Ruby Falls

Par Noisybear @TheMightyBlogFR

La scénariste Ann Nocenti ( Daredevil, Catwoman) s'associe à la dessinatrice italienne Flavia Biondi ( Les Générations) pour livrer le récit d'une jeune femme ordinaire propulsée dans une enquête sur un ancien meurtre non-élucidé.

Lana vit à Ruby Falls, petite ville minière américaine et enchaîne les petits boulots, sans vraiment trouver son but. Seule sa relation avec Blair, trapéziste et danseuse érotique, lui apporte une forme de stabilité. Lana se rend régulièrement à la maison de retraite pour visiter sa grand-mère maternelle, Clara, atteinte des premiers signes d'Alzheimer. Mais le jour où celle-ci évoque son souvenir d'un meurtre auquel elle aurait assisté plus jeune dans le bar de son père, Lana décide de fouiller le passé afin d'élucider ce qui est arrivé à la victime.

Ann Nocenti livre un récit qui nous accroche rapidement, grâce à l'ambiance de cette ville au lourd passé où tout le monde semble se connaître, mais où des secrets semblent encore enfouis dans certains recoins de la mine. On s'acclimate à cet univers en quelques pages à peine, grâce à la galerie de personnages très justes et réussis que la scénariste installe intelligemment.

Ruby Falls est une histoire de femmes, et cette enquête sur plusieurs générations reflète avant tout l'évolution de leur place dans la société. Tout d'abord, avec le personnage moderne de Lana, lesbienne heureuse en couple, vegan, qui semble assumer ses choix face à une mère autoritaire et distante; mais qui aura quand même besoin de rentrer chez elle avec Blair pour échapper au regard indiscret d'un voisin qui les épie. Sa situation contraste bien évidemment avec la place de la femme dans le passé, où Clara, témoin involontaire d'un meurtre, se voit forcée par son père de nettoyer le sang sans avoir le droit de parler. Et ce sont des comportements et des regards similaires que Lana va révéler à travers son enquête.

Tout en douceur, le trait de Flavia Biondi apporte une véritable ambiance. Constitué principalement de discussions entre personnages, son découpage alterne toujours judicieusement entre les visages et la mise en valeur de détails ou de paysages, faisant écho aux sentiments des personnages. Cela contraste avec les moments plus mouvementés, comme le souvenir du meurtre auquel a assisté Clara, ne montrant que des plans très serrés et dispersés, traduisant parfaitement la brutalité de l'acte et le choc que cela représente pour le personnage.

Enfin, il est impossible de ne pas évoquer le superbe travail sur la couleur. Dans la postface, Ann Nocenti évoque son intention de travailler le genre du " film noir " mais ce récit est finalement un film pourpre, porté la palette de couleurs automnales de Lee Loughridge, usant de contrastes audacieux, contribuant aux sentiments de douceur et de danger que l'on ressent à la lecture.