La Maison des Épines

Par Mana_


Ne réveillez pas ce qui dort sous la Maison des Épines… Novembre 1900. Mime au cœur brisé, Sonho assiste à la fin du légendaire cirque Beaumont, qui ferme ses portes après des décennies à sillonner les routes d’Europe. Le cirque représentait tout pour lui – sa maison, sa famille, ses rêves. Sa mission, aussi, confiée à la troupe par sa fondatrice : le père de cette dernière avait prophétisé la venue d’un orphelin qui changerait le monde, un enfant que Sonho espérait plus que tout retrouver. Résigné, perdu, le mime abandonne tout derrière lui. Il suit alors sa sœur Augusta, qui souhaite ouvrir un orphelinat afin de mettre les enfants du cirque à l’abri. Et quoi de mieux que la demeure dont elle a hérité de ses ancêtres pour y installer tout ce petit monde ? Situé au cœur d’une forêt non loin de Londres, le domaine de Blackthorn Hill ressemble à un paradis. Mais comme dans toutes les vieilles bâtisses, l’on y croise des ombres et des rumeurs, des mystères insondables, des vérités qu’il ne faut surtout pas exhumer. Que cache la Maison des Épines ? Quels secrets renferme-t-elle, ainsi protégée par son armée de prunelliers ? Qu’y a-t-il derrière cette porte fermée à clef dans le sous-sol ?

Un grand merci à Rozenn Illiano (lien vers son site) pour ce partenariat !
Pourquoi ce livre ? Le résumé ne me tentait pas forcément au départ, c’est le dernier paragraphe qui a provoqué le déclic. Empli de mystères, l’autrice a su trouver les bonnes questions pour titiller ma curiosité. Ajoutez à cela mon amour de son style littéraire, il n’en fallait pas plus pour me convaincre.
La Maison des Épines est vraiment excellent, à deux doigts du coup de cœur. Ce qui veut dire que, comme d’habitude, je vais avoir une pression monstre à partager émotions et ressenti sur cette lecture qui, je vous l’assure, vaut plus qu’un coup d’oeil.
Le début est déjà excellent. Malgré quelques longueurs nécessaires à la mise en place des personnages et du décor, j’ai été très vite happée par les mots et surtout par l’ambiance qui se dégage de ce XXe siècle. Les longueurs sont très rapidement remisées aux oubliettes puisque Rozenn Illiano avance ses pions sans tarder, créant une double temporalité - procédé qui me plaît toujours autant puisque cela donne du rythme, de l’intensité et du mystère. J’ai adoré le décor du cirque, qui alimente énormément les domaines du rêve et du fantasme, domaines dans lesquels l’autrice est particulièrement douée. Elle sait poser les ambiances en rapport à eux et elle sait exploiter leurs mécanismes pour rendre son récit cohérent et envoûtant. Autant vous dire que je n’ai pas pu lire ce roman d’une traite, ce qui m’a frustrée, mais qu’à chaque plongée entre ces lignes se profilait une grosse session de lecture !
Le mystère perdure quasiment jusqu’à la fin du récit, où tout s’accélère alors, une fois que les personnages ont les clefs en mains. J’ai adoré le fait que les informations sont distillées au compte-gouttes, ce qui permet de se concentrer sur l’ambiance et l’émotion de chacun. L’attention se concentre évidemment sur Sonho, mais également sur d’autres personnages comme Isaac, Arthur et des personnages féminins comme Augusta, Rose et Mary. Car en dehors de l’atmosphère parfaite, ce sont les personnages et les liens qui les unissent, tant dans le passé que dans le présent, qui font le sel de cette lecture. Suivre leur cheminement dans ces aventures tortueuses fut un vrai régal et l’émotion est si forte que je l’ai partagée à plusieurs reprises. Pour autant je n’ai ressenti aucune préférence envers l’un ou l’autre des caractères, tout simplement parce qu’ils sont tous très différents et se complètent à merveille dans cette intrigue. La toile qu’ils tissent est bien plus attirante que l’individualité, même si le personnage torturé est vraiment intéressant à suivre.
Au final, je suis conquise par l’ensemble mais je relève deux petits défauts. Le premier concerne la fin de l'œuvre, que je trouve trop rapide là où tout le reste du roman prend son temps, malgré des péripéties haletantes. J’ai aimé cette fin émouvante, malgré sa dureté, seulement j’aurais voulu que les choses se bousculent moins vite : Sonho comprend trop soudainement, ce qui m’a peu convaincue… L’autre défaut concerne le style de l’autrice. Avant d’en parler, je tiens à préciser que j’ai lu la version non corrigée, possiblement la chose a pu être retravaillée avec la correctrice et donc disparaître de la version commerciale. Je me suis rendu compte d’un tic de langage et difficile de sauter dessus ensuite, même si j’essayais de me dire que ça pouvait être voulu. Bref, très souvent la phrase commence par un sujet, puis une virgule, une insistance sur le sujet et une autre virguler avant le déroulé de la phrase. Par exemple “Augusta, elle, …’. Pour un style qui est autrement fluide, cela alourdit énormément le texte et hache la lecture inutilement. C’est évidemment un ressenti personnel.
Et pourtant, je suis envoûtée par ce style. Rozenn Illiano compose dans le rêve et le fantasme, ce que je disais ci-dessus, et son style d’écriture est en parfaite harmonie avec cela. C’est d’une telle douceur, d’une telle poésie, ça coule sur la langue et ça déroule le tapis jusqu’à la fin. Si on aime l’ambiance qu’elle crée, on ne peut pas ne pas aimer le style d’écriture qui forge l’ensemble.

La Maison des Épines n'est pas passé loin du coup de cœur. J'ai très vite succombé à l'intensité et au réalisme de cette ambiance à la fois mystérieuse et onirique, portée d'une main de maître par une plume sublime. L'intrigue louvoie, prend son temps, jusqu'à l'accélération finale. Du début à la fin j'ai été happée par cette lecture et lire le point final fut un petit déchirement. C'est une excellente porte d'entrée dans l'imaginaire de Rozenn, avec des personnages forts et des thèmes creusés.

17/20