Donne-moi la main pour traverser - Marion Ruggieri

Par Stéphanie @Stemilou

Présentation
" Ma Rion, je ne t'ai pas donné de nouvelles parce que ça n'allait pas. Je suis à l'hôpital et je n'en ai plus que pour genre une semaine. "
Marion Ruggieri reçoit ce texto, un soir de printemps. La romancière Emmanuèle Bernheim se meurt et prend rendez-vous avec les vivants.
Dernière visite à l'hôpital. Dans le couloir, elle croise le compagnon d'Emmanuèle, sa famille, ses amis : un cinéaste très proche ; un couple d'architectes - c'est un ballet furtif, inquiet et troublé. Parfois étrangement joyeux, enlevé.
Marion Ruggieri entre dans la chambre : ce sera son ultime rencontre avec Emmanuèle, qui met ses affaires en ordre, gracile et déterminée. La romancière, comme une reine, donne à voir la vie aux vivants.
Ce sera aussi, pour l'auteur, l'entrée dans un âge nouveau, celui où l'on perd les siens, où les fils de l'enfance et du temps se resserrent, doucement cruels. D'une randonnée à Sils Maria à l'impossible adieu, d'une rencontre avec Scorsese au regard de son petit garçon, Marion Ruggieri nous livre un récit intime et puissant.

Avis
Petit roman à la fois hommage et moyen d'épanchement de sa tristesse, ce livre nous donne à voir la réaction de l'auteure face à l'annonce de la mort prochaine d'un proche. Comment ne pas vouloir tenter de retenir mais plutôt d'arriver à laisser partir, effacer son désarroi et commencer à faire son deuil.
Ce récit émouvat de Marion Ruggieri reprend l'histoire d'une amitié et de la fin brutale de celle-ci. Cette amie c'était Emmanuèle Bernheim, romancière et scénariste décédée en 2017, une amitié délicate née il y a plusieurs années décrite par l'auteure au présent comme pour faire revivre son amie, les mots sont justes et bouleversants permettant de dire au revoir à sa manière à cette femme hors du commun dont la joie de vivre et l'optimisme ont profondément marqué l'auteure.
Alors on se remémore les bons moments, la rencontre, les échanges, les dîners, les grandes connaissances puis l'annonce de la maladie.
Mais lorsque la mort vous enlève un proche il est difficile de ne pas penser à la sienne, à celle de son fils, la peur submerge alors on se démène face au chagrin afin de garder la tête hors de l'eau et de pouvoir consoler ceux qui restent. Tout au long du récit on alterne entre passé et présent passant de moments joyeux au jour des adieux à l'hôpital puis au deuil. Quelques pages pour raconter son amie ne reste ainsi que le souvenir de cette femme joyeuse.

C'est un ouvrage triste que je n'ai moi même voulu lire que par jour de beau temps et entourée de ceux que j'aime comme pour éviter de penser à la mort, facilement touchée et troublée par la possible perte d'un proche il m'a été difficile de lire les mots de Marion Ruggieri sans ressentir moi même son chagrin. Voici donc un bel hommage d'une femme à son amie.