Louis Calaferte (2)

Par Site3p

Première rencontre avec Louis Calaferte

En 2001, alors que je jouais souvent avec la même partenaire, une autre amie metteur en scène nous proposa de monter avec elle " LES VEUFS ", une pièce de théâtre de Louis Calaferte.

Cette pièce se tient dans un cimetière, et propose la rencontre entre deux personnages : une femme, qui vient fleurir la tombe de son mari, et un homme qui se tient sur la tombe voisine où repose sa femme.

S'engage alors un dialogue, irréel, entre les deux. Irréel parce qu'il est évident que cette histoire n'a pas été vécue, et que tous leurs échanges ne relèvent que des lieux communs. Malgré une apparence triste, cette pièce est profondément drôle.

Les protagonistes en viennent même à chanter debout sur les tombes. On rit et on grince des dents.

Nous l'avons jouée à plusieurs reprises, en des lieux et face à des publics différents. L'accueil du fut chaque fois un succès.

Requiem des vivants. Portrait de la mère.

Ce couple épique : mes parents.

Alors moi aujourd'hui, je vous crie salauds à vous deux !

Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n'ai pu retrouver ta trace. J'aurais bien aimé pourtant.

Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t'affolaient.

Si tu vis quelque part, sache que tu peux m'offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance.

Si tu savais ce que c'est qu'une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir et m'enfanta par erreur.

Une femme n'est pas mère à cause d'un fœtus qu'elle nourrit et qu'elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire.

Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence.

Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce.

Si tu n'es pas morte, je te retrouverai un jour et tu paieras cher, ma mère.

Cher.

Garce.

Francis Baronnet-Frugès

Café Littéraire de Valréas

27 janvier 2022