" Prologue
Callahan
Trois jours.
C'est tout ce qu'il me reste avant que cette merde prenne fin.
Trois journées ne devraient pas sembler une éternité, pas comparées aux huit années que j'ai sacrifiées à l'armée. Le fait est que des types bien ont été tués en moins de temps. Un battement de cils, une pression sur la détente ou l'espace d'un bref instant, juste avant qu'une grenade explose; voilà seulement le temps qu'il faut pour faire passer qu'un de vie à trépas.
C'est ce qui rend ces trois jours aussi longs. En trois jours, on a largement le temps de mourir.
J'ai les yeux qui pleurent quand le vent se lève et projette des saletés à travers le petit orifice de mon poste d'observation. Ce morceau de parpaing explosé est juste assez grand pour me permettre de voir la rue en contrebas, mais pas assez petit pour m'éviter de me prendre plus de cochonneries en pleins visage. Au-dessus de moi, la bâche claque tandis que je crache la couche de poussière mêlée de sable qui me colle aux dents. Nom de Dieu, j'ai besoin d'une gorgée de la bouteille d'eau posée près de mon coude. Mais ma soif, comme tout le reste, devra attendre.
J'ajuste mes hanches contre le ciment craquelé de ce qui constitue tout à la fois mon lit, ma salle de bain et ma maison, m'estimant heureux que la douleur insoutenable s'entendant à la partie inférieur de mon corps se soit transformée en un engourdissement à présent familier.
Avec tous les postes de guet que j'ai occupés et l'accumulation des années passées dans cette position, je devrais y être habitué. Et d'une étrange manière, je devrais me sentir chez moi. Sauf que rien ne m'a jamais procuré ce sentiment. "