Mon corps pour une coupe - Audrey Lacarde & Marie Leduc Lusteau

Par Khiad

Un témoignage poignant !


Je vais t'appeler A. car je ne supporte plus la moindre trace d'intimité ou d'affection.

Tu ne seras plus jamais un prénom, ni même un nom, cela t'humanise trop.

Tu seras réduit à une lettre, la première de l'alphabet, celle qui me claque aux oreilles, celle qui est à l'origine de mon prénom que j'ai encore tant de mal à entendre car tu l'as sali par ta bouche que tu as collée à mes lèvres d'enfant.

Avril 2021, il est temps que je me saisisse de ce A pour le faire sonner autrement, pour le porter haut et beau.

Alors je parle maintenant, je crie même, pour te sortir de mon corps, de ma tête.

Je me montre car je compte sur l'image pour que la justice me voie alors que quelques-uns ont baissé la tête. Pour aider des victimes, comme j'espérais que l'on m'aide.

Avril 2021, j'écris mon journal pour qu'enfin mes maux se posent quelque part, s'expulsent de ma tête et me laissent dormir, peut-être...



Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Je voudrais tout d'abord commencer par remercier Sarah et les J'en profite pour valider la catégorie n°50 Concernant la plume, il est toujours difficile de juger une personne qui ouvre son cœur sur les sévices qu'elle a vécu. Même quand c'est par une tierce personne. Néanmoins, j'ai trouvé que Marie Leduc Lusteau retranscrivait de façon poignante les mots et les ressentis d'Audrey Lacarde, même si l'alternance des phrases rapides et courtes avec des phrases plus longues àJe ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire... ^^' Éditions Jets d'Encre pour ce nouveau partenariat.
(Livre non-fiction) du Défi Lecture 2022.
Concernant la couverture, j'aime beaucoup. Pourquoi ? Parce que je suis une ancienne cavalière (et j'espère pouvoir avoir la chance de remonter à cheval un jour) et que cette image me parle, même si j'étais dans l'équitation classique et non dans l'équitation western.
virgules est parfois perturbant.
La préface est assez longue et contient les encouragements et les bons sentiments de beaucoup de personnes, comme ceux de la ministre déléguée chargée des Sports, le président de la FFE (Fédération Française d'Equitation), ses avocats, une députée, des présidents d'associations d'aide aux victimes, Sarah Abitbol grâce à qui Audrey a repris son action en justice...
Je dois cependant dire qu'elle est percutante dans son choix narratif, qui est à la première personne du singulier. Mais elle ne se contente pas de narrer des faits, non. Comme la jeune femme le dit, ce livre est une façon pour elle de se délivrer de son emprise. Alors, lorsqu'elle raconte, ce n'est pas il, mais tu. Il, ça pourrait être n'importe quel être anonyme. Le fait d'avoir choisi le tu donne encore plus de force et de puissance à ce témoignage. Dans un sens, elle confronte son agresseur, même s'il n'est pas en face d'elle. Elle le bombarde de tout ce qu'elle a toujours gardé pour elle, comme une sorte de délivrance, de confession qui la mènera lentement mais sûrement vers le chemin de la guérison.

Cette histoire, ce témoignage, c'est celui d'Audrey, une championne équestre qui a tout pour être heureuse : un mari aimant, de beaux enfants, un métier qui la passionne... mais c'est sans compter sur ce passé qui la hante et la ronge toujours un peu plus chaque jour.Ses parents sont des amoureux des chevaux, ce qui fait qu'elle rentre dansConcernant la fin, j'ai été choquée par la réaction des proches de A. ! J'ai aussi vraiment été peinée pour Audrey, pour toutes les souffrances qu'elle a dû endurer et qu'elle endure encore, mais aussi par la finalité du procès qui l'ampute d'une partie de sa guérison, de sa libération...En résumé, j'ai trouvé ce témoignage vraiment poignant, bouleversant, très fort dans son choix narratif. Audrey a eu le courage de porter plainte, puis de relancer la machine et enfin d'écrire ce livre afin de confronter son agresseur (et son entourage) au mal qu'il lui a fait. Mais aussi dans le but d'aider d'autres potentielles victimes à s'en sortir.
le milieu dès son plus jeune âge et s'y passionne. Vers ses 8 ans, elle fait la connaissance de A., un entraîneur de renom, respecté, encensé. Mais plus qu'une future championne (qu'elle deviendra néanmoins), c'est une proie qu'il voit en Audrey, une proie qu'il pourra façonner selon son envie. Commence alors une longue descente aux enfers pour la petite fille...
Petit à petit, avec ses mots, avec ses sautes d'humeurs, ses menaces et ses cadeaux, ses compliments comme ses insultes, il isole la fillette, ne lui apprend à penser que par lui, à ne voir que lui, à ne vivre que selon lui et lui fait bien comprendre que, sans lui, elle n'est rien et ne pourra pas atteindre ses rêves...
Si j'avais une chose à lui dire ce serait, comme elle l'a mentionné : la honte doit changer de camp. Elle est une victime, une victime qui a réussi à se reconstruire et à fonder une famille malgré l'emprise d'un prédateur. La honte, c'est celui qui a tenté de la briser qui doit la ressentir !
La petite Audrey est fragile, naïve, solitaire et même si elle sent que quelque chose ne va pas, elle n'arrive plus à se dépêtrer du filet qu'A. a patiemment tressé autour d'elle. Elle est soumise, sur ses gardes selon son attitude, adopte une façon de parler juste pour lui plaire, porte ce qu'il lui dit de porter et travaille encore et toujours plus dur.

Jusqu'à ses 14 ans, où l'enfer s'accentue encore avec le premier viol, qui sera suivit de nombreux autres...
Audrey se sent sale, soumise, seule. Elle veut se confier, mais elle n'y arrive pas. Par peur. Par honte.
Même à l'âge adulte où son corps se sera plus son jouet, l'emprise est toujours bel et bien présente, pernicieuse, insidieuse. Arrive le jour où elle a enfin le courage de porter plainte. Commence alors un nouveau combat à mener, celui d'être entendue et reconnue comme victime.

Pour le dévorer, c'est par ici .