Jeanne Hébuterne : Un souffle éphémère (Van Der Straeten) – Tartamudo – 22 €

Par Bdencre @bdencre

Parution : 09/2017

Résumé
Jeanne Hébuterne fut la dernière compagne d’Amedeo Modigliani. De leur union naîtra, en 1918, le seul enfant que le peintre a reconnu. Ils se rencontrent à la Rotonde, une brasserie Parisienne qui, au milieu de la grande guerre, attire déjà les artistes de Montparnasse. Elle est divinement belle et jeune, et lui, bien plus âgé mais doté d’un charisme extraordinaire. Il est peintre, elle l’est aussi, mais deviendra modèle. Les conditions de la Femme à l’époque sont extrêmement delicates… Jeanne sera un modèle d’exception dans une époque difficile ou deux mondes s’affrontent, se déchirent et fusionnent au milieu d’une guerre qui va métamorphoser et voir naître d’étonnants et nouveaux courants artistiques. Elle, issue d’une famille bourgeoise et lui, l’artiste immigré et dépravé, acoquiné à Utrillo avec qui il partage des moments d’ivresse et de débauche, Juif de surcroît… Et pourtant elle l’aima, et elle l’aima « à en mourir ».

Notre avis
Nadine Van der Straeten dessine depuis plus de vingt ans. Elle partage son talent entre illustrations et bande dessinée. Passionnée, passionnante, elle aime avant tout raconter des histoires et nous les faire partager du bout de son crayon. Elle le fait avec talent dans ce magnifique ouvrage qui raconte un épisode souvent méconnu de cet amour intense et presque maudit. Bien plus qu’une oeuvre narrative, un très bel hommage dans lequel on sent une profonde recherche biographique puisqu’elle a travaillé non seulement au dessin mais aussi au scénario. Le peintre des douleurs n’aura jamais autant mérité son surnom et cette mise en lumière de sa dernière compagne est magistralement rendue par ce Noir et Blanc artistique et saisissant qui nous fait véritablement voyager dans le temps d’un Paris alors plongé dans un grand bouillonnement créatif et culturel.
De l’ombre et de la lumière dans des planches brillantes et stylisées qui prennent presque vie devant nos yeux. On ne peut qu’adhérer à ce parti pris mais aussi à la volonté de l’auteur de restituer, presque de rétablir, de façon cinglante, la réalité des personnalités des protagonistes. Un livre romanesque, noir et emprunt de douleurs mais prenant, poétique et superbe. Une très belle découverte dans laquelle Baudelaire et Lautréamont scintillent au fil des pages. On a apprécié la présence d’un livret thématique, making of, en fin d’album pour aller plus loin dans « cette petite histoire » de la grande Histoire de l’Art.
De cette amour contrarié et violent, il faut retenir que la mort réunit ceux qui s’aiment et finalement c’est presque dans un silence honteux que Jeanne finira par rejoindre Amedeo, 10 ans après sa mort, alors qu’elle disparaissait deux jours après lui… Sur leur modeste tombe du Père Lachaise, on peut lire cette épitaphe en Italien « Compagne fidèle jusqu’au sacrifice suprême ».
Notez enfin, qu’une expo à Paris « galerie JPHT » dans le Marais est prévue et qu’une signature avec l’auteure à la librairie « Chroniques de Cachan » aura lieu le 18/11. À vos tablettes !!!

En deux mots
136 Pages de Noir et Blanc maîtrisés, pour une histoire qui ne le fut pas, d’un peintre qui lui même peignait en bleu les yeux de la belle Jeanne pourtant verts mais surtout le récit d’une femme d’Exception et de ses tourments qui glisse dans les méandres d’une vie. Bien plus qu’une oeuvre narrative, un Hymne à l’Amour.

Bonus BDE : La Question à Nadine Van Der Straeten.

BDE : Nadine, comment vous est venue l’idée de cette Bd et pourquoi le choix de cette femme ?
Nadine Van Der Straeten :
 En 2012, à la Pinacothèque de Paris, a eu lieu une très belle exposition de la collection Jonas Netter, mécène et collectionneur d’art moderne. Aux côtés des œuvres de Soutine, Valadon et autres peintres de l’École de Paris, j’y ai (re)découvert, plusieurs tableaux de Modigliani représentant sa compagne Jeanne Hébuterne, avec son visage penché et son regard mélancolique.
Un petit commentaire évoquait brièvement le suicide de la jeune femme le lendemain de la mort de Modigliani. J’avais oublié ce « détail » de l’histoire de l’art… Il m’est revenu brutalement, en plein cœur.
Dans un premier temps, je me suis mise à explorer la nombreuse documentation sur le sujet, par simple curiosité personnelle. Au fil de mes lectures, une évidence s’est profilée en moi, tout doucement, mais avec de plus en plus de force : il fallait que je raconte l’histoire de Jeanne en images ! Cette jeune étudiante en art, tiraillée entre sa passion amoureuse, sa fascination pour l’œuvre de son amant, la pression familiale et bourgeoise, et l’émergence de sa propre expression picturale, m’est apparue comme une superbe héroïne romantique.
Ce destin obscur se chargeait de questionnements multiples sur la juste place des sentiments dans une vie d’artiste. Jeanne était au carrefour de ces interrogations et la réponse effroyable et définitive, qu’elle a choisi d’y apporter, déclencha dans mon imaginaire une irrésistible envie d’immersion graphique.

Jean-Claude Attali

Lien vers la page Tartamudo de Jeanne Hébuterne.