Zagor revient chez black and white avec ... les revenants!

Par Universcomics @Josemaniette

 Cela fait bien longtemps que Zagor a disparu des librairies ou des marchands de journaux en France. Autrefois le personnage avait un public plutôt fourni, à la bonne époque des petits formats en noir et blanc, des "fumetti" italiens publiés par Lug puis Semic. Zagor, l'esprit à la hache, dans le mensuel Yuma, c'est probablement quelque chose que vous avez déjà lu si comme moi vous avez dépassé la quarantaine. Autrement il est possible que vous ne connaissiez pas bien ce personnage, qui ressemble beaucoup à un super-héros, bien qu'il en soit pas du tout un. Créé par Sergio Bonelli (sous le pseudonyme de Guido Nolitta) et par le dessinateur Gallieno Ferri, il s'agit d'un des deux trois personnages les plus connus de la bande dessinée italienne, avec Tex, Dylan Dog ou Diabolik. Ses aventures se déroulent dans la première moitié du 19e siècle, dans une vaste forêt imaginaire de l'Amérique de l'Est, appelée sombrement Darkwood. Son rôle est celui d'instaurer une cohabitation pacifique entre les colons, qui arrivent toujours plus nombreux pour entamer une nouvelle existence dans un cadre qu'ils espèrent ouvert à tous les possibles, et les Indiens, qui sont peu à peu chassés, spoliés de leurs terres. Les deux camps on leurs torts et souvent la guerre, les massacres, l'incompréhension, font des ravages. Zagor est l'élément qui permet d'ajouter un peu d'équilibre et de justice dans tout cela; à ses côtés un petit mexicain ventru, qui ne pense qu'à manger et dormir, un pleutre sympathique qui est tout de même bien souvent utile: Cico. Impossible de vraiment déterminer de quoi parle Zagor chaque mois... la série est capable de changer de sujet, convoquant ainsi des extraterrestres, des vampires, des druides maléfiques, ou simplement des histoires western avec des trappeurs, des Indiens ou des pistoleros. Le royaume de la contamination des genres, avec une forte influence de la littérature populaire et des B-movies d'autrefois. Ici les éditions Black and White nous proposent de redécouvrir Zagor avec un album de luxe, dans lequel les ennemis principaux sont rien de moins que... des zombies !

Il s'agit d'un tirage à 400 exemplaires en noir et blanc grand format. Black and White est spécialisée dans la production de ce genre d'album; des tirages limités dont la qualité artistique est bluffante, contenant et contenu. Ici l'ouvrage est présenté avec une extraordinaire couverture de Roberto Della Torre, dont le marché italien n'a donc pas eu la chance de profiter. On trouve également une riche introduction qui permet de contextualiser la lecture, ce qui ne gâche rien. Pour le retour de Zagor, l'histoire choisie (la même que nous avions personnellement retenu, il y a deux ans, pour un projet finalement avorté, faute de sérieux de la part des investisseurs...) est tirée d'un numéro spécial. Autrement dit elle échappe à la continuité habituelle du mensuel italien et ne nécessite pas d'autres lectures précédentes ou successives pour être appréciée en tant que telle. Le principal intérêt de cette histoire est le dessin de Emanuele Barison. Ce qui fait la qualité, mais parfois le talon d'Achille de Zagor, c'est le caractère assez classique de l'interprétation graphique du personnage. Il faut dire que chez Bonelli les codes ont longtemps été préservés et que les lecteurs italiens sont plutôt frileux quand il s'agit d'innover avec notre héros. L'héritage de Ferri et de ses épigones modernes est un sacré carcan! Ici le dessinateur s'amuse avec les ombres, propose des planches où on passe de la pénombre la plus totale à des éclairs de clarté; les corps et les visages sont très marqués, anguleux, il se dégage une sensation de modernité et de puissance qui est inhabituelle pour le titre. Certaines scènes sont même carrément à la limite du sacrilège pour les conservateurs, comme lorsque Zagor traverse la forêt au pas de course, ou dompte un sanglier avec une énergie, un style, qui lui donne un sacré coup de jeune. Des scènes jouissives et de fort impact, d'autant plus que Barison donne une touche spectrale à ses planches, qui sied bien au ton du récit. Le scénario est œuvre de Moreno Burattini, l'homme qui est en charge du destin de notre héros depuis bien des années, et c'est une aventure horrifique assez classique et accessible pour tous, qui dépoussière et en même temps confirme le petit monde de l'Esprit à la hache. Zagor y est sur la piste de deux meurtriers, Frost et Kostner, près de Cloudy Hill. Le plus féroce des deux est présenté devant la justice, quand notre héros apprend que plusieurs morts récents ont disparu de leurs cercueils, dans le village. Pour cela, il décide d'aider son ami, le shérif Kowalski, et le médecin local, le Dr Bronsky, dans leur enquête. Au départ tout le monde pense à un voleur/profanateur de cadavres, mais bientôt le lecteur doit accepter l'incroyable: ce sont bien des morts qui reviennent du sommeil éternel! Toutefois pas de zombies avides de chair humaine ou de contamination incontrôlable, ici il semblerait que l'après-vie soit l'opportunité de régler des comptes en suspens, et de se faire peur, tout au long de 176 pages, qui ressuscitent alors un personnage trop longtemps disparu. On attend la suite. 

Si vous souhaitez en savoir plus et acquérir une copie de l'ouvrage :

https://www.editions-blackandwhite.com/produit/zagor-les-revenants/