Batman the knight : devenir batman avec zdarsky et di giandomenico

Par Universcomics @Josemaniette

 Vous connaissez tous l'histoire, alors est-il encore nécessaire de la raconter, une nouvelle fois ? Chip Zdarsky prend le pari que oui, et nous livre une dizaine d'épisodes où une version inédite des origines de Batman est offerte aux lecteurs. Le jeune Bruce voit ses parents assassinés sous ses yeux, et depuis, ses nuits sont peuplées de cauchemars, qu'il ne parvient pas toujours à maitriser. Durant ses années d'étude, une sorte de sentiment de vengeance sur la vie et sur ceux qui tyrannisent les autres commence à poindre. Les camarades qui se comportent comme des harceleurs sont punis, avec les poings, puis avec la rouerie de celui qui est capable d'échafauder des plans complexes, portés par une intelligence supérieure. Ce Bruce Wayne là finit même devant le psychiatre, le redoutable Hugo Strange, ici chargé de soumettre son patient à des séances d'hypnose, qui se terminent par la énième démonstration que Bruce n'est pas le premier venu, et qu'il n'est pas aisé de le manipuler. A un certain point du récit, Bruce s'entend dire "tu es en train de forger ton armure, parce que tu crois pouvoir devenir invincible" : c'est bien de cela qu'il s'agit. Lire des livres, étudier toutes les techniques de combat rapproché, savoir devenir un parfait cambrioleur et se mêler aux criminels, ou en tous les cas à la mauvaise vie, pour en comprendre les mécanismes, voilà quelques-unes des missions que le jeune homme va devoir être en mesure d'affronter, s'il veut un jour devenir ce qu'il pressent pouvoir être. Mais il devra aussi fausser compagnie à son majordome (et père de substitution), Alfred, qui ne supporte pas l'idée de le voir se rabaisser, livrer des combats de rue pour s'endurcir. Le voyage initiatique, que l'on pourrait aussi nommer formation professionnelle, commence à Paris, dans la ville lumière. Bruce fait la rencontre d'une cambrioleuse plus âgée que lui (Lucie) qui n'est pas sans faire écho (vous l'avez deviné) à Catwoman, qu'il épousera bien plus tard. Dans la capitale française, il remonte la piste d'un tueur en série qui égorge ses victimes d'un coup de griffe, et se retrouve embarqué dans une machination qui le dépasse. Avant de se confronter à la mort d'un mentor, encore une fois. 

Le seul problème de cet album est situé dans la mécanique des faits, c'est-à-dire la répétition, une sorte de logique narrative qui se représente sous forme de cycles. Un coup en Corée du Nord ou en Russie, un coup en Colombie Britannique, à chaque fois Bruce Wayne est sur les traces de quelqu'un qui pourra lui enseigner un art particulier, c'est-à-dire une compétence qui lui permettra de devenir un jour Batman. Il est accompagné par Anton, un "collègue" qui semble être animé par des motivations différentes des siennes et qui est même capable de le dépasser dans beaucoup de domaines. Une amitié destinée à se briser lorsque les masques finissent par tomber et que Bruce se rend compte que la pureté d'intention qui l'anime n'est pas celle de son partenaire. Tout ceci débouche sur un grand final qu'on sent venir avec un peu d'expérience, juste après l'ambition démesurée de se frotter à la magie, lorsque Bruce Wayne se forme au contact du père de Zatanna Zatara, jolie magicienne avec qui il a noué une relation sincère depuis ses plus jeunes années. Si le récit n'est pas des plus anti conventionnels, il a au moins le mérite de combler des blancs dans une période de la vie de Bruce Wayne qui n'est pas si souvent abordée dans les comics; l'occasion de faire un petit mélange entre ce que proposait la trilogie de Nolan et la version de Matt Reeves, avec un justicier en devenir plus jeune et faillible. La colère est la volonté inflexible de ne pas guérir d'une blessure primordiale sont les carburants d'un homme qui gratte encore et encore une plaie béante et refuse de tourner la page. Un masochisme émotionnel nécessaire pour que le Dark Knight se cristallise, année après année. Zdarsky a un argument de poids pour l'aider dans ce tableau ambitieux, en la personne de l'Italien Carmine Di Giandomenico. Le style toujours aussi nerveux et incisif de ce dernier convient à merveille aux dix épisodes de The Knight. On sent qu'il a eu le temps et la motivation nécessaires pour donner le meilleur de lui-même; il n'y a pas une seule planche qui déçoit et la mise en page est un régal d'efficacité et d'énergie. Faire du Batman sans Batman, embrasser et éclaircir les nombreuses années qui forgent Bruce Wayne en son avatar encapé, ce n'est pas une sinécure. Cette histoire parvient à garder le cap et à ouvrir des pistes intrigantes, qu'il serait possible de creuser un peu plus à l'avenir. Voilà déjà en soi de quoi se réjouir, d'autant plus que c'est beau, très beau à feuilleter et à lire. 


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