Samsara

Samsara

" Samsara "

DEVILLE Patrick

Ce que l'Ecrivain appelle Le projet Abracadabra. Une suite de romans entamée en 2004 avec Pura Vida. Huit romans au total. Un projet qui n'a toujours pas atteint son terme, puisque la dernière phrase de Samsara précise : " Et j'étais impatient de revoir l'Arabie ". Ce qui laisse supposer pour le vieux Lecteur un nouveau voyage et la découverte d'autres personnages qui ont ou non marqué l'Histoire (celle qui a besoin de cette majuscule pour retrouver sa grandeur et sa dignité).

Lequel vieux Lecteur, lui qui est un voyageur immobile, se contente d'emprunter les routes sur les traces laissées par Patrick Deville et donc de passer quelques heures ou quelques jours en la compagnie de personnalités pour lesquelles il éprouve (ou éprouva) de la sympathie. A commencer par Léon Trotski, à l'égard duquel l'Ecrivain exprime bien plus de la sympathie, alors que lui, le vieux Lecteur, s'en tient à cette méfiance qui trouve ses racines (ne trichons pas !) en ses années de bolchevisme militant. Une approche donc divergente mais qui ne retire rien au respect qu'il porte, lui qui lit et ne voyage pas, à Patrick Deville.

Abracadabra. Le huitième tome, en somme. Intitulé Samsara. Un long séjour en Inde, ce vaste pays le plus peuplé de la planète. Un séjour en ces années des confinements par des gouvernements autoritairement démocratiques (nous ne sommes plus à une contradiction près !). Les confins de l'Himalaya. La douceur nimbée d'humidité des provinces du sud. Et comme une obsession la recherche des traces susceptibles d'éclairer ce que furent les vies de deux éminents personnages de l'Histoire de l'Inde moderne : Mohandas Gandhi et Pandurang Khankhoje. Le non violent à qui ladite Histoire attribue à l'Inde son indépendance. Et le combattant plus ou moins marxiste, l'oublié, celui dont les traces sont les plus rares, les moins évidentes. Mais dont les tribulations au cours de la première moitié du 20° siècle lui firent côtoyer à Mexico Frida Kahlo et Diego Rivera puis devenu un scientifique de renom, Alexandre Yersin, lequel Yersin fut le personnage majeur d'un autre roman du projet élaboré par Patrick Deville, Peste & Choléra.

Point besoin d'être grand clerc pour comprendre que le vieux Lecteur est plus qu'à l'aise dans les univers et la compagnie des individus que dépeint l'Ecrivain. C'est une œuvre originale que bâtit Patrick Deville, dont le regard sur le monde contemporain et la faculté à aider à la rencontre (et donc à la connaissance) des quelques-unes et des quelques-uns qui ont aidé à changer peu ou prou notre monde.

" Ces moments de doute, de calme après la tempête, ces moments d'hésitation aux carrefours de l'existence, ces stases pendant lesquelles rien ne se passe mais tout est possible, je les traquais avec minutie depuis des dizaines d'années dans la vie des aventuriers et des révolutionnaires, ces grands perturbateurs de l'Histoire qui saisissent comme une torche l'idéologie à leur portée, prétexte à leur besoin d'action, le colonialisme ou l'anticolonialisme, l'impérialisme ou le communisme, maquillent de leur idéal le goût de la guerre qui est au cœur des hommes, le goût de l'épopée au cœur des poètes, et parfois surviennent à l'improviste la lucidité de l'à-quoi-bon, le réveil étonné devant le songe qui s'estompe. "

Foutre dieu ! que ces quelques phrases-là parlent bien aux oreilles et au cœur du vieux Lecteur !