Noël 2020: 6 BD à offrir aux enfants et aux ados

Par Mathieu Van Overstraeten @matvano

Le château des animaux – Tome 2: Les Marguerites de l’hiver (Xavier Dorison – Félix Delep – Editions Casterman)

« Le château des animaux » est une adaptation en BD de « La Ferme des animaux » de George Orwell, une fable animalière parue en 1945, qui dénonce les régimes autoritaires et le totalitarisme. Cette histoire se passe dans une ferme oubliée des hommes. Une ferme dans laquelle des animaux exploitent d’autres animaux sous la conduite du taureau Silvio, un dictateur sanguinaire. Dans le tome 1, on avait découvert comment la courageuse Miss Bengalore, qui cherche à protéger ses deux petits chatons, avait lancé un mouvement de résistance non-violente contre Silvio avec l’aide du lapin César et d’Azélar, un vieux rat à lunettes qui ressemble à Gandhi. Dans le tome 2, Miss Bengalore et ses amis poursuivent leur mouvement de résistance, en refusant notamment le port d’un collier à grelots et en exigeant la gratuité du bois pour tous les animaux. Mais entretemps, l’hiver arrive et les animaux souffrent plus que jamais du froid et de la fatigue… Miss Bengalore parviendra t-elle à convaincre ses amis de continuer à résister pacifiquement? Cette adaptation réussie et intelligente, prévue en 4 tomes, révèle au grand jour le talent insolent du jeune dessinateur Félix Delep, dont les dessins sont réellement bluffants.

Sacrées sorcières (Pénélope Bagieu – Roald Dahl – Editions Gallimard)

C’est l’histoire d’un petit garçon de 8 ans, qui vit avec sa grand-mère depuis que ses parents sont décédés dans un accident de voiture. Sa mamie est plutôt rock’n roll, avec ses cheveux mauves, ses grandes lunettes et ses bijoux clinquants. C’est elle qui lui révèle l’existence des sorcières et de leur haine viscérale des enfants. C’est elle aussi qui lui apprend comment reconnaître ces sorcières derrière leurs déguisements de femmes normales. Quelques exemples: elles portent des gants hiver comme été pour cacher leurs griffes et leurs doigts fripés, elles ont les narines frétillantes et recourbées pour mieux sentir les enfants et elles portent des perruques pour dissimuler leur calvitie, ce qui provoque chez elles de terribles démangeaisons… Tous ces indices vont être très utiles pour permettre au jeune garçon et à son extravagante grand-mère de déjouer les plans démoniaques de la Grandissime Sorcière! « Sacrées sorcières » marque le retour très attendu de Pénélope Bagieu, qui signe ici la toute première adaptation en bande dessinée d’un livre de Roald Dahl. Dans sa version des « Sacrées sorcières », l’autrice des « Culottées » respecte l’univers à la fois drôle et cruel du romancier britannique, tout en le mettant au goût du jour, et en y ajoutant sa touche personnelle. Son adaptation est à la fois pop, colorée, et pleine de malice.

Calpurnia – Tome 2 (Daphné Collignon – Jacqueline Kelly – Editions Rue de Sèvres)

« Calpurnia » est l’adaptation en bande dessinée d’un roman jeunesse écrit par Jacqueline Kelly. A l’image de la très belle couverture de l’album, les dessins de Daphné Collignon sont d’une grande douceur. L’histoire se passe dans un coin perdu des Etats-Unis, le comté de Caldwell au Texas, en 1899. Calpurnia est une fille de onze ans, qui vit avec son grand-père, ses parents et ses six frères. Ce qui est très intéressant, c’est que Calpurnia n’est pas une petite fille modèle. Elle est passionnée par tout ce qui l’entoure: les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les oiseaux, les plantes… Calpurnia est d’une curiosité insatiable, une vraie scientifique dans l’âme. Cette passion pour la nature va la rapprocher de son grand-père, qui lui apprend à noter dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit dans la nature, mais aussi à se poser les bonnes questions. Dans le tome 2, les choses deviennent plus compliquées pour Calpurnia, car elle grandit. Du coup, sa maman tient absolument à ce que sa fille se prépare à faire son entrée dans le monde comme toutes les jeunes filles de son âge, afin de se préparer au mariage. Fini les baignades à la rivière et les longues balades dans la forêt: pour son plus grand malheur, Calpurnia doit troquer les papillons pour la broderie… Une BD qui fait penser à l’ambiance des « Filles du Docteur March » ou de « La petite maison dans la prairie », mais avec un côté beaucoup plus moderne, qui devrait plaire aux lecteurs et lectrices d’aujourd’hui.

Spirite – Tome 1: Tunguska (Mara – Editions Drakoo)

Ian Davenport est un jeune chercheur en spiritologie qui étudie les fantômes aux côtés de son maître Boris Voynich. Les deux hommes ont beaucoup de mal à se faire prendre au sérieux, mais ils poursuivent leurs recherches sans relâche pour entrer en contact avec des ectoplasmes et des poltergeists. Hélas, leur travail est brusquement interrompu lorsque Boris est assassiné sous les yeux d’Ian par l’étrange Arroway. Le mystère s’épaissit encore quand on découvre qu’Arroway est censé être mort et que plusieurs autres spiritologues ont été tués dans les mêmes conditions. Seul contre tous, Ian décide d’aller chercher de l’aide auprès des journalistes de « The Supernatureal », une revue de New York qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux. Il y fait la connaissance de Nell Lovelace, une jeune journaliste au caractère bien trempé. Ensemble, ils vont tenter de percer le secret de cette affaire de meurtres… « Spirite » est une nouvelle série fantastique très prometteuse, avec de nombreux rebondissements et des personnages convaincants. Quant aux dessins de Mara, ils sont particulièrement soignés et expressifs. Cette série plaira à coup sûr aux amateurs de « SOS Fantômes » ou de « Men in Black ».

Lucien et les mystérieux phénomènes – Tome 2: Granit rouge (Delphine Le Lay – Alexis Horellou – Editions Casterman)

Lucien est un petit garçon à l’esprit vif qui a emménagé avec ses parents et sa petite sœur Violette à la campagne, dans un village breton. Dans cette deuxième histoire, sa sœur et lui sont venus passer quelques jours chez leur grand-mère à Douarnenez, dans le département du Finistère, pour y fêter le carnaval. Mais ils ne se doutent pas que le paisible village de Douarnenez est terrorisé depuis quelques jours par des personnages masqués et menaçants, qui veulent empêcher les gens de se rendre sur l’île Tristan, un petit coin de nature préservée. Lucien va mener sa petite enquête pour résoudre ce mystère… « Lucien et les mystérieux phénomènes » est une qui BD jeunesse aux graphismes très esthétiques, qui font presque penser à de l’Art Nouveau, avec des enluminures et des bordures de cases courbées. Détail amusant, c’est un véritable couple que l’on retrouve derrière cette BD: Delphine le Lay et Alexis Horellou. Des auteurs qui ressemblent beaucoup aux parents de Lucien dans l’album, puisqu’ils plaident pour une vie plus solidaire et plus en lien avec la nature. Chaque album de la série « Lucien » se termine d’ailleurs par des pages avec des conseils pratiques. Dans ce cas-ci, il s’agit d’idées créatives pour faire la fête sans abîmer la planète. A noter que cette BD a remporté cette année le prix Atomium des Enfants à la Fête de la BD de Bruxelles.

Charbon – Tome 1: L’espoir (Michel Colline – Editions Paquet)

L’air de la planète Charbon est particulièrement pollué. Il faut dire que toute végétation a disparu de cette planète minière depuis une centaine d’années. La plupart de ses habitants ne savent même plus à quoi ressemblent des fleurs, tandis que les vieux manuscrits dans lesquels on parlait de la nature telle qu’elle existait avant ont été proscrits par l’empereur Toxico. Ce dernier est un dictateur qui est davantage préoccupé par le commerce que par le bien-être de ses concitoyens. Afin de réaliser un maximum de profit, il fait tourner les mines de charbon à plein régime, avec pour conséquence des problèmes de santé pour beaucoup d’habitants. C’est le cas de la maman du jeune Apollo, le héros de cette histoire. Un jour, celui-ci fait une découverte incroyable. Derrière une des grilles d’aération de la mine, il découvre un véritable jardin… Le message de cette BD est clair: Michel Colline veut montrer que la planète Charbon pourrait très bien devenir notre Terre si on continue à la maltraiter et à la surexploiter comme on le fait. Heureusement, le côté plutôt anxiogène du scénario de cette BD est atténué par le trait rond et humoristique des dessins, dont le style fait penser à celui d’André Geerts dans la série « Jojo ».