Rebecca, dans l’ombre d’Hollywood • Michel Moatti

Rebecca, dans l’ombre d’Hollywood Michel Moatti

Rebecca, dans l’ombre d’Hollywood Michel Moatti

Éditions Hervé Chopin, 2025 (235 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

Au crépuscule de sa vie, Judith Anderson, célèbre pour son second rôle dans Rebecca d’Alfred Hitchcock, se souvient de la suite d’événements survenus à l’automne 1939, lors du tournage à Hollywood. 
Des meurtres de jeunes femmes, gravitant toutes autour du monde du cinéma, se succèdent dans West Hollywood. Dans le même temps, les incidents se multiplient sur le plateau, venant perturber le quotidien de stars lancées dans une féroce compétition pour occuper le devant de la scène. Ombres du passé, meurtres inexpliqués… Les morts se mettent à tourmenter les vivants et les personnages de fiction envahissent le réel.

La première phrase

« Je m’appelle Judith Anderson et beaucoup d’entre vous connaissent mon visage. Pour les plus cinéphiles, il est même entré au panthéon des grands méchants du grand écran. »

Mon avis …

Journaliste français et écrivain, Michel Moatti se glisse ici dans la peau de Judith Anderson, une actrice célèbre pour avoir incarné au cinéma la cruelle et glaciale Mrs Danvers. Nous sommes en 1939. Alfred Hitchcock fait ses premiers pas à Hollywood, adaptant ici l’un des romans les plus connus de Daphné du Maurier : Rebecca. Par sa plume, Michel Moatti retranscrit l’envers du décor de ce Hollywood qui fait tant rêver… Loin des paillettes, les nouvelles vedettes (qui ne connurent parfois qu’une carrière éphémère) se livrent une compétition sans merci dans l’espoir de décrocher un contrat dans les studios de Los Angeles. Si certaines s’en sortent haut la main, comme Vivien Leigh, Laurence Olivier ou encore Olivia de Havilland, d’autres se cassent les dents. Jusqu’à plonger dans la drogue ou penser au suicide face aux règles impitoyables du star-system. Aucune intimité : tout se sait à Hollywood ! Et les rumeurs les plus folles, parfois totalement infondées, peuvent aussi suffire à briser une carrière.

Michel Moatti nous embarque ici en plein tournage, au cœur des trois mois de travail qui auront réuni de nombreuses célébrités. L’occasion de croiser un Hitchcock bedonnant, terrifiant les acteurs par sa rigidité et ses exigences, mais ne se détachant jamais de son humour ; où encore Vivien Leigh qui, après avoir brillé en Scarlett O’Hara (Autant en emporte le vent) impose sa présence ainsi que ses humeurs afin de surveiller son fiancé : Laurence Olivier. Mais surtout, Vivien Leigh ne digère pas du tout que le premier rôle lui soit passé sous le nez, au profit de Joan Fontaine, actrice à la carrière jusqu’ici insignifiante.

L’auteur fait ici le choix de mêler fiction et réalité. Nous suivons les souvenirs et confidences de Judith Anderson, alors second rôle dans Rebecca, tout comme nous découvrons l’existence d’un serial killer œuvrant tout près des studios de tournage… Le Nocturne s’attaque à de toutes jeunes femmes dans les quartiers de West Hollywood, Culver City et Santa Monica, leur fracassant le crâne avec une masse ! Michel Moatti nous l’indique : ces meurtres ont malheureusement réellement eu lieu (entre février 1939 et l’automne de cette même année).

Cet écrit ne se concentre cependant pas sur l’enquête policière, mais bien sur l’atmosphère de tournage, les inimitiés et rivalités entre les stars. Il est évoqué la relation tendue entre Joan Fontaine et Olivia de Havilland, pourtant sœurs. De même que les manigances de Joan Crawford, prête à tout pour regagner son statut de star de l’âge d’or d’Hollywood. Enfin, afin que Joan Fontaine colle au rôle de la nouvelle Mrs de Winter (une jeune femme plutôt gauche et effacée dans le roman de Daphné du Maurier), Hitchcock ne ménage pas ses efforts : il aurait ordonné à toute l’équipe de tournage d’ignorer superbement l’actrice tout en se montrant peu amical, et ce afin de générer un complexe d’infériorité. De là à parler de harcèlement, il n’y a qu’un pas. Chacun opine cependant du chef, peu enclin à voir sa carrière dégringoler en s’opposant au maître du suspense.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Je la conseille bien évidemment à celles et ceux qui ont lu le roman de Daphné du Maurier ou vu l’adaptation qu’en a fait Hitchcock. On retrouve de nombreuses anecdotes de tournage, et l’on apprend beaucoup sur les têtes d’affiche de l’époque. Judith Anderson se montre plutôt bonne camarade, et l’on se plaît à suivre ses pensées. Son amitié avec Laurence Olivier est plutôt touchante, et l’on ressent l’admiration qu’elle voue à Hitchcock (même si les défauts du réalisateur ne sont pas passés sous silence).

J’ai donc passé un bon moment en compagnie de ce livre qui m’aura fait voyager dans le Hollywood de la fin des années 30. J’ai apprécié ce voyage, même si celui-ci me semble exclusivement indiqué pour les personnes qui connaissent déjà l’intrigue de Rebecca (les autres lecteurs risqueront de s’y perdre). Je n’ai maintenant qu’une hâte : revoir le film pour faire des temps d’arrêt sur les personnages secondaires mentionnés dans le livre, ou pour le plaisir de revisionner certaines scènes marquantes. Mais encore une fois, rien ne vaut l’œuvre originale. Alors, si ce n’est pas déjà fait : foncez lire Rebecca pour découvrir ou retrouver l’univers de la grande Daphné du Maurier (qui fait partie de mes autrices favorites) !

Extraits …

« À Hollywood tout le monde parle, mais personne ne dit la vérité. Surtout, la vérité sur soi. Impossible. Vous sortez immédiatement des carnets des castings et votre carrière se jouera au fond d’un placard. Hollywood est le pays des mots en trompe-l’œil, autant que des décors artificiels. »


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