La bru, Georges Nigremont

Par Laure Zehnacker

De Georges Nigremont ou Léa Védrine (Marivole Terroirs classiques)

Quand on parle du terroir, on pense à la Bretagne, à la Provence, au Nord, et même parfois à l’Alsace… mais personne n’évoque la Creuse. Parce que la Creuse, personne ne connait. Sachez qu’elle se trouve dans le Limousin, dans le centre de la France, là où la démographie des vaches est plus élevée que celles des Hommes. Et pourtant, pays mystique au même titre que l’Ecosse, elle a bercé des générations de macons creusois qui sont montés jusqu’à Paris pour construire l’architecture de la France. De George Sand à Georges Nigremont, le centre de la France fut le berceau de Femmes de caractères et de talent.

Résumé de la Bru par Georges Nigremont

Pendant l’entre-guerre, Julien, macon creusois vit à Paris. Il y a rencontré Gilberte qu’il épouse. De santé fragile, on conseille à Julien de quitter l’air saturé de la capitale pour aller respirer à la campagne.

Gilberte et Julien prennent le train pour rejoindre la ferme de son père au Mousseau. Et c’est à ce moment que le livre commence.

Secoué par les mouvements du train, Julien se remémore la Creuse, sa mère, les prairies de son enfance, laissant derrière lui la chambre froide de Paris.

À la gare, le père, le vieux Landier attend le couple dans sa charrette tiré par un âne. Il en veut à Julien d’avoir quitté la ferme. On le ressent légèrement cette amertûme. Entre temps, il a pris une nouvelle femme, la Pérotte.

La Pérotte est la maîtresse de maison. Elle a prit plus de place que nécessaire. La chambre de Julien est occupée par Maréchal son fils. Il se retrouve à dormir dans le grenier avec Gilberte, au milieu du blé et de la poussière.

Mais Julien meurt quand même, et Gilberte se retrouve seule au Mousseau, dans une famille qu’elle ne comprend pas et qui ne la comprend pas, dans une vie paysanne grossière et froide.

Une histoire d’amour inattendue

Julien et sa femme s’en accommodent, surtout Gilberte qui fait preuve de douceur autant que de courage pour accepter la situation sans s’en plaindre. Ses gestes sont tendres quand elle aménage la chambre de la meilleure manière possible.

Quand Julien meurt, Gilberte est désemparée. Et pourtant, au fur et à mesure de l’histoire, on découvre une femme sensuelle, aux manières de la ville qui séduit trois hommes du village en commencant par Maréchal. La Pérotte enrage, le vieux Landier l’apprécie bien dans le fond. Gilberte semble rendre l’humanité perdue aux coeurs froids.

Un style très stylisé, doux, réaliste

Si le style est très travaillé, qu’on parlerait presque d’art littéraire, il n’en reste pas moins que la lecture est douce et que la description ne s’envole jamais dans des sentiments exagérés. Léa Védrine a le talent d’écrire sans tomber dans les extravagances et la lourdeur auxquelles de nombreux écrivains se livrent. Tout découle naturellement d’une situation dans laquelle ont du être plongées des tas de veuves après la guerre, entretenues par la famille du mari.

C’est un feuilleton plus qu’un roman. Et on se laisse emporter dans le récit de la bru, femme à qui on s’attache dès le début.

Contrairement aux méchantes belles-mères des contes de fées, la Perotte fait savoir son mécontentement par les gestes, par ses grimaces. Et c’est ca qui fait la différence : les personnages sont mesurés, réalistes et jamais surexploités.

On tombe au milieu du livre comme si on vivait au Mousseau le temps d’une saison. Aucun des personnages n’est caricatural et ca fait du bien.

Ce roman dépeint un tableau de la Creuse, et des provinces en particuliers, ignorées du temps qui passe, immobiles dans leurs paysages.

Biographie de Georges Nigremont

Léa Védrine alias Georges Nigremont est née à la Villeneuve près Crocq dans la Creuse le 16 février 1885, et est morte dans la même commune le 21 août 1971. Elle connaîtra le succès à partir de quarante ans, après avoir écrit dans de nombreux journaux.

Son patronyme n’est pas une référence à George Sand, bien que cela nous le ferait penser. Elle emprunte le nom à la ville d’origine de son père, Saint-Georges-de-Nigremont (toujours près Crocq).

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