- Enfin ! J'ai la dalle !
A peine entrée dans la maison, la voix de Mia me fait grimacer et finit de m'achever. Vingt-deux heures, je suis debout depuis six heures trente, je suis vidée, sans force. Ma journée de cours, plus mon service de cinq heures à la cafétéria, ont eu raison de moi. Si je me couchais maintenant, je dormirais sur-le-champs. Je jette mon sac sur le canapé, rejoins ma soeur dans la cuisine. Je l'embrasse, comme si tout allait bien.- Au menu ce soir, carottes râpées, poulet haricots verts, compote de pommes. Tu allumes le four et tu prépares la table, pendant que je vais prendre une douche rapide, lancé-je d'un ton las à ma soeur en me dirigeant vers ma chambre.
Je me débarrasse de mes ballerines. Mes pieds sont en feu à force de rester debout derrière mon comptoir à servir mes clients. Je prends mon pyjama en pilou, qui apportera tout le réconfort dont mon corps a besoin après cette longue journée. Dans la salle de bain, je me déshabille rapidement, jette mes vêtements qui puent la bouffe de la cafét' dans le panier à linge. Je me glisse sous l'eau chaude, ça fait un bien fou à mes muscles endoloris. Je la laisse couler sur mes épaules, essaie de me détendre, pour un temps au moins. Je me savonne avec minutie afin que l'odeur de vanille remplace celle du poulet rôti. Le kiff...
- Dépêche Call ! cri ma soeur.
Mon moment de détente n'aura duré que quelques minutes. Pas de répit pour les braves ! Je finis de rincer mes cheveux, me sèche rapidement, enroule ma tignasse dans une serviette. Je vais finir avec des épis sur la tête, mais il est tard, Mia doit avoir faim, alors je me dépêche.
- Désolée, je n'ai pas pu t'attendre, j'avais trop faim, me dit-elle en avalant sans prendre le temps de mastiquer. Carottes, haricots verts, compote... Tu sais que cinq fruits et légumes par jour, on a trois repas pour les manger ?
- J'ai pris ce qu'il restait Mia, je lui répond d'un ton blasé.
- A quand les hamburgers, les frites bien grasses et les crèmes glacées ??? Soupire-t-elle de façon théâtrale me lançant un regard presque suppliant.
- Pense que grâce à moi, tu gardes la ligne.
- Mouais...
- Mais puisque tu en parles...
Je vois ses yeux commencer à pétiller.
- Peut-être que ce mois-ci, on pourrait aller au fast-food pour assouvir ton envie de bouffe hyper calorique ? Dis-je en faisant l'innocente.
- Yes !!
Elle se lève, commence à exécuter une danse de la joie. Depuis deusx ans nous vivons seules, nous avons instauré un rituel. Une fois par mois, nous nous faisons un petit plaisir rien que toutes les deux. La plupart du temps, c'est elle qui décide. Elle n'est jamais exigeante, consciente de nos difficultés à joindre les deux bouts et ses idées sont souvent sympas. "