Finisterrae, tome 2 : Pour qui bat mon coeur - Jeanne Bocquenet-Carle

Par Marie Kacher
Finisterrae2, Jeanne Bocquenet-Carle

Pour qui bat mon coeur

 Editeur : Rageot

Nombre de pages : 246

Résumé : Depuis le départ de Tristan pour l’Angleterre, Katell, restée en Bretagne, cherche à comprendre les raisons de son silence. L’aurait-il oubliée ? En elle résonnent de plus en plus les esprits druidiques et une étrange vision l’envahit... Résolue à profiter du séjour linguistique de sa classe Outre-Manche, elle découvre Stonehenge, où ses pouvoirs se manifestent. Tristan resurgit...

 

- Un petit extrait -

« J'étais coincée. Je pouvais râler, rechigner, pigner, je ne ferais que gagner du temps.

- Nous nous connecterons à ton esprit pour t'accompagner, précisa maman. Tu jeûnes jusqu'à demain soir où nous procéderons au rituel du feu.

Je m'apprêtai à protester.

- Et qui sait, cela te donnera peut-être des nouvelles de Tristan ? Maintenant, fin de la discussion.

Comment tu n'y as pas pensé plus tôt ?

Mais oui, pourquoi ne pas utiliser mes dons pour retrouver Tristan ? Si le téléphone, les mails, Facebook, Twitter ne marchaient pas, pourquoi ne pas utiliser la bonne vieille méthode druidique ?

- OK, répondis-je aux trois femmes. »

- Mon avis sur le livre -

 Il n’existe à mes yeux pas grand-chose de plus frustrant que de devoir attendre plusieurs mois (voire parfois plusieurs années) avant de connaitre la suite (voire parfois la fin) d’une histoire, parce que le tome suivant (qui est parfois aussi le dernier tome) n’est pas encore sorti … C’est d’autant plus frustrant que, parfois, lorsque le fameux tome tant attendu débarque enfin en librairie, vos gouts littéraires ont tant et si bien changés que vous n’avez même plus réellement envie de reprendre le fil de l’histoire. A force d’attendre, vous avez fini par passer à autre chose, et oublier presque complétement l’existence même de cette saga … Mais il y a plus frustrant encore : quand l’auteur décide finalement de ne pas terminer la saga, ou quand l’éditeur décide finalement de ne pas traduire la suite. Pendant des années, on fait miroiter aux lecteurs impatients l’arrivée imminente de la suite, on leur promet que ça arrive, qu’il faut juste patienter encore « un petit peu » … et un beau jour, on leur dit « hé ! bonne nouvelle : il n’y aura pas de suite ! ». C’est quelque chose qui a tendance à me mettre en rogne, car c’est un manque profond de respect envers les lecteurs. Et puis, dernière chose assez frustrante : quand l’auteur s’efforce effectivement d’offrir une suite au lecteur … mais que cette dernière s’avère plus décevante encore qu’une absence de suite. Comme si elle était artificielle, forcée, comme si l’auteur, en annonçant que le premier tome était un premier tome, avait oublié de réfléchir à la suite, et se retrouvait fort démuni au moment de l’écrire …

Depuis le départ de Tristan, parti en Angleterre retrouver sa mère (qui était censée être morte et enterrée, mais qui est en réalité bien vivante … et soigneusement internée pour éviter qu’elle ne dévoile les secrets druidiques à n’importe qui), Katell est inconsolable. Chaque jour, elle espère recevoir de ses nouvelles, un petit mail ou un petit SMS, mais chaque jour, ses espoirs sont déçus et elle plonge un peu plus dans l’apathie. C’est certain : il l’a oublié, elle n’a pas compté le moins du monde pour lui. Tout ce qu’il appréciait en elle, c’est le fait qu’elle est supposée être la super druidesse annoncée par la prophétie et attendue depuis des décennies. Mais Katell ne se sent clairement pas l’âme d’une super druidesse, juste celle d’une adolescente en plein chagrin d’amour. A quoi bon chercher à lire dans l’eau ou dans le feu, à quoi bon saluer le soleil et remercier la terre, si elle doit être à tout jamais séparée de Tristan ? Tout ce qu’elle demande, c’est qu’on la laisse pleurer sur son petit cœur brisé en paix ! C’est sans compter sur l’obsession de Sir John à récupérer les artefacts sacrés de son peuple, sans compter sur l’obstination de sa mère qui sait comment la mener par le bout du nez, et sans compter sur l’excitation grandissante de sa meilleure amie au fur et à mesure qu’approche leur voyage scolaire en Angleterre … Voyage qui pourrait bien prendre un tournant parfaitement inattendu, et indiscutablement druidique !

Nous retrouvons Katell là où nous l’avons laissée : en train de se lamenter parce que son petit copain est parti loin d’elle pour retrouver sa mère, qu’il pensait être morte. Non mais quel égoïsme ! Elle devrait plutôt se réjouir pour Tristan, qui n’a jamais surmonté le « décès » de sa mère, plutôt que de chouiner parce qu’il lui manque, comme si elle était la seule et unique personne au monde à être séparée de son petit copain ! Surtout que cela ne fait que deux semaines qu’il est parti, non d’un petit bonhomme en mousse, et non pas deux ans ! Katell avait déjà cette fâcheuse tendance à m’agacer dans le premier tome, mais là, elle explose absolument tous les records : j’avais vraiment envie de la baffer toutes les deux lignes ! Et cela d’autant plus que Katell réussit à combiner les lamentations incessantes sur l’absence de Tristan, son « seul et unique amour », et le désarroi profond parce que « le beau gosse sur lequel je viens de flasher est finalement déjà en couple avec une peste ». Il faut savoir, tu es amoureuse de Tristan ou de Quentin ? A croire que finalement, Katell ne sait faire qu’une seule et unique chose dans la vie : se plaindre. S’apitoyer sur son sort. Gémir, pleurnicher, chialer, sangloter. S’énerver contre ceux qui ne respectent pas son « immense souffrance » et ne la laisse pas pleurer en paix. Se plaindre à nouveau parce que « c’est trop injuste » et bouder comme une gosse de trois ans à qui on a interdit de prendre un troisième cookie avant de passer à table …

En gros, en disant ça, je vous ai résumé … disons les deux-tiers du livre : autant vous dire que ce n’est pas palpitant pour un sou, et que je me suis sérieusement demandée si je n’allais pas purement et simplement abandonner, plutôt que de perdre mon temps à me coltiner la petite crise d’ado frustrée de Katell. Mais comme le livre est très court, j’ai décidé de lui laisser sa chance jusqu’au bout … et je ne suis pas certaine d’avoir fait le bon choix. Car on a vraiment l’impression que l’autrice n’avait absolument aucune idée de ce qu’elle était censée nous raconter. Le premier tome avait été présenté comme un premier tome, donc elle était bien obligée de nous sortir une suite, mais elle n’avait visiblement pas réfléchi en amont pour savoir si elle aurait de la matière pour cela. Alors … elle a vaguement improvisé, visiblement. Hop, une histoire de pierre qui disparait, quelques petites visions vaguement mystérieuses pour rappeler que Katell est supposée être une druidesse au pouvoir immense, et un voyage scolaire qui permet à l’héroïne de se retrouver en Angleterre, quelle chance ! S’ensuit alors quelques menues visites londoniennes, puis ils terminent (quelle surprise) par Stonehenge, où l’arrivée de Katell fait réagir les pierres (autant pour la discrétion, mais de toute façon, personne ne s’est posé plus de questions que cela …), et au moment précis où elle s’apprête à prendre le bateau pour le retour, imaginez QUI la contacte ? Je vous le mets dans le mille, le fameux Tristan, quel sens du timing !

Ni une ni deux, un petit tour de passe-passe et les deux adolescentes échappent allégrement à la surveillance de leurs professeurs ET des services de sécurité, prêtes à vagabonder dans l’Angleterre et l’Ecosse sauvages pour aller faire … et bien on ne sait pas trop quoi, en fait. On ne saisit pas bien s’ils fuient ou s’ils cherchent quelque chose. Toujours est-il que le grand méchant ressurgit pile au même moment, kidnappe tout ce petit monde, tout fier d’avoir enfin mis la main sur le dernier artefact … mais comme c’est le grand méchant, et que Katell est la big druidesse, hop, en quelques lignes, le compte du grand méchant est réglé, et tout le monde est content (et se marièrent, et eurent beaucoup d’enfants) ! Et c’est fini ! En gros … tout ça, pour pas grand-chose (et je suis gentille en ne disant pas « pour rien »). C’est très expéditif, comme si l’autrice n’y avait pas mis beaucoup de conviction, comme si elle s’était vraiment forcée pour offrir un simulacre de fin à ses lecteurs, comme pour se débarrasser d’une corvée. Ça peut sembler dur, dit comme ça, mais c’est vraiment le ressenti que j’ai eu du début à la fin … Parce que le premier tome était certes un peu prévisible par moment, mais il y avait quand même une intrigue, il y avait quand même des enjeux, un peu de tension. Là … c’était plat. Une succession de chapitres, de scènes, qui ne suffit pas à former une vraie histoire, parce qu’une histoire, c’est vivant, c’est dynamique ! Et une fin bâclée, qui manque de réalisme ET de magie à la fois. Finalement, la fin ouverte du premier tome était préférable !

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai vraiment été déçue par ce second et dernier tome … On a vraiment le sentiment que l’autrice n’avait absolument aucune idée de ce qu’elle était censée faire, alors elle a fait tout et n’importe quoi. Autant le premier tome avait un fil rouge bien défini, avec une vraie menace, avec une vraie quête, avec de vraies péripéties (même si certaines se résolvaient bien facilement, elles avaient le mérite d’exister), autant là, on a le sentiment que l’autrice elle-même errait sans savoir où elle voulait nous emmener. C’est comme si elle n’avait elle-même aucune idée du fil rouge de l’intrigue, de ses enjeux. Alors elle trimballe ses héros d’un endroit à un autre, comme des petits pantins bien obéissants, leur fait vivre quelques péripéties pour donner l’illusion qu’il se passe plein de trucs, puis se débrouille pour que le grand méchant disparaisse du paysage, pour que tout (sans qu’on sache réellement ce que recouvre ce « tout ») puisse reprendre comme avant. Tout est bien qui finit bien, même si on n’a absolument pas compris ce qui n’allait pas, même si on n’a absolument pas compris comment ça s’est réglé. C’est vraiment dommage, car avec tout ce qui était présenté (les légendes, prophéties, pierres magiques, dons surpuissants), il y aurait clairement eu moyen de faire quelque chose d’un peu plus construit, consistant, cohérent … En clair, si vous aimez la culture celtique et druidique, ce n’est pas cette duologie que je vous conseille, car vous resterez vraiment sur votre faim. Par contre, si vous voulez vivre par procuration un « tragique » chagrin d’amour, c’est plutôt le bon roman !