Yves Terrancle, Humana

Par Laure Zehnacker

Bonjour Yves Terrancle et merci d’avoir le temps de répondre à mes questions.

Quand je t’ai découvert, c’était dans un groupe Facebook destiné aux artistes de notre ville. Tu faisais alors de l’autopromotion.

Aujourd’hui tu es viens d’être édité aux éditions Académia l’Harmattan (sortie le 15 mars). C’est donc une jolie histoire de réussite.

Ce qui m’a frappé sur ton post, qui s’est vraiment dissocié de millions d’autres post Facebook, c’est la qualité de la couverture, mais aussi l’histoire et le titre. J’ai été flashée par l’histoire et le titre. Voilà, c’est dit ! J’ai eu l’impression que ce livre avait tous les atouts pour faire entendre parler de lui, qu’il avait ce truc que partage les grands classiques de la littérature. 

Partie 1 l’écriture du livre

Laure : Comment t’es venu l’idée du livre ? Pourquoi avoir choisi ce thème de la liberté dans un contexte d’esclavage américain ?

Yves. T. : Avant toute chose, merci infiniment de prendre un peu de temps pour vous intéresser un peu à moi, ce qui n’est pas très important, convenons-en, mais surtout à ce bébé qui vient de prendre vie et qui ne demande qu’à grandir de vos remarques, de vos critiques, de votre intérêt et de votre lecture.

J’espère ne pas vous décevoir, mais, en vérité, je n’ai jamais eu l’idée d’un quelconque livre, ni même d’une histoire… Le point de départ de tout ceci est arrivé au hasard, tandis que j’écoutais la radio au volant de ma voiture. Une chanson de Lara Fabian était diffusée parmi d’autres… C’était Humana, chanson éponyme. Au moment de son écoute, j’ignore grâce à quelle magie, j’ai vu des personnages et des paysages prendre vie dans mon esprit. La chaleur de la mélodie me parlait de l’Afrique…

En un instant, j’ai pensé qu’elle collerait parfaitement à un Disney, puis j’ai imaginé quel genre d’animé cela pourrait être. Les kilomètres défilaient et je construisais ce dessin animé dans ma tête. Je me suis mis à écrire bien des jours plus tard alors que ce souvenir me revenait en tête. En quelques secondes, j’avais le prologue, j’entendais parler Ted, le personnage narrateur, et je me suis finalement orienté, sans même y penser, bien loin de ce dessin animé que j’avais imaginé durant les premières secondes passées à écouter le titre de cette grande artiste. Je lui dois Humana, d’une certaine manière, je le dois à sa voix exceptionnelle et à ce qu’elle a su déclencher dans mon imaginaire. Pour le clin d’œil, j’ai essayé de lui faire parvenir un exemplaire de ce bébé qu’on a eu ensemble… (rire) J’ignore si elle l’aura un jour, mais je me sens bien de l’avoir fait.

Laure : Combien de temps as-tu mis pour rechercher et écrire cette histoire ?

Yves. T. : Je ne me considérais pas comme auteur à l’époque, d’ailleurs ce n’est toujours pas le cas, et j’écrivais sur mon smartphone de temps en temps sans réelles intentions de construire quelque chose de sérieux. C’était une sorte de passe-temps qui s’est étalé sur plusieurs années ; deux, trois, peut-être.

Laure : As-tu une façon particulière d’écrire (le soir, sur machine à écrire, de façon ordonnée ou pas) ? Et aurais-tu un conseil d’écriture à nous livrer qui t’as aidé pendant la rédaction ?

Yves. T. : Je serais bien incapable de donner le moindre conseil… (rire) J’écris comme je respire ; le matin, le soir, dans ma voiture, et à chaque fois que je dispose ne serait-ce que d’une minute. Au début (jusqu’à l’année dernière) j’écrivais sur mon téléphone portable… Tout était rédigé sur des sms, puis je les transférais via le cloud sur mon ordinateur, et enfin je recollais les morceaux pour reconstituer l’ensemble. Je passais plus de temps à cette dernière partie qu’à l’écriture elle-même. J’aime à dire que c’était de l’artisanat. Humana a été intégralement écrit ainsi… (sourire) Aujourd’hui, j’écris sur un ordinateur portable et cela me change la vie. Tout est mis en page directement, j’écris beaucoup plus, beaucoup plus vite et sur différents textes à la fois sans les galères que m’imposait le téléphone.

Partie 2 parlons de toi

Laure : Raconte-nous d’où viens ta passion de l’écriture ? Est-ce même une passion ? Depuis quand écris-tu ?

Yves. T. : C’est effectivement une passion, mais j’ignore d’où elle vient… C’est une véritable drogue et une chose naturelle chez moi. J’écris depuis cinq années seulement, mais c’est devenu un véritable et irrépressible besoin. Je n’ai ni recette, ni explication, ni prétention. J’assemble des mots comme tout un chacun pourrait le faire pour essayer de sortir de ma tête toutes les fantaisies qui y traînent… (rire) Ce n’est pas évident car c’est assez saturé là-dedans… (rire)

Laure : Quel est ton parcours, que fais-tu dans la vie ?

Yves. T. : Je suis conducteur de bus et de car scolaire. C’est étrangement un travail idéal pour écrire… Oui, je sais, à première vue cela ne saute pas aux yeux… (rire) En fait, je construis mes récits lorsque je suis au volant et que les minutes défilent. Une fois à l’arrêt, je sors mon ordinateur portable (toujours avec moi) et je vide tout ce qui venait de s’entasser dans ma tête. On a des terminus réguliers, bien que brefs… Cela me donne autant d’occasions d’écrire mes textes. C’est idéal et je dois avouer, paradoxalement, que j’écris beaucoup plus durant mon temps de travail qu’à la maison où les empêchements sont permanents. Je sais combien cela doit paraître étrange à lire et peut-être n’aurais-je pas dû le dire… (rire)

Laure : Tu m’as dit que tu étais plutôt introverti, pourtant tu as porté ton livre sur les réseaux sociaux, sans te cacher, sans user de pseudonyme, en y allant franchement. Comment as-tu eu le courage de le faire ? As-tu encore ici un conseil à nous donner ?

Yves. T. : Aucun conseil, hélas. Cela ne tient qu’à la chance d’avoir dans mon entourage des gens qui croient en moi un peu plus que moi-même et qui m’ont poussé à mettre sous un modeste rayon de lumière (Facebook) ce que j’écris. Ma compagne, d’abord. Cela m’a permis, grâce à la chance, une fois de plus, ou au destin, c’est selon, de rencontrer via ce réseau social, une autre personne que j’aimerais citer, tant je lui dois. Elle s’appelle Anne Ledieu et elle est un bijou, tant par ses qualités dans le domaine littéraire qu’humainement. Elle croit en moi depuis le début et se démène pour m’aider à donner un destin à mes histoires. Je dois avoir beaucoup de chance pour qu’une telle personne se soit égarée sur mon chemin… (sourire).

Laure : As-tu des héros ? Des personnes qui t’ont marqué, qui t’ont motivé ?

Yves. T. : Les gens du quotidien sont un moteur. Les hommes, au sens large. Mais cela est à double tranchant car ils m’inspirent de tout ce qu’ils ne sont pas et que j’aimerais qu’ils soient.

Partie 3 La promotion

Laure : Quels réseaux sociaux ou plateformes as-tu utilisé pour promouvoir Humana ?

Yves. T. : Je n’ai posté que quelques extraits et messages de joies personnelles sur Facebook. Anne Ledieu, ma maison d’édition, Académia, et ma bien-aimée éditrice Sidonie Maissain se chargent du reste je crois… enfin j’espère (rire)

Laure : Ta couverture est vraiment d’une grande qualité. As-tu fait appel à quelqu’un pour la réaliser ?

Yves. T. : Pour être honnête, elle n’est pas mon premier choix. J’avais créé une image que je souhaitais voir sur la couverture… Hélas, sa définition était faible et Académia voulait logiquement quelque chose d’une plus grande qualité. Ils ont eu raison. Après plusieurs propositions, nous nous sommes mis d’accord sur l’image que vous pouvez voir sur la couverture. J’ai dû regarder des centaines de photos sans trouver satisfaction avant de voir celle-ci et une autre qui me plaisait également. C’était une grande frustration de ne pas trouver, j’avais peur que le livre soit « moche » … (rire). Tout est bien qui finit bien… J’aime beaucoup cette couverture, elle exprime beaucoup de choses et sa qualité attire la curiosité.

Dans ton parcours pour faire connaitre ton livre, as-tu traversé des périodes de doutes ? As-tu eu peur que le livre ne trouve pas de résonnance parmi les lecteurs ? Es-tu un frileux des critiques ?

Yves. T. : Comme je vous l’ai expliqué, je n’ai jamais pensé aux éventuels lecteurs car je n’ai jamais cru en avoir un jour. Je ne savais même pas si j’allais faire un « livre », une histoire entière. En outre, maintenant que j’ai quelques lecteurs, je pense qu’il ne faut surtout pas penser à eux au moment de l’écriture, et je me garderai bien de le faire. Déjà parce que j’ignore s’ils seront toujours là pour le prochain livre, et puis parce qu’il faut garder sa spontanéité, son authenticité. Je ne fabrique pas un « produit idéal » pour la vente. Je mets mes histoires sur le papier, telles qu’elles vivent en mon esprit, pas comme il serait bon qu’elles soient pour faciliter des ventes, caresser dans le sens du poil un certain lectorat, ou que sais-je encore. C’est très égoïste, mais j’écris avant tout pour moi. (sourire).

Comme le disait Georges Brassens à propos de ses chansons : « si elles ne plaisent pas, je les remets dans ma guitare… ». Moi, elles finissent dans mes tiroirs. Pour ce qui est de la critique, je suis comme tout le monde : elle m’affecte si elle est mauvaise car je mets mon cœur dans ce travail, et elle me motive si elle est bonne. Donner du plaisir par ce biais à ne serait-ce qu’à une personne est un véritable bonheur, mais je sais qu’on ne fait jamais l’unanimité, quel que soit le domaine. Il faut non seulement le savoir, en être conscient, mais surtout l’accepter. Je crois que si on ne cherche rien de notoriété ou même de succès, ce qui est mon cas, on ne craint pas grand-chose.

Laure : Comment as-tu été repéré par une maison d’édition ? Ou les as-tu contactés ?

Yves. T. : Veuillez demander à ma bonne étoile, Anne Ledieu. (rire). Elle est à l’origine de ce miracle…

Laure : As-tu déjà envoyé des livres à diverses maisons d’éditions ? Ou as-tu choisi l’autoédition par essence ?

Yves. T. : Cela m’est arrivé, oui, plus dans l’idée de jauger mon travail que dans un réel espoir d’être accepté. Il ne faut pas se leurrer, les « grandes » maisons d’éditions ne se risquent pas de « petits » auteurs. Ils veulent des noms avant des textes de qualité. Il y a des récits de l’ombre qui pourraient être de bien plus grande qualité que certaines parutions « habituelles », selon moi. Et même s’il fallait leur donner un petit coup de main pour parfaire leurs textes, le jeu pourrait en valoir la chandelle. Mais hélas, monsieur X vendra toujours moins que la dernière starlette à scandales, qu’un politique ou qu’une célébrité, quelle qu’elle soit. Et même si elle n’a pas écrit son livre elle-même… C’est ainsi… En cela, le lecteur est aussi responsable que l’Éditeur.

Partie 4 Un dernier mot

Laure : Aurais-tu quelque chose à ajouter, un dernier mot, des remerciements, des conseils d’écrivain, une anecdote ?

Yves. T. : Des remerciements, oui, beaucoup. À ma chère et tendre, tout d’abord, qui, il y a longtemps, alors que je cachais mes textes comme on cache un bouton honteux, m’a dit : « ne t’arrête jamais d’écrire… ». Ses mots résonnent en moi assez souvent. Ensuite, un grand merci à Anne pour tout ce qu’elle est. Que le « succès » vienne un jour ou pas, cela n’altère en rien son cœur, sa passion et sa volonté. Elle est entière, désintéressée et un puit d’enseignements. Je donne un conseil à tous les auteurs ainsi qu’aux gens qui travaillent dans différentes maisons d’éditions (il y aura au moins eu un conseil (rire)) essayez de l’approcher, par tous les moyens ! Pour l’un comme pour l’autre, elle vous rendra meilleur et deviendra vite indispensable. Mémé (son surnom) est une drogue (dure) utile et bénéfique.

Je remercie également Académia ainsi que Sidonie Maissin, Marie Tellier et Vinciane Vanhaeren pour leur gentillesse, leur patience et leur prise de risque. Enfin, je remercie du fond du cœur tous ceux qui, eux aussi, prendront le risque d’acquérir l’ouvrage d’un jeune auteur inconnu. J’espère que mon travail est digne de ce qu’ils attendent d’un livre, et, si tel est le cas, je leur promets beaucoup beaucoup d’autres moments de plaisir à venir (sourire). Sachez qu’à chaque ligne que vous lisez, vous donnez vie à mes personnages. Vos émotions rendent les-leurs réelles, la personnalité que vous leur dessinez leur donne une existence et ce que vous en garderez en mémoire, les souvenir qu’ils laisseront en vous, feront d’eux des êtres immortels et de moi, un homme heureux.

Merci à tous, ainsi qu’à vous Laure. J’ai pris un immense plaisir à vous répondre. 

Un grand merci à Yves Terrancle pour cette interview. Vous pouvez trouver le livre dans toutes les bonnes librairies et sur internet. 

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Parution le 15 mars 2018

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