Simmetry : la fin de l'utopie, selon hawkins et ienco

Par Universcomics @Josemaniette
L'Utopie. Un monde merveilleux, duquel les concepts même de conflits, de famine, de luttes entre les individus, de crime, ont été bannis, anéantis, et substitué par le bon vivre, ou tout du moins l'égalité la plus parfaite entre tout le monde. C'est sur ce type de planète que vous avez rendez-vous, dans Simmetry, fraîchement sorti chez Panini. Bien entendu, derrière ce tableau de rêve se cache une réalité moins réjouissante. Chaque être humain s'est vu implanté dès la naissance une sorte de programme informatique ultra sophistiqué, qui va lui dicter sa conduite pour toute son existence, dont le terme est calculé et prédit à l'avance. La liberté individuelle n'a plus cours, et le prix du bonheur est le conformisme absolu, quitte à droguer les aliments pour canaliser les émotions, et isoler sur des continents inaccessibles les uns aux autres les principales ethnies de l'humanité. Les gens naissent donc asexués, et c'est à l'âge de treize ans qu'ils peuvent déterminer leur choix définitif, et leur identité. La droite réactionnaire en ferait une syncope. Les tâches subalternes, elles, sont confiés à des robots, et tout ce joli monde est connecté à une espèce d'intelligence centrale qui organise et régit l'ensemble des parties. Un grain de sable va venir dérégler cette symphonie idyllique, dès lors que deux frères, Michael et Mark, partent ensemble en vacances sur le territoire de Wolf Creek. Sans prévenir, une terrible éruption solaire vient plonger la Terre dans l'angoisse, une tempête électromagnétique qui neutralise tous les systèmes informatisés sur des kilomètres à la ronde. Pour la première fois, les victimes se retrouvent confrontées à des phénomènes qui appartiennent aux livres d'histoire, comme le meurtre, les accidents, la souffrance et la peur. Et surtout, ils se retrouvent déconnectés de leurs intelligences artificielles, forcés de prendre des décisions, de réagir, uniquement en fonction de leur caractère, leurs réactions. Peut-on redevenir humains en si peu de temps, et réapprendre l'autonomie, et la différence, en cas d'urgence absolue. Bien sûr que non, et c'est la dégringolade...

Matt Hawkins réussit le tour de force de maintenir l'intérêt dans cette série qui dure huit numéros, et se scinde en deux grands volets. Le premier raconte le jour où tout a basculé, et la liaison entre deux individus que tout sépare, y compris les origines ethniques, et qui vont avoir une fille, la première métis de cette utopie chancelante. La seconde partie se concentre, vingt ans plus tard, sur les efforts de cette dernière pour percer les secrets de la connaissance, qui permettront de cerner les problèmes et les attentes de la grande I.A régissant la Terre, et ses visées toutes personnelles. Hawkins n'est pas un inconnu ou un débutant, il est même à la tête du label Top Cow, et il nous abreuve de concepts parfois un peu forcés, le plus souvent fascinants et porteurs d'un potentiel indéniable. Raffaele Ienco, de son coté, tente de donner corps à l'ensemble avec un style assez réaliste, se concentrant sur les personnages, laissant souvent en arrière plan une colorisation uniforme et tamisée pour remplir les trous. Il caractérise assez bien les différents intervenants, et livre une prestation fort honorable, parvenant même à nous faire oublier certaines ellipses ou raccourcis que Hawkins utilise pour ne pas perdre de temps dans son récit. Huit épisodes pour tout dépeindre, de l'utopie la plus complète au délitement programmé, est-ce assez? Nous pensons qu'il y avait là matière à orchestrer une saga passionnante et ultra riche en rebondissements, un peu sur le modèle de Low ou Saga, par exemple. Du coup on ressent une certaine frustration, surtout quand l'héroïne de la seconde partie visite un à un les différentes régions du globe, où elle est systématiquement victime d'actes terroristes et xénophobes, et où l'impression d'un enchaînement trop fortuit et rapide des faits entame la crédibilité de la lecture. Qui au final reste fort sympathique, et recommandée à tous les amateurs de science-fiction et d'anticipation sociale. 


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