FLORIDA – Olivier Bourdeaut

Par Ava Fitzgerald

“Florida” d’Olivier Bourdeaut, ce fut la vraie surprise littéraire du début du mois de mars ! J’avoue que j’étais très impatiente de le lire car il y a ce petit “quelque chose”, dans la plume de cet auteur, que je trouve très rafraichissant car elle est tour à tour surprenante, innovante ou iconoclaste. C’est ce qu’on appelle le style et le moins que l’on puisse dire, c’est que le sien lui appartient en propre.

Thème : Famille, enfance, culte du corps, mini-Miss, roman, vengeance, Etats-Unis, culturisme, musculation, tragédie, second degré, Olivier Bourdeaut.

Résumé de l’éditeur

« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »
Enfant, Elizabeth est une mini-miss exploitée par sa mère. Au fil des concours, la fillette ressent de plus en plus de rancœur envers ses parents. Comprenant qu’il lui faut maîtriser son corps si elle veut être maître de son destin, la jeune femme entame sa transformation physique tout en préparant sa vengeance.

Pourquoi  “Florida” est un livre à lire ?

Pour la plume d’Olivier Bourdeaut.

Pour l’originalité du sujet, le rythme et la densité de ce roman.

Mon avis sur “Florida” d’Olivier Bourdeaut

C’est toujours un moment émouvant que celui où l’on vit la transformation réussie de quelqu’un dont on admire le talent. Cela arrive avec nos amis et plus rarement avec un auteur ou une autrice, car nous autres lectrices/lecteurs avons souvent un tempo, des années, voire plusieurs siècles de décalage, avec les grands romans.

“En attendant Bojangles” avait été l’étincelle, devenue brasier, d’un succès flamboyant mais pouvait tout aussi bien se révéler un piège : celui de la tentation de réécrire sans cesse la même histoire.

Jusque là Olivier Bourdeaut pouvait (peut-être) encore apparaitre, aux yeux de certains, comme un looser magnifique qui avait réussit l’exploit d’écrire un ovni, le petit bijou littéraire qu’est “En attendant Bojangles”, et pouvait ne pas offrir pour autant la garantie d’être capable de réitérer cette prouesse.

Mais Florida démontre qu’Olivier Bourdeaut est de l’étoffe des grands écrivains.

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’auteurs français qui maîtrisent autant de “compétences”.

Qu’il s’agisse de construire une histoire, de choisir un sujet et de le traiter sous un angle détonnant, de gratter en profondeur, de faire preuve d’un sens assez stupéfiant du dialogue et du rythme, d’un style propre inimitable et d’une exigence toujours plus poussée de la maîtrise de sa plume et de la recherche du mot juste.

Si on y ajoute son indéniable capacité à éviter l’écueil du narcissisme, pour se dédier entièrement à l’exercice d’écrire pour raconter des histoires et celle de savoir se réinventer, je pense que l’on a là tous les ingrédients propres à faire un grand auteur.

Cela n’engage que moi mais Florida est la preuve de tous ces talents déployés

Florida est un roman dense, puissant, dérangeant, cruel, grinçant, souvent drôle et surprise, engagé !

Olivier Bourdeaut a aussi le don de savoir nous conter des histoires cruelles, tragiques avec une apparente légèreté. On y retrouve les thèmes qu’il aime aborder : la famille, l’enfance et une certaine forme de folie. 

Je ne vais pas vous faire l’inventaire de tous les thèmes qui s’entrechoquent dans ce roman (d’où sa densité) mais Elisabeth prise au piège de l’obsession de sa mère d’en faire une mini-Miss (alors qu’elle n’a que 7 ans,) va rapidement développer une relation complexe avec son corps.

Et ce rapport est d’autant plus violent, qu’après avoir gagné un premier titre, elle ne va ensuite plus cesser de perdre. Jusqu’à finir par détester son corps et décider de se venger de sa mère.

Elisabeth a désormais 20 ans et nous invite dans son intimité puisqu’elle se livre avec rage et cynisme dans son journal. On la suit ainsi dans une sorte de body trip qui l’amène à déconstruire et détruire ce corps honni, pour en créer un autre, très éloigné des attentes et de l’obsession de sa mère, en le musclant à l’excès.

En même temps, Elisabeth possède une fureur de vivre indéniable. L’idée de se venger la galvanise et cela se ressent dans la construction et le rythme soutenu du roman qui donne l’impression de se trouver dans le tambour de la machine à laver en cycle essorage.

Florida est un roman cru tout en restant lumineux grâce au second degré et aux dialogues qui m’ont souvent donné envie de rire.

“Si vous voulez faire le bilan de votre vie en une nuit, un conseil, allez dormir seul sur une plage. Le tribunal des étoiles, le vent qui murmure comme un jury qui vous condamne. c’est étonnant mais sept heures, c’est plus que suffisant pour dresser un état des lieux, c’est même trop. Le verdict est tombé quand j’ai commencé à trembler. Fiasco total. Un truc ressort : mon corps, celui qui tremble à cet instant, mon corps est un nid à emmerdes. Sur un podium, à la maison, à l’école ou sous la douche, c’est toujours une source d’ennuis. Ce truc aux dimensions parfaites qui m’enveloppe aurait dû me faciliter la vie, il me la pourrit. Il n’est même pas foutu de me protéger du froid. Cette peau ne me tient pas assez chaud, c’est bien la peine d’avoir un si beau costume sur mesure s’il ne sert à rien. Je collerais bien un procès au cul du grand couturier.”

Elisabeth à un sacré tempérament, le sens de la formule et un œil rayon-laser pour relever les incohérences et absurdités du monde qui l’entoure.

“C’est fou, un endroit paradisiaque qui, en quelques heures, se transforme en enfer, comme ma vie. C’est ça, ma vie est une plage sur laquelle la nuit est tombée.”

Malgré sa sauvagerie, j’ai fini par la trouver émouvante et attachante, même si son histoire de vengeance et la manière dont elle se maltraite, me mettaient souvent dans une position inconfortable.

J’ai choisi de la comprendre car nous sommes souvent, nous aussi, dans des démarches destructrices envers nous-mêmes et ressasser les erreurs de nos parents est une attitude qui doit être familière à nombre d’entre nous. Il n’y a rien de plus humain, même s’il est parfois difficile de le reconnaître.

Dans ce roman, Olivier Bourdeaut aborde la question du culte du corps et notamment la pression qui existe sur le corps féminin sans cesse soumis à des injonctions contradictoires. La mère d’Elisabeth au lieu de la protéger, expose sa fille à cette violence dès son plus jeune âge.

Ainsi elle l’empêche non seulement de se construire mais pire, elle la confronte à des jugements dévalorisants sur son corps (puisqu’elle ne gagne plus), lui faisant ainsi perdre tout amour d’elle-même.

Finalement la vengeance est le seul moyen qu’elle trouve pour survivre à cette violence.

Florida, c’est le roman inattendu qui confirme le talent et la plume de cet auteur singulier qui s’impose désormais comme un écrivain incontournable de la littérature française contemporaine.

Je vous invite vraiment à le découvrir et à vous faire votre propre avis car c’est un titre beaucoup moins universel que “En attendant Bojangles”. Il décevra forcément ceux/celles d’entre vous qui souhaitaient un livre dans cette même tonalité mais il va en conquérir d’autres qui, peut-être, n’avaient justement pas aimé son premier roman (si, si ça existe !) 

Bilan de ma lecture

“Florida” d’Olivier Bourdeaut  est un roman qui m’a emporté et que j’ai lu le souffle court, presque en apnée.

Un roman puissant qui convoque par moment le sourire et d’autres fois le malaise, avec une héroïne forte et attachante. En tout état de cause, un roman brillant, addictif et original qui prouve qu’Olivier Bourdeaut a un regard, une voix et une plume singulière qui ne ressemble à aucune autre.

A lire si vous aimez les romans grinçants, forts et rythmés

 

A lire aussi – idées lecture

Inutile de dire que j’attends avec impatience son prochain roman !

Même s’ils sont très différents, je vous recommande bien évidemment ces deux romans précédents : le très beau drôle, tragique,mélancolique et poétique “En attendant Bojangles” et le plus contemplatif et décoiffant “Pactum Salis”.

Vous avez aussi une BD de Bojangles et vient de sortir une réédition d’ “En attendant Bojangles” délicatement illustré par Christian Cailleaux

Vu la singularité de l’écriture et des thèmes abordés par Olivier Bourdeaut dans “Florida”, je n’ai pas pour l’instant, de titre similaire à vous proposer.

En attendant je vous recommande son interview disponible sur l’IGTV de mon compte Instagram ou à lire, puisque j’en ai fait une retranscription écrite sur le blog.

Vous avez déjà lu Olivier Bourdeaut ? Ce nouveau titre vous tente ?

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Florida

Mais Florida démontre qu’Olivier Bourdeaut est de l’étoffe des grands écrivains.

URL: https://livresalire.com/florida-olivier-bourdeaut/

Auteur: Olivier Bourdeaut

Note de l’éditeur/éditrice :
5