Rosa – tome 2/2 – Les Hommes

Par Un_amour_de_bd @un_mour_de_bd

Chronique « ROSA – Tome 2 – Les Hommes »

Scénario et dessin de FRANÇOIS DERMAUT d’après le texte de BERNARD OLLIVIER

Public conseillé : Grands adolescents / Adultes (à partir de 15 ans)

Style : Chronique sociale et rurale
Paru le 20 février 2019 aux éditions Glénat
56 pages couleurs
14,50 euros
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Ça commence comme ça…

Dans un hameau Normand au début du XXe siècle, Rosa a commencé son “Concours des coqs”. Trois nuits avec chaque homme pour déterminer lequel de ces messieurs est le plus viril ?
Le dimanche, quand elle se rend à la messe, la porte de la maison de Dieu lui est interdite, car Mr le curé est au courant. Larmoyante, elle rentre chez elle…
Jean-Jacques, le charcutier, la réconforte. Un pâté de lièvre pour lui remonter le moral, mais surtout le rappel qu’elle n’a pas que des ennemis…
Rosa passe la journée abattue entre colère et désespoirs. Le soir venu, elle ouvre son bistrot, mais vient leur annoncer qu’elle n’a plus la force de continuer le concours.
Le lendemain, Emilienne, accompagnée d’Honorine, lui rend visite. Elle se propose d‘intervenir en sa faveur, car la sanction la scandalise !
Devant l’église, Emilienne rencontre le maire Séna. Elle le fustige et le force à l’accompagner pour voir le curée. À la sortie de l’entrevue, étonnamment, la sanction est levée…

Ce que j’en pense

François Dermaut est le dessinateur de la série historique “Les chemins de Malefosse”, créé en 1982 avec Daniel Bardet et repris par Brice Goepfer en 2007 après 12 tomes. Assez loin de cet univers, il a commencé en 2015 une de ses oeuvres les plus personnelles avec Rosa. Il y raconte l’histoire d’une femme libre au début du XXe siècle dans une France rurale, sous influence catholique.
Rosa est marié à Mathieu, son ainé de 15 ans, parti au sanatorium pour tenter de se soigner. Pour elle, la vie est difficile. Pour payer les soins, elle accepte un pari un peu dingue entre les hommes du village qui fréquente le “bistrot” qu’elle ouvre le soir dans la ferme. Neuf hommes se mettent en lice. Après trois nuits d’amour qu’elle accordera à chacun d’eux, elle décidera qui d’entre ces messieurs est le meilleurs amant ?

Le premier tome avait exposé la situation et le chemin psychologique de Rosa jusqu’à la décision. Ce second épisode s’ouvre dans la tourmente. Séna, le maire du village, a espliqué la situation aux oreilles du curé. Evidemment, Rosa est vue comme une femme de petite vertu et sa présence dans l’église lui est refusée. Après l’intervention d’Emilienne, la situation se rééquilibre… et le concours peut reprendre…

Ce qui est vraiment beau avec ce récit, c’est de voir cette femme s’émanciper de ses carcans culturels, le joug des hommes sur les femmes et le pouvoirs de l’église… En couchant avec ces hommes si différents, elle apprend à les connaître, intimement bien sur, mais aussi au delà des apparences. Le rustre semble plus éduqué qu’il n’y paraît, la brute plus fragile tandis qu’un autre montre son vrai visage, celui d’une brute épaisse, d’un animal…
Le sexe est révélateur de la personnalité de ces hommes qui se confient sur l’oreiller, mais offre aussi à Rosa ce qu’elle n’attendait pas. Elle apprend le plaisir et même le droit à l’orgasme…


Le dessin de François Dermaut n’a que peu évolué depuis la grande époque du “Chemin de Malefosse”. Le trait et la composition sont classiques, mais l’expression est au centre de son travail. Même si certains visages semblent un peu “durs”, la richesse des plans, le travail des attitudes corporelles, la belle couleur traditionnelle, tout concours au plaisir de la lecture.

Alors, venez voir la bataille d’une femme libre au 19e siècle dans nos campagnes…

Cette chronique fait partie de la « BD DE LA SEMAINE ». Réunion chez Stéphie, cette semaine.