Né d’aucune femme, Franck Bouysse

Par Acecilia

Né d’aucune femme, Franck Bouysse, La manufacture des livres, 2019.

Loin de moi d’écrire ici une chronique à la hauteur de ce roman puissant, de trouver les mots pour le décrire, l’encenser… D’autres se sont attelés à cette tâche et bien mieux que je ne saurais le faire. Je n’ai pas la prétention de savoir le faire, je veux juste partager mon ressenti face à ce chef-d’oeuvre. Depuis longtemps, un roman ne m’avait pas bouleversée, émue comme celui-ci. Face à la beauté du texte et du style de l’auteur, difficile de saisir les termes justes pour exprimer au mieux mes sentiments.

L’histoire de Rose est tout sauf banale. Vendue par son père à un homme sordide et cruel, elle vivra dans la violence et l’injustice sans jamais céder à la fatalité ou au désespoir. Malgré les épreuves qu’elle subit, elle garde le courage d’affronter son destin en le couchant sur le papier, exutoire aux douleurs de sa vie. Son récit se révèle tragique, terrible et puissant, dans les actes, dans les mots. Sa voix, à travers le papier, s’élève pour résonner au plus profond du lecteur, toucher son âme et son corps. Personnellement, j’en ai été bouleversée aux larmes.
La plume de Franck Bouysse est magnifique, un art de manier les mots pour les magnifier pour atteindre l’esprit et au delà. Un forme de catharsis déchirante, un symbole à travers Rose de violences subies sans trouver de protection. Mais ce qu’il écrit est lumineux à la fois, lyrique, poignant.
Les différentes voix mettent en place un scénario qui ne laisse aucun doute mais qu’on espère différent de ce que l’on attend. Cet imbriquement ingénieux de narration donne au récit toute sa profondeur, son mystère, sa force.
Je ne sais pas vraiment comment décrire ce que ce livre m’a apporté, ce que j’ai ressenti à sa lecture, car les mots me manquent et je n’ai pas la capacité de les appeler à moi avec autant de beauté que l’auteur. Pourtant, je voulais en parler même brièvement, car Né d’aucune femme restera pour moi un de ces romans qui change une vie, qui marque et qui demeure dans le corps et l’âme du lecteur.

Voici un extrait qui m’a profondément touchée, une magnifique ode aux mots et à leurs pouvoirs :

C’est toujours ce qui se passe avec les mots nouveaux, il faut les apprivoisier avant de s’en servir, faut les faire grandir, comme on sème une graine et faut bien s’en occuper encore après, pas les abandonner au bord d’un chemin, en se disant qu’ils sedébrouilleront tout seul, si on veut récolter ce qu’ils ont en germe.

Je sens bien que j’ai fini mon sac de mots, qu’il m’en a manqué pour vraiment dire les choses comme je les ressentais, que des fois ceux que j’utilise collent pas excatement, que j’aurais besoin d’en connaître d’autres, plus savants, des mots avec plus de choses dedans. Les mots j’ai appris à les aimer tous, les simples et les complqiués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m’emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu’ils sont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. Je les appelle les mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanées, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, paragon, godelureau, mauresque, juriprudence, confiteor et tellment d’autres que j’ai retenu sans effort, pourtant sans connaître leur sens. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C’est peut-être ce qu’on appelle une âme. 

 

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