Les inconnues de l'île d'Orléans, tome 1 : Anne-Françoise (Sonia Alain)

Les inconnues de l'île d'Orléans, tome 1 : Anne-Françoise (Sonia Alain)

Auteur : Sonia Alain

Éditions : Les éditeurs réunis

Paru en France le : 01 juillet 2023

376 pages

Thème : Romance Historique

disponible sur le site de l'éditeur

et sur FNAC / Amazon

Fait partie de la duologie

Les inconnues de l'ile d'Orléans

à la croisée des destins (Barjy L.)Coup de cœur !

 Résumé 

  « Mai 1792. Après avoir été prise en chasse par des révolutionnaires en furie, la famille de Grandmaison quitte la France in extremis, laissant derrière elle ses terres, sa fortune et ses titres de noblesse. Fuyant à bord d’un bateau de marchandises, elle arrive quelques semaines plus tard à Québec, avant de finalement élire domicile à l’île d’Orléans. Pour Anne-Françoise, c’est un soulagement de se retrouver loin du monde qu’elle a connu, croyant enfin avoir échappé au mariage arrangé par son père avec l’infâme Ludovic Clifford. Or, après une visite au magasin général qui tourne mal, la jeune femme prend conscience qu’il ne sera pas si facile de faire sa place parmi les habitants du petit village. Comble de malheur, son prétendant revient la traquer en commettant des gestes plus perfides les uns que les autres pour forcer leur union. Heureusement, Gauvin Lebrun et ses proches, des insulaires voisins, prendront Anne-Françoise sous leur protection et tenteront de lui apporter leur aide. Mais cette aristocrate, arrachée à leur passé et inconnue de tous, pourra-t-elle un jour trouver sa place sur cette île majestueuse qu’elle peine à apprivoiser ? »

 Ma chronique

Il s'agit d'une lecture perso que j'ai lu début décembre et je ne sais pas pourquoi j'ai attendu pour écrire ma chronique, comme pour celle du tome suivant. Bref, me voici avec un coup de cœur pour ce premier volet de cette duologie  en pleine Terreur Française. Enfin le début, nous sommes en France et la Grande Terreur est bien en place. Les Nobles se font massacrer les uns après les autres et il leur faut fuir rapidement, tous autant qu'ils sont. Si certaines familles sont malheureusement bonnes avec leurs employés, cela ne suffit pas et seule la fuite est capable de les sauver. C'est le cas de la famille Grandmaison qui doit échapper à ses assaillants. Bertrand le père est odieux, ne pense qu'à récupérer le plus de possessions possible, mais il emmène malgré tout avec lui sa femme et ses enfants. Si vous saviez pourquoi, cela va vie vous faire déchanter. Albéric est virulent vis-à-vis de son père parce que ce dernier est tout sauf un homme bon, surtout qu'il a décidé de "vendre" sa fille ainée au plus offrant qui n'est autre qu'un homme exécrable. Albéric est protecteur envers ses frères et sœurs, ainsi que leur mère, mais si le père avait pu être oublié sur les quais du port, j'en aurais été très heureuse. Pourtant ce n'est  pas faute au fils ainé d'avoir assommé le père pour l'embarquer dans les valises. Bref, notre famille se voit échapper de peu au sort funeste de la plupart des nobles de l'époque et se retrouvent avec d'autres familles sur le bateau de marchandises du Capitaine Antoine de Savoie qui aura pas mal de rôles à jouer dans cette duologie.

  Albéric, Anne-Françoise, Philomène et Joseph sont les "enfants" de cette famille que nous découvrons un peu plus à chaque page tournée. Bertrand le père, Jeanne la mère et Hubert l'homme à tout faire doivent totalement changer de vie. En partant pour l'île d'Orléans, ils ont tout quitté et doivent recommencer à zéro. Si pour Philomène et Joseph, les plus jeunes, c'est facile, pour Anne-Françoise c'est plus compliquée. Son éducation de jeune femme à marier est véritablement dans l'optique d'être une dame. Mais pour survivre à leurs besoins, elle va évoluer et modifier son comportement. Être hautaine n'est pas forcément dans ses gênes, disons que sa manière d'être est précieuse, mais pour autant elle a un cœur bon et veut bien faire. Apprendre à faire des confitures, du jardin, du pain sont des priorités dans leur nouvelles vies, car les hivers sont rudes. Et qui parle d'hiver, il faut penser à se chauffer également. Albéric prend son envol, il est souvent absent dans ce tome et nous en savons déjà avec des éléments disposés un peu partout dans le récit, et encore plus dans le second. Quant à Jeanne, la mère, elle va devoir se "salir" les mains, mais cela ne la rebute pas. J'aurai adoré en savoir plus sur elle et sa propre famille, car elle tient très bien les rênes de celle qu'elle a crée et son caractère, face à son mari est, je ne dirais pas parfait, mais j'ai adoré la façon de lui tenir tête à ce bourricot. Il n'y a pas d'autres mots pour un homme capable de vendre sa famille pour des terres, de la puissance, des titres de propriétés, bref pour tout et rien. Hubert est un personnage que j'ai beaucoup apprécié, qui connait sa propre valeur et celles de ceux dont il sert (on peut enlever le père dans le lot bien entendu).
  Une nouvelle vie, dans des lieux où la noblesse est mal vu et nous allons la prendre de plein fouet. Sans même chercher à les connaître, cette famille va subir quelques outrages de l'époque et cela aurait pu continuer longtemps si la famille Lebrun n'avait pas mis leurs nez dans cette affaire. Un certain Gauvin qui a déjà un passé compliqué, une maman qui est adorable et n'hésite  pas à prendre soin des siens et des autres sans compter qu'elle pousse pas mal dans un certain sens. Une femme que j'adore et qui va se lier d'amitié avec Jeanne. Les complicités qui vont se créer entre leurs enfants en bas âge et la mère d'Anne-Françoise font très plaisir à voir. Ils arrivent à voir au-delà de l'apparence et savent se souder les uns envers les autres. Une histoire qui aurait déjà pu être simple, des familles qui doivent disparaitre de la France (nous suivons également celle des de Ferrand sur le bateau et nous les entrevoyons par endroit), recommencer à zéro dans un nouveau pays, avec de nouvelles lois, des problèmes en vue, un statut différent, du travail à profusion, des sentiments naissants. Oui, mais voila, avec Sonia, rien n'est aussi simple (oui je sais déjà c'était complexe ce que je vous offrais). Nous avons le père qui est au abonné absent pour bien des raisons, tout comme Albéric, la présence de Gauvin Lebrun qui titille quelque peu, la société qui commence à penser que les nobles français n'ont rien à faire cela et devrait peut-être les pourchasser aussi, la révolution française commence à faire bouger les choses partout dans le monde, sans oublier que pleurnicheur de Ludovic Clifford de mes... bref, arrive à tenir le cap. Méchanceté, trahison, faux-semblants, la vie si simple que Jeanne aurait voulu pour ses enfants est devenue difficile.
    Un tome où il est impossible de se dire que tout est calme. Entre les poursuites meurtrières du départ, les divers rebondissements de la part du passé des personnages, de leur ressenti, de leur vécu, de leur présent et de cet hypothétique avenir de se retrouver entre les pattes d'un fou... C'est tout bonnement renversant ! Le suspense est au rendez-vous et il ne faut pas s'attendre à un long fleuve tranquille, loin de là. Je crois avoir lu tous les livres de Sonia et aucun n'est calme. c'est ce que j'aime dans sa plume, elle est incisive par moment, tout en rondeur à d'autres, apportant un nouveau souffle, de la fluidité, du charme et surtout elle cherche toujours à se rapprocher au plus près des faits réels. Bien entendu, lorsqu'elle dévie, ils sont indiqués en fin de livre, vous ne pouvez pas les louper. Partir de l'Histoire avec un grand H et se retrouver sur une famille qui va tout changer. Je ne parle pas de changer le monde, mais changer sa vie, celle de faire un reset, de recommencer à zéro et de montrer ce dont les Hommes et Femmes de bonnes volontés sont capables de faire : Travailler, ouvrir leurs bras, devenir quelqu'un d'autres et de meilleurs pour la plupart d'entre eux, ouvrir leur cœur. Bien entendu, les rebondissements ne sont pas tous bienvenus, ça je peux vous le garantir, Sonia sait ce que j'ai pensé à chaque fois et heureusement j'évite les gros mots. Tout s'enchaîne, entre les mauvaises nouvelles, les fermetures de portes, le froid qui s'installe, les mesquineries... Les cadeaux de Noël ont intérêt a vraiment être beaux ! C'est aussi des moments où Anne-Françoise ainsi que sa famille vont apprendre les choses simples de la vie. C'est amusant et émouvant de tous les voir évoluer d'une certaine manière, plus ou moins rapidement à leur environnement.
    Gauvin et sa famille sont des gens bien, plein de bonnes volontés, protecteurs envers eux-même. Les regards, les soupirs, les renfrognements, les batailles diverses, un mariage qui pourrait être forcé, des disparitions, des feux déclenchés, des coups de feu et la peur de perdre un être cher. Tout cela n'est que le haut de l'iceberg ! L'aventure dans laquelle nos personnages et donc nos principaux Gauvin et Anne-Françoise est compliquée. Eh oui, une fois de plus ! Entre leur différence de rang, le fait que  Gauvin est un homme, bourru de surcroit, travailleur, n'ayant pas peur de se salir les mains, parlant souvent trop fort au caractère trempé, vivant au village depuis... si longtemps et son passé qui le hante sans cesse... Et puis Anne-Françoise qui est une fleur délicate, fragile, douce, mais démontrant un caractère de feu par endroit, réussissant à se sacrifier à plusieurs reprises pour sa famille. De nombreux bâtons dans les roues, de nombreuses embûches pour les imaginer peut-être un jour dans un bel avenir. Mais avant tout cela, il va falloir surmonter de sacrés obstacles et la première sera sa propre peur. Nous ressentons toutes les émotions, tous les sentiments fortement aussi bien avec eux deux qu'avec les autres personnages. La fuite, le fait de changer de vie va leur donner des aperçus et surtout leur apprendre à ce qu'il faut faire et ne pas faire. Un apprentissage dur, mais nécessaire et de surcroit, il démontre également la capacité de chacun à s'adapter aussi bien aux gens qu'au climat.
    En conclusion, un premier tome qui a été un coup de cœur monumental. Une histoire de famille qui doit tout quitter, faire des choix les forçant à se séparer par moment pour assurer le mieux aux plus jeunes. Une histoire qui aurait pu arriver à n'importe quelle famille de noble à cette époque où la vie n'était plus aussi précieuse pour le peuple. Le côté historique est admirablement bien fourni et la romance prend sa place, certes, mais les personnages n'ont pas de gestes qui ne vont pas en adéquation avec le récit. Des personnages qui évoluent en se collant le plus possible à la réalité. C'est une plume envoutante et entraînante que j'ai eu entre les mains. Du début à la fin, nous avons le cœur qui palpite, les mots prêts à sortir d'entre les lèvres pour râler (hum en fait ils sont sortis chez moi) et une fin digne de ce nom ! J'adore quand un plan se déroule sans accroc et vous me connaissez à force, je vous recommande de découvrir ce titre avec un immense plaisir.

 Extrait choisi :  

 « — Qui est cet homme ? répliqua-t-il d'un air bourru en désignant Gauvin du doigt, sans même répondre à la question que sa sœur lui avait posée.
Anne-Françoise fulmina davantage. Son frère se comportait comme le dernier des crétins et faisait preuve d'un manque embarrassant de savoir-vivre.
— Il s'agit de l'un de nos voisins venus nous prêter main-forte pendant votre absence, à père et à toi, dit-elle avec froideur. Sans son aide, ainsi que celle de sa famille et de ses amis, nous n'aurions probablement rien pour passer l'hiver, poursuivit-elle d'un ton accusateur, ni nourriture ni bois pour nous chauffer. La moindre des choses serait que tu te montres poli avec lui, termina-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
Albéric perçut la réprobation évidente de sa sœur avec une acuité dérangeante. Il était vrai qu'il avait été parti durant une longue période, sans songer à ce qu'il advenait des siens.. »

Les inconnues de l'île d'Orléans, tome 1 : Anne-Françoise (Sonia Alain)


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