Incandescences - Ron Rash ****

Par Philisine Cave
Incandescences a l'avantage de répondre à la nouvelle contrainte (son en "è") de mon cher Philippe D. Ce n'est pas pour cela que j'ai lu ce recueil de douze nouvelles, mais la volonté de suivre le défi a été une motivation supplémentaire de finir ledit bouquin. Incandescences est ma première incursion/immersion dans l'univers de Ron Rash, auteur américain déjà reconnu de la planète littéraire (et je ne parle pas de notre blogosphère très attentive à ses moindres sorties.). Bref tout cela pour vous dire, qu'Incandescences fut un choix raisonnable et de bonne facture.

Image captée du site Babélio

Douze nouvelles pas gaies-gaies, où on tangue dans la douce folie humaine, sans à-coups. Tout cela est inspirant et tout à fait agréable à lire.
Je serai plus précise : j'ai mis à chaque nouvelle un temps certain (plusieurs pages) à entrer dans la prose de l'auteur (voire à relire les premiers passages de chaque intrigue parce que mon cerveau/attention était vagabond/n'était pas au rendez-vous).
Mais j'ai tenu bon à chaque fois, sans regrets. Les récits sont inégaux : ce n'est pas lié à l'écriture (directe, intelligente, incisive) mais peut-être à l'ambiance assez Middle West (au phrasé chantant et écorchant la langue, nécessitant une belle concentration de la part du lecteur/ de la lectrice). Il y a aussi une introduction des personnages sans rappel : on devine les liens au cours de l'intrigue. Bref, l'écriture de Ron Rash est exigeante et ne convient pas aux têtes trop en vacances. Tout cela concourt à marquer un univers aussi rude historiquement (la guerre de Sécession, l'émancipation féminine) que socialement (la pénurie de nourriture, la séparation, le quart-monde) : un grain de sable/de folie arrive et tout part en vrille (ce même sentiment se retrouve dans Les nouveaux sauvages, un film violent mais exceptionnel de Damián Szifrón. Ici, je rassure de suite les âmes sensibles : Ron Rash nous épargne les scènes de torture psychique ou physique. Mais la façon qu'a chaque héros/héroïne de partir en live est identique et authentique), aidé.e parfois par un usage trop soutenu d'expédients hallucinogènes.
Dans Incandescences donc, vous trouverez entre autres une chasse aux œufs tristounette (Les temps difficiles), des libérés peu reconnaissants (Le Bout du Monde), un cimetière enrichi (Des confédérés morts), un envol aérien ou planant à plusieurs chutes (excellent L'envol), une Ruth à l'affut (La femme qui croyait aux jaguars), une Marcie qui espère un peu de répit météorologique après un second retour de flamme (Incandescences), un Jesse motivé à pérenniser une habitude agricole familiale coûte que coûte (Dans la gorge), une splendide Étoile filante qui m'a serré le cœur tout le long (un récit juste sublime : rien que pour cette histoire, il faut lire Incandescences), L'oiseau de malheur qui porte bien son nom ou bien une Lily tricoteuse et déterminée à sauver sa peau (Lincolnites).
Des Incandescences sombres, sinistres, terriblement humaines et touchantes... à s'en brûler les doigts.
Et à lire à tête reposée mais concentrée !
Editions du Seuil
Traduction d'Isabelle Reinharez (dont la prose s'accorde moins bien avec les dialectes)
Emprunté à la bilio
autres avis : Béa, Kathel, Ariane, Sandrion, Eva.
Et un de plus pour le challenge de Philippe Dester : son en "è"  (Incandescences)