Monnaie de singe • William Faulkner

Monnaie singe William Faulkner

Monnaie singe William Faulkner

Éditions Flammarion, 2024 (396 pages)

Ma note : 12/20

Quatrième de couverture …

Le lieutenant Donald Mahon, gravement défiguré par une blessure de guerre regagne sa Géorgie natale : affaibli, mutique, il n’est bientôt plus qu’un mort-vivant autour duquel gravitent trois femmes qui se disputent sa possession. Récit d’une initiation impossible où s’entremêlent le désir et la mort, Monnaie de singe, premier roman de William Faulkner, porte en germe toutes ses œuvres à venir.

La première phrase

« Lowe Julian, matricule…, hier cadet d’aviation, N-ième escadrille de l’Air, surnommé N’a qu’une aile par les autres as en herbe de son escadrille, considérait le monde d’un œil jaune et maussade. »

Mon avis …

La Grande Guerre est terminée. Blessé à la tête, amoindri et presque aveugle, le lieutenant Donald Mahon s’apprête à retrouver les siens en Géorgie, au sud des États-Unis. Il est alors escorté de Gilligan, un vétéran, et Mrs Powers, une jeune veuve. Seulement le retour de cet aviateur blessé, que tout le monde croyait mort, sème le chaos. Sa fiancée, Cecily Saunders, ne l’a pas vraiment attendu, enchaînant les liaisons et se présentant au bras d’un nouvel homme : George Farr. S’il n’est pas monté au front, celui-ci possède une voiture ! Va-t-elle accepter d’épouser ce désormais inconnu, totalement défiguré ? Père de Donald et pasteur du village, Mahon avait de son côté fait le deuil de ce fils qu’il croyait perdu, s’habituant à vivre isolé avec une unique domestique : Emmy. Ce retour inattendu risque bien de tout bouleverser.

Premier roman de l’écrivain américain William Faulkner, Monnaie de singe (1926) illustre les conséquences désastreuses de la Première Guerre mondiale sur ceux qui ont survécu, les soldats comme les civils. Le désespoir prédomine, avec comme ultime remède pour se remettre de ce traumatisme : l’alcool, le sexe, ou (cette hypothèse n’est envisageable qu’à la toute fin de l’œuvre) la foi.

Trois femmes gravitent autour de Donald Mahon, se partageant les miettes d’un homme désormais présenté comme un monstre de par cette cicatrice qui lui barre une partie du visage. Margaret Powers illustre la femme dans tout ce qu’elle a de force et de dignité. Habillée de noir, s’octroyant le droit de mettre le grappin sur Mahon, elle pourrait se montrer dangereuse. C’est pourtant celle qui, faisant fi des ragots du village, se montrera la plus protectrice envers notre soldat blessé. Cecily, de son côté, nous est présentée comme une toute jeune fille, un peu naïve et ne sachant aucunement quelle décision prendre face à cette ancienne promesse de mariage qu’elle pensait avortée. Au fil du récit, elle s’émancipera, n’hésitant pas à choisir son propre chemin. Enfin, Emmy illustre le rêve amoureux. Elle ne connaît Donald Mahon que par une liaison, très brève, survenue il y a bien des années. Elle idéalise cet instant, qui prend toute la place à ses yeux. Elle se heurtera à la violence de l’oubli puisque Mahon ne la reconnaît pas, tout comme il semble avoir oublié toute cette vie, avant la guerre.

Monnaie de singe fut une lecture étonnante, exigeante. Pas tant dans l’écriture de Faulkner qui se montre (curieusement) plutôt accessible. Plutôt dans les émotions qu’elle m’aura fait vivre. J’ai trouvé l’ensemble terriblement triste, mortifère. C’est très bien écrit : l’auteur construit son récit autour de la nature et du rythme des saisons. Le héros de ce récit n’est même pas Donald Mahon qui, par cette blessure et les conséquences de celle-ci, est un fantôme, un quasi mort-vivant. C’est plutôt l’atmosphère si particulière de ce roman qui occupe la première place. Et je m’attendais sans doute à quelque chose d’un peu différent. Je sais qu’on ne peut comparer deux œuvres, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à Aurélien (de Louis Aragon) pour lequel j’avais eu un énorme coup de cœur. L’écriture était belle aussi. Il était question de l’après-guerre, également. C’était terriblement triste, aussi. Mais j’y avais trouvé cette petite étincelle de vie qui me manque ici. Je suis consciente d’être bien sévère envers ce roman, mais on ne peut évidemment pas contrôler ce que les livres nous font vivre. Ce qui n’enlève rien à la qualité de l’écriture, je le répète. Pour un premier écrit, Faulkner démontre un talent étonnant (il n’avait qu’une vingtaine d’années lorsqu’il a rédigé ce récit !) et signe ici une œuvre marquante, par ses personnages et son atmosphère.

Extraits …

« Aucun bruit dans la cuisine, sauf le tic-tac de la pendule. La vie, la mort, la vie, la mort. Toujours et toujours. (Si seulement je pouvais pleurer !) Elle entendait le vacarme des moineaux dans la poussière et elle croyait voir les ombres s’allonger sur la pelouse. Bientôt, ce sera la nuit, songeait-elle, en se rappelant cette nuit-là, il y avait si longtemps, la dernière fois qu’elle avait vu Donald, son Donald – pas celui-ci ! »


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