Cendrillon et moi: La Belle-Mère parle enfin, de Danielle Teller

Par Kloliane

( Image de  Jirka Väätäinen )

AUTEUR: Danielle Teller (traduction Audrey Coussy)
TITRE: CENDRILLON ET MOI, LA BELLE-MERE PARLE ENFIN
ÉDITEUR, ANNÉE: Avril 2019
NOMBRE DE PAGES: 400 pages

Depuis quelques années, plusieurs célèbres antagonistes ont été mis en avant dans des films et/ou roman afin de leur donner un passé. Cela avait pour but de répondre à quelques mystères entourant ses personnages, mais qui, surtout, les rendaient bien moins manichéens.  D’ailleurs, le film « Maléfique » en est un parfait exemple (je vous conseille vivement de le voir, si cela n’est pas encore fait). Et il est vraiment plaisant de lire ou voir ses contes et légendes remaniés, car cela apporte beaucoup de nuances au récit et de profondeur. C’est pour cela que je ne pouvais pas rater l’occasion de découvrir « Cendrillon et moi: La Belle-mère parle enfin » de Danielle Teller .

Résumé:

« C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui savait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, quelle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux est alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ? Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle. Une réécriture ingénieuse et jubilatoire du célèbre conte, qui réussit l’exploit de nous faire aimer un personnage détesté. »

Lorsque l’on parle de vilaine belle-mère, on pense immédiatement aux terribles marâtres de « Blanche-Neige » et, bien sûr, celle de « Cendrillon ». Femme froide, hautaine, gâtant ses filles et maltraitant sa belle-fille qui vient de perdre son père, ce personnage fait partie de ces célèbres méchants qui peuplent notre imaginaire. Alors, quand je tombe sur le titre de ce roman, je reste intriguée par cette phrase « La Belle-Mère parle enfin ». Quelle excuse pouvait-elle donner pour son comportement envers Cendrillon ? Allais-je avoir des révélations croustillantes sous le ton de l’ironie ?

C’est donc, lors d’un mercredi bien pluvieux, que je partis à la rencontre d’Agnès… N’est-ce pas la première fois qu’on l’appelle par son prénom ? Dans le conte ou les films animés, nous n’avons jamais su comment elle s’appelait, non ? Avoir un prénom la rend plus humaine, ce qui est un bon point. Bref ! On comprend qu’elle vit au sein de la cour royale, avec ses deux filles, suite au mariage d’Elfida (alias Cendrillon) avec le prince Henry. Des rumeurs courent sur les trois femmes, que nous connaissons tous sous la forme du conte. Pourtant, tous ces « ont dit » ne sont que pure diffamation et Agnès essaye, tant bien que mal, de ne pas y prêter attention. Elle décide alors de nous narrer ses souvenirs, les épreuves qu’elle a dû endurer, l’amour qu’elle porte pour ses deux filles, et l’entrée de Cendrillon dans sa vie. Elle se dévoile à nous en toute sincérité.

Et quel personnage ! L’autrice nous offre une protagoniste forte qui a su jouer avec le peu de liberté que pouvait attendre une femme de cette société, pour s’affirmer et s’affranchir d’un avenir qui aurait pu être bien plus sombre. Une empathie se crée très vite envers Agnès et on ne peut être qu’admiratif face à sa détermination de se relever à chaque coup dur. Pour ma part, c’est un personnage qui m’a marqué et l’une des raisons qui me poussera sûrement à relire ce roman.

Mais les autres personnages ne sont pas moins intéressants ! On retrouvera, chez certains, ceux qui ont été la source des célèbres personnages du conte telle que l’Abesse Elfida pour la marraine de Cendrillon. Et les deux belles-sœurs qui se nomment ici Charlotte et Matilda sont loin d’être des monstres d’égoïsme, bien au contraire ! Chacun, à leur niveau, apporte une richesse au récit. Mais c’est surtout la dynamique entre Agnès et Cendrillon qui va retenir toute votre attention. Leur relation est intense et si complexe ! Il était vraiment intéressant de suivre son évolution. Je regrette juste que l’introduction de Cendrillon dans la vie d’Agnès soit assez tardive.

Conclusion:

Je vous avoue qu’à la lecture du titre et du résumé, je m’attendais à un roman avec un ton humoristique accompagné d’une bonne touche d’ironie. Plus encore, je m’attendais à me retrouver face à une belle-mère qui jetterait toutes les responsabilités sur sa belle-fille et clamerait qu’elle est la cible d’une cabale.

Mais c’est loin d’être cela. Pendant ce fameux mercredi pluvieux, j’ai vraiment pris plaisir à me laisser emporter par les souvenirs de cette « célèbre marâtre ». Ce n’est plus ce personnage acariâtre et hautain qui a pris plaisir à martyriser sa belle-fille. L’autrice nous la rendue plus humaine à nos yeux, sans pour autant la rendre parfaite et la dédouaner de ses fautes.

Au-delà du lien avec le conte de Cendrillon, je vous invite à découvrir l’histoire d’Agnès qui a dû faire preuve de finesse contre les conditions que l’on imposait aux femmes de cette époque, pour l’amour inconditionnel qu’elle porte à ses deux filles, pour sa détermination… Bref ! Un roman tout en émotion.