" - Vous ne pouvez pas faire attention ?!
Se frayer un chemin à travers une foule de gens pressés est une véritable épreuve. Les pieds saucissonnés dans une paire d'escarpins bon marché, je mobilise toute mon énergie pour atteindre ces fichues portes.
- Eh ! me hèle une trentenaire mallette à la main que je viens de doubler. Ne vous gênez pas, surtout !
- Désolée ! soufflé-je avant de jouer des coudes pour entrer dans le wagon.
je suis d'accord. resquiller, c'est mal. Mais là, c'est une question de vie ou de mort. Vraiment. Enfin, presque.
Compressé entre une ado qui envoie des coeur sur son smartphone et une poussette débordant de couvertures, je retiens ma respiration.
Mon patron m'a prévenue : je ne dois plus arriver en retard. Il doit déjà se frotter les mains à l'idée de me passer un savon, mais il ne m'aura pas. J'ai préparé quatre excuses en béton.
1. Le chat de Lili a mangé mon réveil. (Il faudra juste que je me souvienne que nous avons une boule de poils à l'appartement.)
2. J'ai acheté mes chaussure en solde. Traduction : deux tailles en dessous de la mienne. Traduction de la traduction : impossible de courir. Conclusion : je suis hors de cause.
3. J'ai été malade toute la nuit. Par pur principe de précaution, je ne me suis pas maquillée. Ma peau blafarde et mes cernes plus pourpres qu'un verre de bordeaux me seront enfin utiles.
4. L'ascenseur de l'immeuble était en panne. J'ai dû prendre les escaliers. Mon talon s'est coincé dans une marche. J'ai trébuché. Mon portable est tombé. Je ne l'ai remarqué qu'une fois dehors. J'ai été forcée de faire demi-tour. J'ai failli me faire écraser par un bus en courant sur la route. J'ai eu peur. J'ai fait une crise d'angoisse. Les pompiers sont intervenus. Ils n'ont pas voulu me laisser partir. "