Le photographe de Mauthausen. Rubio SALVA, Aintzane LANDA et Colombo PEDRO – 2017 (BD)

Par Vivrelivre @blandinelanza

Le photographe de Mauthausen

Scénario de Rubio SALVA,

Dessins de Pedro J. COLOMBO

Couleurs d'Aintzane LANDA

Editions Le Lombard, 29 septembre 2017.

168 pages

Thèmes : Deuxième Guerre mondiale, Nazisme, Shoah, Communisme, Espagne, Résistance, Histoire, Mémoire, Transmission, Guerre

Si j'ai toujours aimé la BD, j'en lisais peu jusqu'à l'année dernière.

C'est grâce au groupe " La BD de la semaine " que je raffole à présent de ce genre littéraire.

Que de découvertes faites grâce aux autres participants ! De quoi rire, avoir des frissons, ressentir, s'évader et apprendre.

Surtout apprendre.

Ce que je préfère.

Je trouve cela extraordinaire, fascinant, de découvrir l'existence de personnes, de parcours de vie, de faire (res)sortir de l'anonymat ou de faire largement connaître, grâce à la BD, des destins, des actes individuels ou collectifs... peut-être jugés fous ou dangereux alors, mais si courageux à nos yeux.

Et qu'importe que la rigueur historique ne soit pas toujours respectée, qu'il y ait une part de fiction ou de supposé, l'important n'est pas là. Mais c'est une question qui revient souvent et dont ce roman graphique n'échappe pas. Il y répond d'ailleurs en seconde partie, dans un dossier particulièrement riche (57 pages) et rédigé par des chercheurs, historiens...

Connaissez-vous Francisco Boix ?

Avant de lire l'article de Saxaoul consacré à cet album, ce nom m'était inconnu

Je vous propose faire sa connaissance avec un air célèbre de la guerre d'Espagne, l'un des chants préférés de Francisco/Fransesc/Paco Boix : Si me quieres escribir

Des 9328 Espagnols internés dans les camps,
7532 le furent à Mauthausen.
4816 furent assassinés.

On le voit sur cette photo, Francisco Boix avait une apparence très juvénile.

Or, les traits que Pedro J. Colombo lui donne sont plus durs, le faisant ressembler à d'autres personnages.

Grâce à son savoir-faire, Francisco Boix intègre la section photographique du camp, dite service d'identification.

Il était au service de la Gestapo. Officiellement, il était chargé de l'identification des prisonniers à leur arrivée au camp, comme j'en avais fait moi-même l'expérience.
Officieusement, les SS y faisaient développer leurs propres photos, qu'ils envoyaient à leurs copines.
Par cette forme atténuée de corruption, on devait prendre et développer leurs photos privées.
Mais les photos servaient aussi d'outil de propagande.
Elles prétendaient prouver au monde que les camps étaient des endroits sûrs où il faisait bon vivre.

  • Celle de ne pouvoir revenir en Espagne sous peine de mort. Il ne reverra jamais sa sœur Nuria.
  • Staline et le parti communiste considèrent que les rescapés des camps sont des traîtres et collaborateurs, puisqu'ils en sont sortis vivants.
  • Seul Espagnol à témoigner au Procès de Nuremberg les 28 et 29 janvier 1946 (où il rencontre Marie-Claude Vaillant-Couturier), il se rend bien vite compte que son témoignage et ses (18) photos ne servent " qu'à " confondre et inculper les Nazis sur la Solution Finale, et un homme en particulier (ici Ernst Kaltenbrunner, dans la réalité Albert Speer).

Inhumé au cimetière parisien de Thiais, sa tombe aurait disparu si de nombreuses personnes (Espagnols comme Français et même Autrichiens) ne s'étaient pas mobilisées pour que ses restes soient déplacés au Cimetière du Père Lachaise, le 16 juin 2017 en présence de plusieurs officiels. Pour en connaître les détails, mais aussi la vie de Francisco Boix (reprise en partie dans l'album), c'est ICI.

Les planches s'attachent à nous montrer toutes les spécificités et atrocités de ce camp et de ses responsables, le seul de catégorie III : Son escalier de 186 marches, construits par les premiers Espagnols, symbole de souffrance ; le " passe-temps " du chef de la carrière ; les pochacas ; le chien de Georg Bachmayer ou sa phrase d'accueil : " Vous êtes entrés par la porte... Vous sortirez par la cheminée. "

Toutes sont reprises et expliquées dans le dossier tout en apportant quantités d'informations sur le travail des auteurs en associant à leurs vignettes des photographies, faites par Boix ou non.

Il nous parle aussi de l'Espagne d'alors, sa guerre dite civile (mais l'on sait aujourd'hui combien elle fut européenne et une préparation à la Deuxième Guerre mondiale), de l'état du monde à cette époque, et de celui d'aujourd'hui (le parallèle avec les Migrants est criant) et de l'Espagne d'aujourd'hui qui n'a toujours pas abrogé les lois d'amnistie.

La génération de la transition a peut-être promis d'oublier, mais les générations suivantes n'ont pas fait une telle promesse. Notre génération est une génération qui refuse de se taire et qui s'engage à parler et à raconter.