L’anomalie de Hervé Le Tellier

Par Krolfranca

L’anomalie

Hervé Le Tellier

Gallimard

Août 2020

327 pages

« Il n’y a pas de différence entre penser et croire penser et donc entre croire exister et exister. »

L’auteur a commencé par me perdre, avec la multiplicité des personnages, sans autre lien entre eux que d’avoir été sur le même avion de Paris à New York. Je ne savais pas du tout de quoi ce roman retournait, et j’avoue que j’ai failli abandonner au presque premier tiers du livre. Pourquoi ? Parce que certains chapitres me captivaient, d’autant plus qu’ils se terminaient sur un événement incompréhensif et qui demandait éclaircissement, mais surtout certains autres m’ennuyaient, comme par exemple celui sur le mathématicien ou certains passages sur l’architecte. Et puis le dernier chapitre de la première partie a enfin éclairé le mystère. Enfin, éclairer pour mieux l’obscurcir. Mais en tout cas, il a relancé mon intérêt pour ce roman.

Il est très difficile de parler de ce livre sans en dévoiler l’intrigue. Je vais pourtant essayer de le faire.

On a l’impression, dès le premier chapitre, de lire un roman policier puis au second chapitre, changement de décor, on suit un auteur et on verse dans le drame. Et c’est ainsi de chapitre en chapitre, on aborde des genres différents, on suit des personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, mais les fins de chapitres sont toutes énigmatiques. Alors, on s’interroge.

Certains ont estampillé ce texte de roman d’anticipation. L’action se situe en 2021, c’est une légère anticipation, il aurait pu se situer aujourd’hui ou hier, peu importe, je crois qu’il est juste matière à philosopher.

La construction du roman est remarquable et j’étais bien contente de lire la version papier parce que je suis revenue de nombreuses fois en arrière pour vérifier des dates, des faits, comprendre que tel chapitre de la troisième partie poursuivait tel autre de la première.

Qu’est-ce qui est important dans une vie ? Que faire lorsqu’on se trouve face à soi-même ? Ce n’est plus de l’introspection c’est pire que cela… Ces questions sont posées et les réactions de chaque personnage sont intéressantes car tellement différentes. Que ferais-je si je me trouvais dans cette situation ? Question que je me suis posée à de multiples reprises.

Et puis il y a l’auteur, ce fameux Victor Miesel qui use et abuse d’aphorismes dans son livre titré « L’anomalie »… Mise en abyme ?

« Il n’a retenu que onze personnages, et devine qu’hélas, onze, c’est déjà beaucoup trop. Son éditrice l’a supplié, Victor, pitié, c’est trop compliqué, tu vas perdre tes lecteurs, simplifie, élague, va à l’essentiel. »

Il a failli me perdre mais il m’a rattrapée in extremis et je ne le regrette pas, pour son originalité et pour les questions philosophiques qu’il suscite.