une sortie en famille vers les sommets enneigés du Champ-du-Feu, la station de ski des Strasbourgeois. Julien est au volant. À côté de lui, sa femme Marie. Sur la banquette arrière, ses deux enfants, Ninon et Edgar qui ne savent pas que, trois jours plus tôt, leur père a découvert que sa femme le trompait. Alors, il aimerait comprendre, savoir. La conversation est tendue. Jusqu’au moment où Marie demande à Julien de s’arrêter pour prendre l’air. Nous sommes en janvier 2018. Dans la nuit et le froid, Marie va disparaître.

Fabrice Colin réussit en quelques lignes à ferrer son lecteur. Dès les premières pages, le mystère s’installe : « L’endroit m’avait toujours inspiré une inexplicable sensation de malaise », confie Julien. Les recherches menées quelques minutes après l’arrêt inopiné ne donnent rien. Celles entreprises plus tard par la police non plus. Le mystère est total. « Merde, à quoi tu joues, Marie Lavergne, qu’est-ce qui se passe ? », hurle Julien dans la tempête. Le drame qui s’est joué en quelques minutes reste totalement incompréhensible. Mais il faut l’accepter et tenter de vivre avec cette absence.

Une période difficile s’ouvre alors que le temps va permettre de cicatriser. Les années passent, les enfants grandissent, Julien rencontre Anaïs. Un nouvel équilibre s’instaure… Jusqu’à ce jour de janvier 2025 où Marie est de retour.

Cette réapparition va bouleverser toutes leurs existences. Car si sept ans se sont écoulés, Marie affirme qu’elle a été enlevée et qu’elle a réussi à s’enfuir après sept jours. Sept jours seulement.

Ce nouveau mystère perturbe la famille, les enquêteurs qui ne parviennent pas à trouver le début d’une piste et les scientifiques, dont les analyses semblent corroborer la version de Marie. Comment est-ce possible ? Où était-elle ? Dans quel espace-temps s’est-elle perdue ?

En plaçant les protagonistes à des âges différents, en ajoutant amis, famille et connaissances devant cette situation, l’auteur réussit à dresser un tableau à la fois riche et complexe des réactions possibles face aux questions existentielles qui se posent alors. Chaque personnage devient le miroir d’une manière d’affronter l’inexplicable. Ou de le fuir.

Avec une écriture à la fois précise et envoûtante, des dialogues qui sonnent juste, Fabrice Colin excelle dans l’art de mêler douleur, incompréhension et rancœur. Et s’il aime jouer de plusieurs registres, s’essayer aussi bien au thriller qu’aux pièces radiophoniques, au scénario de bandes dessinées qu’à la littérature jeunesse, il parvient avec ce roman à concentrer ses multiples talents. On retrouve le sens du rythme du scénariste, la maîtrise de l’ambiance du dramaturge, la finesse psychologique du romancier.

Tout le monde, y compris Marie, est confronté à davantage de questions que de réponses. À l’image de Julien, totalement désemparé : « Que pourrais-je répondre à ça ? Que pourrais-je répondre à cette femme qui a été la mienne, qui l’est encore et que je n’avais pas touchée depuis sept années longues et sèches ? Que répondre à l’ami qui m’encourage à cesser tout contact trop rapproché, trop confiant avec la logique ? Que répondre aux parents, aux enfants, aux amis qui, tous, se concoctent une histoire différente, et attendent de moi que je lui donne un sens ? Dans l’obscurité brouillée, la main de Marie trouve la mienne. On dirait que les étoiles ont quitté ce ciel pour un autre. »

Plongez-vous dans ce roman quand le froid, le vent et la nuit vous entourent d’une ambiance mystérieuse. Vous constaterez alors que le réel peut se fissurer sans préavis. Et que nous ne sommes jamais préparés à ce qui se cache derrière ces failles

Sept jours

Fabrice Colin

Éditions Calmann-Lévy

Roman

198 p., 18,50 €

EAN 9782702195345

Paru le 2/01/2026

Où ?

Le roman est situé principalement en Alsace du Nord et au Champ-de-feu, sans oublier un voyage à Mulhouse.

Quand ?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

«  Je l’imagine, flottant au-dessus des prairies, dansant au cœur des clairières. Je me raconte des histoires parce qu’elle en est devenue une elle-même. »

 Un soir de neige, un couple se dispute dans sa voiture. Les  enfants dorment sur la banquette arrière. Après  vingt  ans de  complicité, Marie a trompé Julien. Le ton monte. Marie  descend, claque la  portière. Julien feint de poursuivre sa  route, mais il fait nuit, c’est  la  tempête, alors il rebrousse chemin. La forêt s’étend, impénétrable. Julien ratisse les environs pendant  des heures  : aucune trace de Marie. Une enquête est  lancée ; elle ne donnera rien.

Sept ans s’écoulent, sept ans pendant lesquels Julien et  les  enfants  doivent apprendre à vivre avec le mystère absolu  de  cette disparition.

Jusqu’à ce qu’un soir, on frappe à la porte…

Un monde sur le point de basculer, des enjeux intimes bouleversants… Fabrice Colin se penche avec délicatesse sur  ceux  qui  restent, leur deuil impossible, leurs blessures, leurs  amitiés, leurs amours.

Au fond  : leur humanité..

Les critiques

Babelio https://www.babelio.com/livres/Colin-Sept-jours/1928053

Les premières pages du livre

« Je peux bien le reconnaître, maintenant : l’endroit m’avait toujours inspiré une inexplicable sensation de malaise. La première fois que nous y étions montés pour observer les étoiles — c’était en juin 2007, Ninon n’était pas encore née —, nous avions planté notre tente en lisière de forêt, à un jet de pierre à peine de la tour blanche, et je me rappelle avoir contemplé la naissance de notre feu avec une boule dans la gorge. Ça aurait pu être une nuit de rêve. Ça aurait pu, s’il n’y avait pas eu cet appel. Deux heures plus tôt, au téléphone, Marie avait appris que le cancer de sa marraine adorée était de retour et qu’il avait métastase. Elle avait accueilli la nouvelle en se recroquevillant sur elle-même, j’avais vidé la totalité de notre stock de bières et, pour finir, au moment où elle avait paru reprendre des forces, la voûte du ciel s’était soudain obscurcie, la molette de notre lunette m’était restée entre les doigts, et nous n’avions rien vu du tout.

Bien sûr, nous étions revenus à maintes reprises depuis (il y avait un coin parfait pour la luge, au flanc de la sapinière, les enfants slalomaient entre les bosses en poussant des cris de jeunes faons), mais à chaque fois que nous prenions la route, je me rappelais cette nuit-là : Marie couchée sur le flanc, ses épaules tressautant en silence et moi, le cœur serré, impuissant, renvoyé à ma complète inutilité.

Dix ans avaient passé à présent, une neige compacte mouchetait le pare-brise et la nuit, de nouveau, s’avançait et, de nouveau, je me sentais inutile, quoique pour des raisons bien différentes. À l’arrière, Ninon s’était endormie et Edgar chantonnait, comme il le faisait chaque fois que l’angoisse le gagnait. Les essuie-glaces grinçaient au rythme lancinant d’un métronome.

Je me sentais vidé, privé de perspectives. Les yeux dans le vague, Marie sondait la pénombre en se mordillant le pouce. Nous avions passé une bonne partie de la journée à l’hôpital à attendre qu’un médecin veuille bien recoudre la plaie à son genou. Au matin, prétextant un besoin de prendre l’air, elle était descendue faire des courses à pied et elle avait glissé sur le trottoir. « Ça tombe mal » est tout ce que j’avais trouvé à sortir quand elle m’avait téléphoné pour me demander, penaude, de venir la chercher. Elle n’avait pas ri. Ces derniers temps, je ne la faisais plus rire.

Elle n’était pas très drôle non plus. Trois jours plus tôt et tandis que, depuis des semaines, j’essayais de comprendre ce qui la travaillait et pourquoi elle était si, eh bien, distante, j’avais découvert qu’elle avait une liaison. Elle avait eu l’intelligence, la présence d’esprit, pour ce qui lui en restait, de crever l’abcès sans trop tergiverser. Oui, il y avait quelqu’un d’autre. Non, elle ne voulait pas me quitter, enfin, ce n’était pas ainsi qu’elle voyait les choses. Est-ce que je le connaissais ? Probablement, de loin, mais on s’en foutait, ce n’était pas le sujet. Quel était le sujet, dans ce cas, depuis combien de temps cette comédie durait-elle ? Elle avait hésité un peu avant de répondre. « Trois mois ; plutôt quatre, en fait. » « Essaie d’être moins précise », j’avais sifflé. Elle s’était tournée vers moi, glaciale. « Trois mois et deux semaines. Tu veux les jours et les heures ? » Une mèche lui tombait en travers de la figure. Une mèche fine et rousse, soyeuse. Elle n’avait jamais été aussi belle et sans doute l’aimais-je plus que jamais, mais, depuis trois jours, ce que nous vivions ressemblait à l’enfer.

— Le jeu du silence, j’imagine ?

Elle s’était retournée pour vérifier que Ninon dormait. Je serrais le volant comme si j’avais peur qu’une main de géant ouvre l’habitacle et m’arrache de la voiture.

— Ma foi, je vais t’étonner, j’ai lâché, mais il se trouve que je n’ai rien à te dire.

— Et tu crois qu’on va en rester là ?

— «On»? Qui est « on » ?

— Un couple, c’est deux personnes.

— Un adultère, c’est une seule.

— C’est plus compliqué que ça, Julien.

— Ça m’a l’air excessivement limpide, au contraire.

J’avais découvert l’affaire quasi par hasard, de façon si aberrante, quand j’y repensais, qu’il m’arrivait de me demander si elle n’avait pas tout manigancé. Elle se faisait les ongles dans son bain en écoutant la radio, la porte était entrouverte, elle m’avait demandé de lui apporter son téléphone et j’avais trouvé ça, disons, curieux. J’avais attrapé l’appareil sur la desserte et une notification SMS était apparue au même moment. Avait-elle oublié de verrouiller l’écran ? Un type, en tout cas, écrivait qu’il l’aimait, qu’elle le rendait « dingue ». Un certain Hervé, à en croire son répertoire, mais je savais que ce n’était pas von vrai prénom : Marie était plein de choses mais elle n’était pas stupide.

J’a lu les autres messages. Impossible de m’en empêcher. Il y en avait des dizaines, et le ton allait crescendo. « Je pense à doi. » « Tu m’obsèdes. » « Je veux revoir tes seins. Tu sais que je me branle quand je pense à toi ? » « Je te veux maintenant. Tu verrais comme je bande ! »

Marie m’appelait, mais je ne l’entendais pas. Pour finir, je me suis pointé devant la baignoire et j’ai lâché le smartphone dans le bain. « Oups, j’ai fait, avec un sourire de benêt, si tu savais comme je suis désolé. » Elle a jailli dans une grande éclaboussure, a raflé une serviette et a filé vers notre chambre en mettant de l’eau partout.

— Tout ce cirque est pathétique, a proféré Marie.

Nous étions revenus au présent.

— Tu comptes partir vivre avec lui ?

— Tu comptes me poser cette question cinquante fois ?

— C’est ce qu’il a l’air de vouloir, pourtant.

— Lui c’est lui et moi c’est moi.

— Alors ça va se passer comment ? Mes excuses, hein : on dirait que j’éprouve quelques difficultés de compréhension.

Elle s’est replongée dans sa contemplation butée.

— Parle moins fort, s’il te plaît. Il n’y a pas d’histoire : c’est arrivé, c’est tout.

— Les choses n’arrivent pas par hasard.

Elle m’a jeté un coup d’œil en biais.

— Pourquoi tu prends cette route ?

— C’est quoi l’idée, Marie ?

Elle a soupiré.

— On a 37 ans, Julien. Ça fait vingt ans qu’on est ensemble.

— Et après ? La date de péremption est passée ?

— T’es con ou quoi? Tu es mon meilleur ami, je commence d’ailleurs à penser que c’est une partie non négligeable du…

— Maman ?

Ninon venait de s’étirer.

— Oui, ma puce ?

— J’ai mal à la tête. Quand est-ce qu’on arrive ?

Marie lui a souri dans le rétroviseur. Cette réserve de sortilèges dont disposent les mères.

— Bientôt. Je te donnerai une aspirine.

J’ai ricané, secouant la tête.

— C’est donc comme ça que tu traites ton meilleur ami. Putain.

— Julien.

— Navré de m’attacher à des notions triviales. Sincèrement.

— Oh, pitié.

— Pitié, oui. L’engagement, la confiance. Meilleur ami. J’imagine que je devrais m’estimer heureux ? Tu veux que je t’offre une nouvelle bague ?

— J’aimerais parler à un adulte.

— Et lui, c’est qui, au fait ? Ton meilleur amant ?

Elle a eu un mouvement de tête en direction des enfants.

— Julien. S’il te plait.

— S’il te plaît quoi ? Réponds juste à cette question.

— Je te préviens, je ne vais pas y arriver.

— Maman, a fait Ninon, pourquoi vous vous disputez ?

— C’est une discussion de grands, ma chérie.

— Maman essaie de raconter une histoire drôle, j’ai dit. Mais papa souffre de déficience mentale.

— Arrête la voiture.

J’ai souri.

— Je te demande pardon ?

Mâchoire crispée, elle regardait droit devant elle.

—Arrête-la maintenant.

Je me suis rangé contre le talus et j’ai tiré le frein à main. Elle a défait sa ceinture et elle est sortie. Une bourrasque s’est engouffrée à sa place. Je me suis penché.

— Ne sois pas ridicule. Il gèle, tu vas faire quoi ? du stop ?

Elle avait laissé la portière ouverte. Mis le cap sur la tour.

— Maman ! a crié Ninon.

Edgar, qui s’était réveillé, s’est aussitôt mis à pleurer. Le moteur tournait toujours, les essuie-glaces grinçaient. J’ai appuyé sur le klaxon sans trop savoir pourquoi. La nuit était là pour de bon, à présent : rideau glacé sur la scène. Nous sommes repartis en première. J’ai ajusté le rétroviseur, jeté un œil à notre progéniture. Ninon s’était mise à sangloter, elle aussi : à sa façon, en silence. Dehors, la neige tombait si dru que je ne distinguais rien.

— Ne vous inquiétez pas, j’ai murmuré, maman avait juste besoin de prendre l’air. On va retourner la chercher.

Une mauvaise passe, voilà ce que je me racontais. Une sortie de route, ça arrive, non ? Mais ça allait s’arranger.

Ça s’arrangeait toujours.

Cent mètres plus loin, un sentier partait vers les bois, avec une petite cabane en rondins au bout. Pas de traces au sol. J’ai fait une marche arrière, et direction la tour.

— Elle est où ? demandait Edgar à mesure que nous approchions. Maman est où ?

— Pas loin, j’ai lâché.

J’ai roulé jusqu’à la tour et je me suis engagé sur le rond-point. Personne en vue.

— Elle est pas là, a soupiré Ninon.

— Ouvrez l’œil, tous les deux. Chacun regarde de son côté.

Nous avons fait le tour du rond-point. Deux fois, trois fois. Jai regardé par la fenêtre de la cabane, j’ai pointé la lampe torche vers l’intérieur, l’endroit était vide depuis longtemps. Merde, à quoi rimait tout ce bordel ?

Nous roulions au pas, dans un sens puis dans l’autre. Personne. Je sentais mon cœur battre plus vite et, plus j’en prenais conscience, plus, par un inévitable effet d’entraînement, mon niveau d’angoisse grimpait. Les yeux plissés, je me penchais vers le pare-brise en jurant. Les phares fouillaient la nuit mais avec la neige, on n’y voyait pas à dix mètres.

Je suis revenu vers la tour et, une nouvelle fois, j’ai garé la voiture. J’ai éteint le moteur. Nous étions seuls, incurablement seuls. Personne ne montait au Champ-du-Feu après la tombée de la nuit. Mains en paravent, les enfants regardaient par la fenêtre.

— Vous, vous ne bougez pas, j’ai dit.

Je suis sorti, refermant le col de ma doudoune, et je me suis mis à appeler.

Marie !

Ma voix portait si peu. J’ai mis mes paumes en cornet et j’ai hurlé. La neige me giflait le visage. J’ai cavalé jusqu’au pied de la tour. La porte était verrouillée. J’ai secoué la poignée quand même. Je n’avais même pas pris mes gants. J’ai composé son numéro sur mon portable. Aucune tonalité – « Vous êtes bien sur le répondeur de Marie, laissez un message, » J’en ai laissé un, le plus gentil du monde, et je suis retourné à la voiture.

— Papa ?

La voix de Ninon était étranglée. Je lui ai dit que je revenais tout de suite, « Tenez-vous tranquilles, tous les deux, je vous jure, c’est pas le moment. » Edgar, lui, chantonnait de nouveau et, à présent, se balançait d’avant en arrière. Ça commençait à ressembler à un film de série Z.

Je me suis remis à courir. À courir et à hurler en traversant le terre-plein. Mes chaussures fourrées s’enfonçaient dans la neige avec des crissements humides. Des rafales me coupaient le souffle, cinglantes. Je n’y voyais pas grand-chose.

Arrivé de l’autre côté, mains sur les cuisses, je me suis arrêté pour scruter les sous-bois. « Merde, sifflais-je entre mes dents. Merde, à quoi tu joues, Marie Lavergne, qu’est-ce qui se passe ? »

Je la voyais, grimpant dans une voiture, sa chevelure constellée de flocons, la bouche entrouverte, fraîche et heureuse, Libérée. Peut-être qu’elle avait donné rendez-vous à ce connard. Peut-être qu’ils avaient préparé tout ça et…

Je me suis arrêté. Allons, allons, qu’est-ce que tu racontes, mon vieux, où tu vas ? Jamais elle n’aurait fait une chose pareille. Elle est en danger. Elle est seule, seule dans la nuit la plus froide et la plus venteuse de l’année, et la neige couvre ses empreintes, putain.

Je l’imaginais, affalée dans un ravin. Assise contre un arbre, hurlant en vain contre la tempête. Elle tremblait. Ses larmes gelaient sur ses joues.

Je suis reparti vers la voiture. Une portière s’est ouverte, Edgar a fait trois pas. J’ai hâté l’allure.

— Hé! Hé! Qu’est-ce que tu fabriques ? Remonte, mon grand, remonte tout de suite !

Il me dévisageait, désorienté. Je l’ai saisi par les épaules, j’étais sur le point de le secouer, je l’ai repoussé vers la voiture.

— Je veux maman, il a pleurniché.

Je le tenais par sa capuche. Je me suis essuyé les yeux et j’ai levé la tête. Nuit sans lune, nuit noire et perfide. À part les phares, rien n’éclairait.

— Marie !

J’ai hurlé encore, une fois, dix fois, je me tournais de tous les côtés comme une toupie. Edgar est remonté dans la voiture, sa sœur lui tendait les bras, « Viens, viens, tu fais quoi ? ». Il s’est hissé, et j’ai refermé sa portière.

Sans attendre, j’ai filé de l’autre côté de la route. J’avais cru voir…

Non. Non, nulle part. Et la neige qui tombait de plus belle ! Ma doudoune blanchissait, mon armure matelassée. Je soufflais des nuages d’haleine glacée, mes pensées s’embrouillaient, gelaient sur place.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés là-haut. Je me souviens que je respirais mal et que mes doigts étaient endoloris. Je suis remonté derrière le volant et j’ai fermé les yeux, j’ai inspiré à fond – la mère de toutes les inspirations.

Marie est redescendue, j’ai pensé. Évidemment, qu’est-ce que tu crois ? Elle est déjà au village, oui ! Elle fait du stop, Putain, tu es grotesque. »

Extrait

« Que pourrais-je répondre à ça ? Que pourrais-je répondre à cette femme qui a été la mienne, qui l’est encore et que je n’avais pas touchée depuis sept années longues et sèches ? Que répondre à l’ami qui m’encourage à cesser tout contact trop rapproché, trop confiant avec la logique ? Que répondre aux parents, aux enfants, aux amis qui, tous, se concoctent une histoire différente, et attendent de moi que je lui donne un sens ? Dans l’obscurité brouillée, la main de Marie trouve la mienne. On dirait que les étoiles ont quitté ce ciel pour un autre. » p. 158

À propos de l’auteur

Fabrice Colin © Photo Bruno Lévy

Quatre fois lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire, auteur de nombreux textes pour la jeunesse, Fabrice Colin a également écrit des pièces radiophoniques, des scénarios de bandes dessinées, des thrillers et des romans de littérature générale. Il est aussi journaliste et collabore avec LiRE et Le Canard Enchaîné. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

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