Les Âmes vagabondes

Par Mana_


Melanie Stryder est une rebelle. Notre Terre a été envahie par un ennemi invisible. Petit à petit, les âmes vagabondes s’emparent du corps des hommes en neutralisant leur esprit. La quasi-totalité de l’humanité a ainsi succombé. Melanie Stryder fait partie du dernier groupe d’hommes libres. Lorsqu’elle est capturée par les Traqueurs, on lui insère Vagabonde, une âme exceptionnelle qui a déjà connu plusieurs corps. Elle sait les difficultés d’envahir un humain hostile : les émotions dévastatrices, le tumulte des sens, les souvenirs trop vifs. Et Vagabonde rencontre un obstacle supplémentaire : l’esprit de l’ancienne propriétaire résiste. L’âme explore les souvenirs de Melanie dans l’espoir de découvrir l’endroit où se cachent les derniers résistants humains. Mais à la place de ces informations, Melanie submerge Vagabonde par les images de l’homme qu’elle aime – Jared, un humain encore en cavale. Incapable de se dissocier des pulsions de son corps d’emprunt, Vagabonde commence à aimer l’homme qu’elle est censée livrer aux autorités. Face aux pressions extérieures, Melanie et Vagabonde se retrouvent alliées malgré elles ; commence alors pour elles la quête incertaine et périlleuse de cet homme dont elles sont toutes deux amoureuses.

Pourquoi ce livre ? C'est une relecture que je voulais faire depuis longtemps afin qu'une chronique apparaisse sur le blog. Je l'ai lu au lycée, il y a donc environ dix ans, et certains souvenirs restaient frais dans ma mémoire, notamment grâce au film.
Les Âmes vagabondes m’a surprise, à nouveau, pour sa maturité. Loin de l’image young adult que j’en gardais, ce roman nous dépeint un monde de science-fiction qui fait froid dans le dos, où les humains deviennent les hôtes d'extraterrestres aux corps certes magnifiques, mais à la présence totalement destructrice. De là, alors que les deux héroïnes connaissent une situation totalement inédite, va naître de multiples réflexions sur ce qui définit l’humanité.
Si je suis conquise par le message final et par les différents personnages rencontrés, j’ai, encore une fois, eu du mal à me plonger dedans. Le début est trop long. Extrêmement, excessivement rébarbatif. Je comprends que la mise en place est nécessaire, que la rencontre entre Vagabonde et Mélanie oblige une lenteur, comme pour un couple qui apprendrait à se connaître et se comprendre. Mais c’est trop long, amplifié par la neutralité et la bienveillance excessives de l’espèce extraterrestre. Il faut attendre presque le quart du livre pour pleinement entrer dans l’intérêt du roman, à savoir le comportement inter espèces et par conséquent le soulèvement des questions morales et la fameuse définition de ce qu’est l’humanité.
En dehors de cela, je suis conquise. Alors pourquoi ce simple 13 ? Etrangement je n’ai pas été dégoûtée par la romance, et le fameux triangle amoureux - même si le revirement de pensée de Ian, mon personnage préféré malgré son côté mièvre et pot de colle, manque de cohérence par sa brutalité. Les romances ne sont en aucun cas une partie de plaisir dans mes lectures, seulement ici ce triangle permet justement de soulever des réflexions intéressantes, devenant ainsi un outil plutôt qu’une fin. J’ai bien mieux accepté cette forme qu’une simple romance qui défoncerait l’intérêt d’un roman lambda. J’ai mis 13 pour la longueur, comme je l’ai développé auparavant. S’ajoutent à cela des répétitions tout au long du récit, notamment liées à la psychologie des deux héroïnes. Je peux excuser le besoin de ressasser pour avancer dans ses décisions, cela dit quand ça a lieu sur cinq cents pages, ça finit par devenir trop redondant pour être apprécié.
La fin fut en revanche très belle et j’ai même pris en pleine face une émotion à laquelle je ne m’attendais pas. L’amitié est mis en valeur, autant que l’amour, et l’épilogue fut le passage idéal pour le message d’espoir. Clairement, il y aurait de la place pour une suite, étant donné tout ce qu’on perçoit en l’espace de deux pages, mais je suis finalement satisfaite que Stephenie Meyer s’en soit abstenue, car cela laisse toute la place à l’imagination de son lectorat.
J’ai apprécié la plupart des personnages, même Kyle le connard, même la Traqueuse, parce que chacun présente des caractères variés et soulève des moments de tension ou au contraire d’apaisement, si bien que les scènes s’enchaînent parfaitement. Evidemment, j’ai ma préférence : Ian donc, une véritable bouée d’air frais et un soutien sans faille pour une âme incomprise, Jamie, le frère crédule qui adore sa soeur et finit par adorer le parasite en elle, Jeb pour sa malicieuse curiosité, Doc pour sa gentillesse faillible, et même Jared, malgré son sale caractère et son égoïsme. Bien d’autres noms sont inoubliables, et j’avoue avoir versé ma petite larme dans des moments dramatiques, notamment ceux qui concernent Walter et Wes.
Ca pêche un peu au niveau du style d’écriture. Je ne sais pas si c’est dû à la traduction ou si c’est également le cas dans la version originale mais je trouve que ça manque de finesse, pour un roman qui se veut finalement destiné à un public suffisamment mature. Ca se lit tout de même bien, en dépit des répétitions qui m’ont conduite à sauter quelques passages barbants.

Inconsciemment je voulais absolument avoir un avis négatif sur ce roman, pour aller à contre-courant et ne plus être solidaire de l’apogée de l’autrice. C’est un comportement débile et je suis contente que ma lecture m’ait recadrée. Parce que Les Âmes vagabondes est un bon roman de science-fiction, avec une intrigue originale et des réflexions importantes sur notre société et notre manière de communiquer, de faire face aux autres. Oui, il y a encore une romance, un peu dérangeante dans certaines situations, mais je considère que cela sert le propos. Dommage que le début soit si long, si vide, avec pas mal de répétitions dans la psychologie des deux héroïnes, car cela aurait pu s’avérer une excellente lecture. Le roman ne s’en sort pas si mal, et je retiendrai davantage les meilleurs côtés et les personnages attachants.

13/20