Over the rainbow - Constance Joly ♥♥♥♥♥

Publié le 22 mai 2022 par Nathalie Vanhauwaert

 Over the rainbow   -   Constance Joly  ♥♥♥♥♥





















FlammarionParution : 06/01/21Pages : 192Ean : 9782081518650
Prix : 17 €
Prix horizon 2022 ♥♥♥♥♥
C'est Constance Joly et "Over the rainbow"





Constance Joly et les autres nominés, 5 livres à découvrir car cette sélection était vraiment très belle.

Marcel Sel, Sylvie Wojcik, Matthieu Falcone, Emmanuel Flesch, Constance Joly


Présentation de l'éditeur

Prix Orange du livre 2021Prix Horizon 2022
Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.
Constance Joly



Photo Roberto Frankenberg © FlammarionConstance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.
Mon avis
C'est un roman autobiographique courageux, bouleversant, merveilleux que nous propose Constance Joly.  Un témoignage d'amour magnifique à son père Jacques, une des premières victimes à avoir succombé au SIDA.
Constance vient d'être maman, elle invite Justine son amie de jeunesse qui lui assène cette petite phrase assassine "Oui c'est cela je me souviens : il fait partie des vieux homos qui sont morts les premiers"  "le dasse"
Ces mots résonnent "vieil homo" "le dasse", elle réalise ce que son père a souffert, le silence, la honte et la nécessité d'écrire, de remonter le cours de sa vie.  
Jacques a un frère découvert au lit avec un homme à ses 18 ans.  C'est la honte, l'exil et lui qui ressent la même attirance, le refoule en lui.
Il épousera Lucie en 1966.  Jeunes profs engagés, ils montent à Paris en '68, ils partagent leur goût pour la littérature italienne. Constance naît de cette union.
Elle est âgée de sept ans lorsqu'ils se séparent.
En 1976, Jacques a 37 ans lorsqu'il fait son coming-out, ce qui n'est pas simple à l'époque car en '76 l'homosexualité est toujours répertoriée comme une maladie mentale et est considérée comme un délit passible de prison.
Pour Constance, son père vit avec son copain Ivan durant douze ans.  Un couple normal ayant une vie culturelle riche.  Jacques aime particulièrement l'art et la musique, les comédies musicales en particulier ce qui rend le titre "Over the Rainbow" chanté par Judy Garland parfait, cette symbolique forte représentant le combat des hommes et des LGBT...
La maladie arrivera en juin '81, elle sera détectée en 1988, c'est alors que débutera le calvaire de Jacques jusqu'à son départ en 1992.
La plume de Constance Joly est juste fabuleuse, de courts chapitres, les mots justes sans jugement, très poétiques.  Elle nous exprime la honte, le silence, le déni, la maladie, le calvaire subis par les hommes et en particulier par son père, ceux qui ont eu le courage d'être eux-mêmes.  
C'est intense, une écriture riche d'amour et de pudeur.
Elle aborde tous les tabous, la difficulté d'affirmer son homosexualité, l'assassinat de Harvey Milk, la honte, l'arrivée du sida, des traitements, la difficulté de s'assumer, la honte, le déni, l'isolement, le regard des autres.  En 35 ans, 35 millions de morts avant la découverte de la trithérapie.
Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande vivement le magnifique roman de François Roux "La vie rêvée des hommes".
Ma note : ♥♥♥♥♥
Les jolies phrases
Je connais la langue des absents.  C'est toi qui me l'as apprise. 
Tu as été un père discret, emprunté, timide et merveilleux.
J’ai l’impression de tricoter à grosses mailles en écrivant pour te sortir de l’ombre. Entre les points de cette laine de mots passe tout ce que je ne sais pas dire, tout ce que je suis impuissante à inventer, et ce qui, je le sais, fait la vie même : le point serré des émotions complexes, des ambivalences que la multitude des faits dérobe, si bien que je me sens découragée, souvent. Mais je me suis promis d’avancer pour te rejoindre. Mettre au jour tes masques, faire tomber les fictions successives que tu t’es construites pour tenir en équilibre.
Nous sommes les produits d’une vie trouée de mystères, tissée de songes et de dénis. Je suis passée, moi aussi, entre les mailles de tes mensonges.
Je vis, grâce à l’histoire que tu avais voulu raconter au monde, et qui t’avait littéralement laissé sans voix. Je vis grâce à la fiction.
Et je suis ici, maintenant, pour tenter de te rendre les mots.
Comment le monde tient-il encore quand votre existence bascule au fond de l'âbime.
Le silence est le pire des bourreaux.
Le déni est plus terrible que n'importe quelle vérité.
Votre relation est une fleur tenace qui pousse sur un terrain sec et n'a pas besoin d'eau pour vivre.  Elle se nourrit de ce que vous lui donnez : des mots rares, mais profonds. Lucie et toi vous appelez parfois pour partager un peu de ce qui vous lie depuis toujours : la beauté d'une mise en scène de théâtre ou d'opéra.  dans ces échanges ténus se tisse un nouveau langage de tendresse entre vous.  La douceur est ce qui reste de votre amour vaincu.  Tout passe, finalement, la vie et ses enfers, dans le chas de l'aiguille.
Le vie emporte tout, l'amour et les visages de ceux que nous avons aimés, et pourtant nous agissons sans relâche.  Nous nous construisons des digues dérisoires, bientôt emportées.
Elle peut être féroce avec les gens, sauf avec les siens.  Elle agit avec ses émotions comme avec son increvable bégonia, dont elle dompte la pousse en coupant et recoupant ses tiges.  Elle s'est lentement effondrée après ta mort.  Elle ne t'a jamais vraiment quitté des yeux : sa tombe regarde la tienne. 
Il semble qu'aller chez toi c'est quitter un pays pour un autre, où j'adopte d'autres coutumes.
Tu as suivi ton désir et sauté dans ses vagues inconnues, chaque brasse tendant un peu plus tes muscles, déliant ton souffle; tu n'as jamais regardé en arrière, même quand la lassitude te gagnait, ou la peur; tu as offert ton dos à la blessure du soleil, tu as lutté contre la résistance de l'eau.  Tu as perdu des amis dans ta traversée, la famille de ta femme t'a tourné le dos quand elle a compris que tu étais parti avec un homme.  On a menacé de révéler ton homosexualité à l'université où tu enseignes. 
Existe-t-on quand on n'est plus réchauffé par le soleil, quand on n'entend plus la rumeur du monde ?
J'écris pour tourner la page.  J'écris pour inverser le cours du temps.  J'écris pour ne pas te perdre pour toujours.  J'écris pour rester ton enfant.