Aude Volpilhac : Scènes de lectures

Par Lebouquineur @LBouquineur

Aude Volpilhac, enseignante chercheuse à l'Université catholique de Lyon, a sélectionné une centaine de textes illustrant les différentes manières de lire pour nous confectionner ce bel ouvrage qui vient de paraître. Une anthologie à travers le temps, de Saint Augustin (circa 400 après Jésus-Christ) à Marcel Proust (1913), présentée par ordre chronologique.

Quand on parle de lecture, il y a mille manières d’envisager cette activité qui nous est chère. On peut s’attarder sur l’objet – le livre – en lui-même ou bien encore disserter sur le lecteur, la concentration nécessaire, sa solitude… Aude Volpilhac passe en revue tous ces angles. Et il y a tant à dire, la lecture étant autant aussi physique qu’intellectuelle, ouvrant des voies philosophiques, spirituelles, méditatives.

On y apprend ou se remémore que la lecture a longtemps été une pratique orale avant de devenir plus privée et silencieuse, que des textes sacrés nous sommes passés aux lectures profanes avec la naissance du roman. Si la lecture propose de nombreux points positifs elle peut aussi être dangereuse, tout dépend de l’usage qu’on en fait.

Chaque argument développé par Aude Volpilhac trouve son exemple concret dans un extrait de roman. Une bonne occasion pour le lecteur de voir sous un nouvel œil plus perspicace et surtout plus cultivé un texte qu’il a déjà lu, à moins qu’il ne découvre un roman plus rare d’un écrivain célèbre (Balzac avec Louis Lambert par exemple), ou un texte d’un écrivain connu mais jamais lu (disons Crébillon) lacune qu’il faudra combler, à moins que ce ne soit carrément des écrivains inconnus (de moi !) comme Pierre Nicole (1667), Antoine Gombaud (1682) etc.

Tous les textes sélectionnés ne sont pas toujours faciles à lire, je pense en particulier aux plus anciens remontant au Moyen Age mais l’avantage avec ce genre d’ouvrage, c’est qu’on peut sauter quelques pages et se contenter des explications données. On peut aussi, picorer le bouquin en l’attaquant par ses auteurs préférés mais la chronologie étant un facteur essentiel dans la démonstration de l’auteure, ce n’est pas la meilleure idée.

Si comme moi, au-delà de la lecture vous aimez fureter dans les cuisines des écrivains, comprendre la manière dont la littérature évolue et plus simplement, vous faire disséquer des textes par des experts en la matière, ce bouquin de poche vous fera grand profit.

« Surtout, et le bibliomane le confirme, La Bruyère débusque chez la plupart de ces lecteurs un travers inattendu : ils ne lisent pas les œuvres, ce qui ne les empêche pas pour autant d’en parler, préférant au contact direct avec les textes des préjugés dictés par leurs humeurs ou par l’opinion d’autrui. C’est donc l’œuvre même qui se trouve menacée, altérée, ou même dissoute dans les conversations de clans rivaux, le salon mondain prenant des allures de champ de bataille défini par de violentes rivalités sociales. Le constat du moraliste est sévère : le mérite de l’auteur et la valeur de l’œuvre ne sont pas les conditions intangibles du succès public, soumis aux modes littéraires et à l’amour-propre de chacun. La Bruyère suggère toutefois en creux l’existence d’un bon lecteur, dont la pratique repose sur une éthique de la lecture qui, tout en respectant le travail de l’auteur, appréhende l’œuvre avec raison, tempérance, sincérité et naturel, véritables conditions d’une lecture impartiale et honnête. »   

Aude Volpilhac   Scènes de lectures   Folio – 523 pages –

Avec un cahier hors-texte de 8 pages couleurs + 8 gravures en noir et blanc